Pince Concave Oblique

Grand merci à Kys. 

Oui, Ben34, Kys s'adresse peut-être à moi, mais ce qu'il dit concerne beaucoup de gens, en particulier les débutants à la recherche de leurs premiers équipements.

 

La raison pour laquelle les membres les plus expérimentés ne se prononcent pas est évidemment qu'ils finissent par se connaître à peu près tous. Puisque certains sont aussi commerçants (et MOMIJI n'est pas la seule), il est difficile pour eux de recommander tel ou tel magasin pour ses prix, la qualité de ses services etc. Ils pourront tout juste se prononcer sur la qualité de tel ou tel outil, et encore. Normal. Ca ne m'aide pas dans mes recherches, mais je peux comprendre, sans forcément approuver.  

 

Il serait donc plus sain de poser cela une bonne fois pour toutes en avertissement dans la charte. Ici on ne vous recommandera pas un magasin plutôt qu'un autre, nous ne voulons ni favoriser l'un, ni nuire à l'autre. 

Faut-il aller jusqu'à interdire tout lien vers les sites marchands dans les conversations publiques?

 

Enfin MOMIJI, je t'aurais bien envoyé un MP, mais puisque tu as choisi la publicité, je te réponds ici : tu te plantes complètement. Je ne t'en veux aucunement de m'avoir dit non sur ton challenge multitronc. Je n'avais pas apprécié ta façon de répondre, j'ai eu finalement une réponse claire, et je te promets que je dors très bien depuis. Fais comme moi et oublie cela s'il te plaît. J'ajoute qu'il n'y a apparemment pas tant de magasins que ça en France, que tes outils ont l'air de bonne qualité et les prix corrects et que c'est peut-être chez toi que je commanderai finalement, même si je préférerais me déplacer en magasin pour comparer de visu. Car je cherche avant tout un bon outil que je pourrai garder longtemps.

Je ne fais pas partie des membres "expérimentés" évoqués, étant dans la catégorie "newbies" pour encore un certain nombre d'années je pense.

De plus, je vis au fond d'un trou et je me déplace très peu, donc je ne connais personne ou presque. Mais je lis à peu près tout ici depuis longtemps (depuis 2007). Je suis donc bien placé pour donner mon avis, ayant un certain recul par rapport au "milieu".

 

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas donner son avis sur un pro, tant que ce n'est pas le pro lui-même qui le fait avec pour seul et unique but de faire de la pub. Une info est une info, pas forcément une pub.

Si je suis content d'un service chez un pro, je ne vais pas m'empêcher de le dire sous prétexte qu'il est sur PB, ce serait injuste. Et inversement. Idem pour les achat d'arbres à des amateurs, même si cette pratique doit déplaire aux pros.

Je trouve justement que sur PB il n'y a pas de mélange des genres et que les pros savent rester dans leur rôle (admin pour MoMiJi, et membres pour les autres pros présents ici).

Je rappelle que je n'ai rien à vendre, ni rien à gagner ici. Juste du temps à perdre avec ce genre de sous-entendus injustes.

 

Avant d'interdire de parler des pros, je pense que l'équipe PB va continuer à faire confiance à l'intelligence des membres et des pros.

entièrement d'accord avec toi jox.

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas donner son avis sur un pro

 Moi non plus.

 

 

Je rappelle que je n'ai rien à vendre, ni rien à gagner ici. Juste du temps à perdre avec ce genre de sous-entendus injustes.

 

 

"Sous entendus"? J'ai pourtant essayé d'être clair. Vois-y des sous-entendus si tu préfères.

 

 

 

Avant d'interdire de parler des pros, je pense que l'équipe PB va continuer à faire confiance à l'intelligence des membres et des pros.

 

Evidemment ce que je dis est faux et stupide

 

jox, le 24 Nov 2016 - 14:57, a dit : snapback.png

Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas donner son avis sur un pro

 Moi non plus.

C'est pourtant l'idée que tu évoques ici il me semble (message #65):

 

Il serait donc plus sain de poser cela une bonne fois pour toutes en avertissement dans la charte. Ici on ne vous recommandera pas un magasin plutôt qu'un autre, nous ne voulons ni favoriser l'un, ni nuire à l'autre.

 

 

 

"Sous entendus"? J'ai pourtant essayé d'être clair. Vois-y des sous-entendus si tu préfères.

Si ça ce n'est pas du sous-entendu, je ne sais pas ce que c'est (message #39):

 

Pas facile d'obtenir des réponses précises parfois. 

Alors que la plupart des membres, plus ou moins anciens, utilisent régulièrement ces outils depuis des années et ont sans doute testé plusieurs modèles de plusieurs marques et de plusieurs provenances, ils ne se prononcent pas.

 

Je crois comprendre pourquoi...

 

 

 

Evidemment ce que je dis est faux et stupide

J'ai dis ça? Non. Je ne me permettrais pas.

Par contre, j'ai dit que c'était injuste, et ça c'est effectivement mon avis.

Bon ben perso, je m'en fou du pro, j'ai été très bien bien servi chez momiji (pince concave 203 mm), j'ai trouvé mon bonheur chez poterie du monde (d'ailleurs, fdp offert dés 100 euros d'achat, 10 sac d'akadama et 20 kg d'engrais ^^) j'ai aussi acheté une pince sphérique ryuga, je ne sais plus ou par contre ^^)

 

Ben ces outil me vont bien, bonne tenue dans la main, bonne coupe..... Le reste de mes outils viennent d'un cadeau de noel de mes parents, j'avais 15 ans, une trousse acheté chez remy samson (ne riez pas!!!) lorsque j'ai repris mes bou de bois en pot il y a 4 ans, un peu de serrage, de wd40 pour la rouille, un bon affutage et ils vont bien.

 

Voila!

Si ça ce n'est pas du sous-entendu, je ne sais pas ce que c'est (message #39):

 

Message 39, oui, c'est un sous-entendu. Qui est pourtant suffisamment clair pour certains.

Je m'en explique au message 65, et là je ne saurais être plus clair (on a tous nos limites) et je ne sous-entend plus rien, inutile de chercher.

 

 

C'est pourtant l'idée que tu évoques ici il me semble (message #65):

 

C'est effectivement l'idée du message 62. Mon avis personnel est qu'on devrait pouvoir parler des qualités et défauts des marchands librement. Mais ça n'est apparemment pas facile pour tout le monde pour des raisons que j'explique dans ce même message et que,encore une fois, je peux comprendre. A chacun ses affinités.

Et donc, oui, je m'en doutais un peu mais, pour ne pas perdre de temps, il vaudrait mieux que l'on sache d'emblée qu'il est inutile de demander ici des avis sur ce genre de sujets.

 

Quand à "injuste", j'aurais aimé que tu expliques. Je vis dans le trou d'un trou où je fais de trous, je ne connais personne ici, n'en veut à personne, n'ai aucun intérêt particulier, comment être injuste dans ces conditions?

 

En fait, je comprendrais que tu ne répondes pas, jox. Ne perds pas ton temps, je commence moi-même à fatiguer.

 

En fait, je comprendrais que tu ne répondes pas, jox. Ne perds pas ton temps, je commence moi-même à fatiguer.

Bingo. Autant faire ça.

A défaut d’être un membre « expérimenté », je suis un amateur depuis plus de trente ans et je ne pourrais pas te donner un avis sur les meilleurs outils vu que j’utilise encore mes premières pinces acheté chez jardi truc, la pince à creuser était tombé, tranchant cassé, elle a été réaffuté à l’arrache et me sert maintenant pour les racines, sinon la concave coupe toujours bien, j’ai aussi des outils Chinois de bonne qualité qui vienne de Poterie du Monde et que j’utilise depuis des années sans problème.

Et pourtant je ne suis pas un maniaque qui nettoie ses pinces après chaque usage, je les affute une fois l’an et les lubrifie quand elles commencent à coincer.

En résumé si tu as des sous fait toi plaisir avec des outils de marque, si c’est juste pour tailler tes arbres n’importe quel outils de qualité moyenne fait l’affaire.

 

Sinon j’ai plein de secrets sur les pinces que je ne divulguerais jamais, même sous la torture, on est comme ça nous les expérimentés. :diab3:

hahaha la petite note Jean-Denis.

Merci à Olic888 et à Jean-Denis pour vos retours , c'est ce genres de précisions qui aident à y voir plus clair et ainsi de faire le bon choix :)

Mais de rien, Ben. En secouant un peu ça finit par tomber.

Je te ferrais une photo si tu veux ce soir de ma trousse :

 

En fait, mon erreur a été d'acheter une trousse entière (900 francs à l'époque ^^) et je me rend compte que je n'utilise pas tout! (de mémoire, il y avait  ciseau de paume, 2 petits ciseaux, ciseau a feuille, pince a jin, pince pour couper fil de ligature, balaie coco, une pince concave, et la petite pince de surfaçage + spatule.

 

Au début, j’utilisais surtout le ciseau de paume. Puis la pince concave est vite devenue ma meilleur amie.

 

Après une pause de 15 ans (chômage, mariage, enfant, maison... ) j'ai pu reprendre les survivants de ma collection et je me suis rendu compte qu'effectivement, la concave est ce que j'utilise la plus pour la structure, le ciseau de paume pour l'entretien (taille des pousses) et....... j'ai découvert la pince sphérique (ou pince a creuser)

 

http://www.maillot-bonsai.com/fr/boutique/64_pinces/4458_pince-a-creuser-180-mm

 

C'est juste super agréable!!! coupe propre, cicatrisation top!!!! Ma nouvelle meilleur amie! ^^

 

Donc, pour moi, l'outillage le plus adapté à ma collection :

 

- pince concave et pince à creuser

- ciseau de paume

- la griffe spatule (rempotage)

- la pince à effeuiller

- le balai coco

- une trousse adaptée pour ranger tout ça

 

Bon, la pince coupe fil pour la ligature est sympa, ça évite de marquer l'écorce, mais pas besoin d'investir. (enfin, en ce qui me concerne!!!)

La pince a djin, ben vu que je n'en fait pas (hormis quelque branches)...... et avoir 10 paires de ciseaux.....

 

Mon espace :

 

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2.jpg

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IMG_20161013_1249083.jpg

 

J'ai hésité à vraiment investir et sans faire de pub a qui que ce soit, les outils ryuga me vont bien, bon rapport qualité prix par rapport a mon utilisation. Je pense juste acheter une pierre adapté pour l'affutage (mon premier ciseau a pas apprécié la dremel)

 

Espérant t'avoir aidé!

 

 

Encore une info complète qui confirme bien que la concave oblique et la pince à creuser sont des incontournables ! Merci pour ces précisions et jolie collection au passage   :spb147:

Dans la série l'outil qui va bien, meume que les pros l'utilisent (y parait), permet de couper le fil sur l'arbre jusqu'à 2mm en gros

 

C'est souvent galère de déligaturer un conifère avec du fil incrusté dans l'écorce, surtout quand il est fin. C'est finalement un outil plus précis qu'une pince à fil habituelle. Et si on veut couper une petite branche ligaturée, on peut...sans craindre de l'abîmer car moins fragile que les ciseaux habituels.

 

2 tailles 11 et 16 cm

 

270684

DSC04436.jpg

C'est vrai qu'une bonne paire de ciseaux c'est indispensable , j'ai trouvé cependant un outil de substitution qui fait très bien le travail , c'est un ciseaux Facom d'électricien ,il est parfait pour les petites branches même ligaturées avec du petit fil .

J'ai aussi trouvé ce cuter pliable très pratique pour travailler le bois mort , avec sa lame recourbée certains endroits sont plus faciles d'accès . 

Pas mal tes outils :) sûrement aussi bien que les bidules japonouilles ou chinetoques

Oui ces outils de substitution sont de très bonne qualité et surtout ils font le boulot ( et c'est de la récup à 0€ )  ;)

Voici mes ptits outil

 

La pochette remy samson (pochette changé il y a peu, mais c'est pas l'idéal), désolé mais pas nettoyé

 

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1.jpg

 

Mes outils rempotage

 

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Mes derniers arrivant

 

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Voila ^^

 
 
 
 

 

Mais les dieux veillent à exécuter leurs desseins impénétrables. Ils avaient déjà placé la mort du côté de Mégare. C’est là que Virgile la rencontre une après-midi en plein soleil. Elle ne l’emporte pas tout de suite, elle le marque seulement pour une prochaine visite. Comme le boucher qui met d’abord son sceau de goudron sur la laine des agneaux puis va boire le coup avec le berger et la bergère. Virgile a juste le temps de se traîner à Athènes où il rencontre Auguste qui revenait d’Orient, et c’est Auguste qui le ramène à Brindes. Virgile ne cesse de réclamer ses manuscrits. Il veut les brûler. Il n’a jamais été éloquent. Il ne l’est pas ; son mal mange ses paroles, mais il y a tant d’insistante détresse dans ses gémissements que son entourage n’en peut plus de résistance. À bout de forces on va peut-être enfin lui rendre L’Énéide pour qu’il la jette dans le feu, mais la vie s’est plus vite fatiguée en lui qu’en sa patrie le désir instinctif de survivre, et il meurt sans rien détruire, que lui-même, le onzième jour des calendes d’octobre sous le consulat de Sentius et de Lucretius.

C’est dix-neuf ans avant Jésus-Christ. Ce qui lui permettra de n’habiter l’enfer qu’en hôte libre. Et le soir du vendredi saint 8 avril 1300, après Jésus-Christ, il pourra chasser l’once et la louve des talons de Dante et le guider à travers les royaumes souterrains.

Son corps, venu à la vie au bord d’une route des environs de Mantoue, fut enterré au bord d’une route des environs de Pouzzoles, à deux pas de la deuxième borne milliaire. Il avait composé pour lui une épitaphe modeste :

« Mantoue m’a donné le jour ; la Calabre m’a ravi ;

Aujourd’hui, Parthénope me possède.

J’ai chanté les pâturages, les champs et les héros. »

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En 1907, les après-midi de novembre étaient des fantasmagories de ténèbres et d’or. Dès quatre heures, le vent mélangeait la nuit avec le feuillage des arbres. Tout le pays était couvert de plusieurs épaisseurs de chênes de toutes les essences. Ces bois sauvages venaient frotter les murs même de la ville. Cependant, aux abords immédiats des portes, quelques grosses fermes, deux ou trois châteaux romantiques et un grand nombre de petites « folies » seigneuriales très belles et très vieilles creusaient dans la forêt des espaces libres. Il y avait ainsi de beaux labours en roue de paon, de petits vignobles armés de saules à chaque raie, des parcs recouverts de sycomores et de platanes, de longues allées d’ormes, des bassins d’acier couchés à plat sous des bouleaux et des peupliers, des fontaines encadrées de bosquets d’érables, et des terrasses abandonnées sous d’immenses marronniers où des balustres de grès rose s’enterraient dans les feuilles mortes.

 

Tout cela était habité par de grands noms à extravagances et à vertiges. À part deux ou trois paysans, qu’on ennoblissait d’ailleurs, et qui étaient dits de Rochebrune, de Beauvoisin, de La Clémente, le reste était en hobereaux, dont quelques-uns vieilles filles. Tandis que les compères en blouse dormaient debout, avec seulement un extraordinaire éclair de vivacité tous les cinq ou six ans pour avaler brusquement quelque héritage mal défendu, les armoiries roulaient carrosse, de tous les côtés. Le carrossier aurait dit petit carrosse ; à part même le dog-cart attelé de six mules dans lequel Beaumont, chaque dimanche, précipitait ses quatre filles à plein galop vers la messe, la calèche de Mme de Colomban, et les boggeys de Nossage, Saléon et de Montéglin ; le reste allait à pied. Sur terre. Mais dans les passions tout le monde avait d’extraordinaires équipages en regard desquels les six mules n’étaient rien ; ni cette calèche dans laquelle pourtant Mgr l’évêque était mort, disait-on, d’émotions trop fortes pour son âge, et Mlle Berthe était née, d’intempéries prématurées.

C’étaient de vrais équipages de maîtres. Dans ce train-là personne ne craignait les chevaux sauvages ni entiers ; le vice ne s’y domptait pas au mors mais à l’usage. L’écho d’un coup de fusil dans les bois collait aux vitres vingt visages de femmes blêmes, bouches ouvertes. Souvent la mère et la fille étaient côte à côte au carreau ; cela pouvait conclure aussi bien pour l’une que pour l’autre. Dans tout le canton que le bruit du coup de feu avait touché, il y avait des mains sur le cœur, et des respirations arrêtées, et des remords. Les secrets venaient faire une brusque visite et leurs bottes vernies craquaient dans les couloirs. Jusqu’au moment où l’on voyait l’imbécile déboucher du rond-point avec une bécasse à la main ou tante Mathilde, le fusil sur l’épaule, des perdreaux fourrés dans le corsage à la place des seins. Une fois ou deux l’imbécile revint sans bécasse et jeta le fusil fumant sur le lit de madame. Une fois, non pas tante Mathilde, mais la vieille baronne de Buis tira le coup du roi sur un très beau jeune homme parfaitement inconnu que personne ne réclama et qui resta trois jours défait sous les renards au bout de l’allée cavalière. Jeanne de Buis essaya de crier, mais comme disait la baronne : « Les filles d’aujourd’hui s’enrouent vite. »

Il me fallait regarder le feuillage des arbres comme une somptueuse peau de tigre. Il recouvrait un corps cruel. En novembre, dans les petits collèges de province on n’a pas encore bien commencé les classes. Il faut que les nouveaux professeurs se soient habitués à l’exil ; il y a encore beaucoup de mélancolie dans les équations du second degré. À la récréation de quatre heures nous allions voler des coings. La porte de la cour débouchait en pleins champs ; le crépuscule l’enduisait de phosphore vert. Le concierge était cordonnier, donc anarchiste. Il suffisait de faire ce que nous appelions : la case de l’oncle Tom. Cela consistait à entrer en silence chez notre libertaire et à se ranger autour de son établi. Un point c’est tout ; le reste se passait en airs penchés, en soupirs et en étalages de misère jusqu’à ce qu’il ouvre la porte de derrière et qu’il nous dise : « Foutez le camp. » Alors surgissait un chêne devenu un grand cheval d’or. Il émergeait d’entre les blocs d’une nuit grasse légèrement beurrée de vert. Il galopait en relevant très haut d’énormes jambes poilues tellement dorées qu’elles en étaient pourpres.

Les cognassiers étaient en haies au fond des parcs en bordure le long des ruisseaux et des chemins privés ; il fallait se glisser à l’aveuglette, mais nous connaissions bien les lieux. Les ormes immenses, plusieurs fois centenaires, arrachaient pesamment à la nuit leurs dos de bisons. Leur pelage de cuivre étonnamment fourbi dans lequel le vent balançait des villes entières de corneilles suait une odeur de désert sauvage.

Nous passions plusieurs sauts-de-loup en pataugeant à la file indienne à travers les menthes. Nous montions à une butte où grondait la carapace de fer rouillée d’une vieille noria. De là le regard pouvait raser le sommet des arbres. Le soir faisait moutonner cette mer de bronze ; des embruns d’or, des poussières d’oiseaux, la dernière ronde des grands éperviers volaient ; de temps en temps, des peupliers soufflaient des jets étincelants, et dans le mélange verdâtre de la nuit et du soir, le balancement des sycomores découvrait la couronne de quelque château. Il fallait savoir le jour de la semaine. Si c’était whist chez la Colomban on pouvait rencontrer des équipages, mais surtout, si c’était la foire au chef-lieu, il fallait se méfier des piétons solitaires qui choisissaient précisément le chien et loup pour rejoindre les femmes abandonnées. Nous étions au courant de toutes les intrigues ; les sentiers dérobés et les chambres secrètes n’avaient pas de secrets pour nous. L’année du catéchisme, ceux qui l’avaient suivi connurent les mots d’œuvres de chair. Ils leur avaient été indiqués, sans plus, par un abbé géant en brique rouge. Nous fîmes avec ces mots une sorte de charme rose et chaud. Et, les quelques fantômes de velours qu’il nous arriva de rencontrer, sautant de hallier en hallier vers de la mousseline, nous les appelâmes des œuvres de chair. La grâce de cette incantation suffisait à nous donner contre eux une sorte de grand courage ironique.

Le vent étant pris, on se reglissait sous bois. Les escapades de quatre heures s’arrêtaient au rond-point. On ne poussait jusqu’à la vieille balustrade que le jeudi. Du rond-point, en trottant l’aller-retour, on arrivait largement à temps pour rentrer à l’étude de cinq heures. Et, d’ailleurs, si le jeudi on poussait plus avant, c’était par simple goût de compliquer les choses. Les cognassiers du rond-point étaient moins surveillés et donnaient des fruits plus gros. On ne pouvait en porter que trois ; il fallait cinq heures pour en manger un, avec des dents neuves ; ils duraient trois études et deux classes de dessin. La digestion d’un de ces fruits d’or lourd était une affaire considérable.

Certes, tout était joie et bruissement de tête. On arrivait à bout d’haleine au rond-point et on se jetait tout de suite à plat ventre dans l’herbe. Le froid faisait craquer les cosses des genêts et, de tout le temps qu’on restait plaqué, on avait les cheveux raides à imaginer que, tout autour de nous, quelqu’un se promenait en faisant craquer de petits souliers luisants, ou des bottes. Au bout d’un moment on relevait le nez. Le rond-point avait six allées en étoile. Du côté de Valbelle, c’était franc. Face au couchant on pouvait voir à contre-jour la longue et large allée toute vide et, là-bas au bout, une lointaine fumée dans les jachères. Du côté de Bénévent, de Villevieille, de l’Esculier, malgré le soir, quelques flèches de phosphore éclairaient encore de loin en loin le sous-bois. La tache blanche sous les ormes, du côté de Châteauneuf, c’était une statue de Diane. On la connaissait. Restait le côté d’Antonaves. Là, ténèbres et mystères. Alors, il fallait rester coi jusqu’à ce que, là-bas, tout au bout d’Antonaves, la lampe s’allume derrière la fenêtre quadrillée du château. Tout ça très succulent. On s’en léchait les lèvres, on riait sans bruit les uns aux autres. On se faisait chut en se barrant les lèvres d’un doigt. L’affaire en elle-même était rapide. Deux ou trois fois on l’appela officiellement un vol. En réalité, c’était une ivresse noir et or. On sautait dans la nuit vers un parfum musqué qui aurait à lui seul décidé des gestes beaucoup plus amples. Les fruits frappaient les mains d’eux-mêmes. On arrachait de droite et de gauche. On s’en bourrait un plus gros dans le sein du blouson. On écartait tous ensemble d’un même trot et on partait à l’aveuglette en pleine course à travers la nuit. Il ne fallait plus s’arrêter. Il ne s’agissait pas d’arriver à temps pour l’étude de cinq heures. L’anarchiste nous attendait pour sonner la cloche. Il s’agissait de pousser éperdument notre corps jusqu’à ses limites pour que, gorgé de peur, de nocturne et d’efforts, il fasse éclater dans nos yeux éblouis les mirages qui récompensent les athlètes exténués.

Car il était moins question de coings que d’Hespérides. Le bois jaune qu’on râpait à pleines dents dans le fruit suintait bien un vinaigre très excitant, mais à voir avec quelle ardeur nous pressions cette éponge de centurion sur notre bouche on aurait pu facilement deviner que nous étions déjà prisonniers de la grande entreprise des hommes. Nous pouvions passer avec une superbe indifférence devant les corbeilles de coings étalées aux bancs des épiceries. Nous n’avions d’appétit que pour descendre aux enfers. Mais depuis longtemps, les dieux pourris n’aimaient plus que le sang cacheté. Nous avions laissé les plus primitifs d’entre nous poursuivre le décevant appel des ombres avec des lézards éventrés et le vin des blessures. Nous savions que l’oracle ne parle que pour la victime et que c’est devant elle seule que s’ouvrent les portes d’Hadès. Tout le long de l’étude de cinq heures, derrière des remparts de livres, nous mâchions de solides bouchées de ce fruit haschisch blond, filandreux, aigre, qui asséchait notre salive comme un désert et nous laissait à la fin la gorge plâtrée d’un mortier de sucre et de musc. Le somptueux travail qu’une digestion de géant commençait tout de suite à nous enivrer. Déjà, les théorèmes boursouflés accolaient follement leurs triangles, et, sur les pages des géométries, à l’interférence des cercles, tremblaient les irisations des coups de pierre sur l’eau. Déjà, Marie Stuart, armée de tendres charmes, jaillie comme Pallas du front de M. Seignobos, marchait sur les landes déclives de nos pupitres, avec ses chiens, ses amants et son bourreau. Les anthologies sonnaient d’impérieux boute-selle, et, dans nos yeux de poissons morts, bouillonnaient des Oceano nox gigantesques ; nos bouches bavaient sous les baisers d’Ophélie. La cloche de sept heures nous sauvait juste du scandale d’une ivresse publique. Pliés dans nos pèlerines noires et la tête couverte du capuchon nous laissions s’égailler nos camarades. Nous nous tirions dans l’ombre des piliers tant que la route qui s’en allait vers la ville n’était pas vide. Alors, comme des oisons, ou comme des moines à qui vient d’être annoncé le délicieux désagrément d’un miracle, nous nous avancions sous les pauvres petits réverbères roses vers la porte du faubourg.

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<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">Son corps, venu &#224; la vie au bord d&#8217;une route des environs de Mantoue, fut enterr&#233; au bord d&#8217;une route des environs de Pouzzoles, &#224; deux pas de la deuxi&#232;me borne milliaire. Il avait compos&#233; pour lui une &#233;pitaphe modeste&#160;:</p>
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<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;"><span style="margin:0px;font-style:italic;">&#171;&#160;Mantoue m&#8217;a donn&#233; le jour&#160;; la Calabre m&#8217;a ravi&#160;;</span></p>
<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;"><span style="margin:0px;font-style:italic;">Aujourd&#8217;hui, Parth&#233;nope me poss&#232;de.</span></p>
<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;"><span style="margin:0px;font-style:italic;">J&#8217;ai chant&#233; les p&#226;turages, les champs et les h&#233;ros.&#160;&#187;</span></p>
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<div style="margin:0px;text-align:center;"><img src="http://dimg.uscri.be/509e50091a328ea5bccdf8a5e5599e641e7b308d.png" alt="509e50091a328ea5bccdf8a5e5599e641e7b308d"></div>
<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">En 1907, les apr&#232;s-midi de novembre &#233;taient des fantasmagories de t&#233;n&#232;bres et d&#8217;or. D&#232;s quatre heures, le vent m&#233;langeait la nuit avec le feuillage des arbres. Tout le pays &#233;tait couvert de plusieurs &#233;paisseurs de ch&#234;nes de toutes les essences. Ces bois sauvages venaient frotter les murs m&#234;me de la ville. Cependant, aux abords imm&#233;diats des portes, quelques grosses fermes, deux ou trois ch&#226;teaux romantiques et un grand nombre de petites &#171;&#160;folies&#160;&#187; seigneuriales tr&#232;s belles et tr&#232;s vieilles creusaient dans la for&#234;t des espaces libres. Il y avait ainsi de beaux labours en roue de paon, de petits vignobles arm&#233;s de saules &#224; chaque raie, des parcs recouverts de sycomores et de platanes, de longues all&#233;es d&#8217;ormes, des bassins d&#8217;acier couch&#233;s &#224; plat sous des bouleaux et des peupliers, des fontaines encadr&#233;es de bosquets d&#8217;&#233;rables, et des terrasses abandonn&#233;es sous d&#8217;immenses marronniers o&#249; des balustres de gr&#232;s rose s&#8217;enterraient dans les feuilles mortes.</p>
<p style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;">&#160;</p>
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<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">Tout cela &#233;tait habit&#233; par de grands noms &#224; extravagances et &#224; vertiges. &#192; part deux ou trois paysans, qu&#8217;on ennoblissait d&#8217;ailleurs, et qui &#233;taient dits de Rochebrune, de Beauvoisin, de La Cl&#233;mente, le reste &#233;tait en hobereaux, dont quelques-uns vieilles filles. Tandis que les comp&#232;res en blouse dormaient debout, avec seulement un extraordinaire &#233;clair de vivacit&#233; tous les cinq ou six ans pour avaler brusquement quelque h&#233;ritage mal d&#233;fendu, les armoiries roulaient carrosse, de tous les c&#244;t&#233;s. Le carrossier aurait dit petit carrosse&#160;; &#224; part m&#234;me le dog-cart attel&#233; de six mules dans lequel Beaumont, chaque dimanche, pr&#233;cipitait ses quatre filles &#224; plein galop vers la messe, la cal&#232;che de M<sup>me&#160;</sup>de Colomban, et les boggeys de Nossage, Sal&#233;on et de&#160;Mont&#233;glin&#160;; le reste allait &#224; pied. Sur terre. Mais dans les passions tout le monde avait d&#8217;extraordinaires &#233;quipages en regard desquels les six mules n&#8217;&#233;taient rien&#160;; ni cette cal&#232;che dans laquelle pourtant M<sup>gr</sup>&#160;l&#8217;&#233;v&#234;que &#233;tait mort, disait-on, d&#8217;&#233;motions trop fortes pour son &#226;ge, et M<sup>lle</sup>&#160;Berthe &#233;tait n&#233;e, d&#8217;intemp&#233;ries pr&#233;matur&#233;es.</p>
<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">C&#8217;&#233;taient de vrais &#233;quipages de ma&#238;tres. Dans ce train-l&#224; personne ne craignait les chevaux sauvages ni entiers&#160;; le vice ne s&#8217;y domptait pas au mors mais &#224; l&#8217;usage. L&#8217;&#233;cho d&#8217;un coup de fusil dans les bois collait aux vitres vingt visages de femmes bl&#234;mes, bouches ouvertes. Souvent la m&#232;re et la fille &#233;taient c&#244;te &#224; c&#244;te au carreau&#160;; cela pouvait conclure aussi bien pour l&#8217;une que pour l&#8217;autre. Dans tout le canton que le bruit du coup de feu avait touch&#233;, il y avait des mains sur le c&#339;ur, et des respirations arr&#234;t&#233;es, et des remords. Les secrets venaient faire une brusque visite et leurs bottes vernies craquaient dans les couloirs. Jusqu&#8217;au moment o&#249; l&#8217;on voyait l&#8217;imb&#233;cile d&#233;boucher du rond-point avec une b&#233;casse &#224; la main ou tante Mathilde, le fusil sur l&#8217;&#233;paule, des perdreaux fourr&#233;s dans le corsage &#224; la place des seins. Une fois ou deux l&#8217;imb&#233;cile revint sans b&#233;casse et jeta le fusil fumant sur le lit de madame. Une fois, non pas tante Mathilde, mais la vieille baronne de Buis tira le coup du roi sur un tr&#232;s beau jeune homme parfaitement inconnu que personne ne r&#233;clama et qui resta trois jours d&#233;fait sous les renards au bout de l&#8217;all&#233;e cavali&#232;re. Jeanne de Buis essaya de crier, mais comme disait la baronne&#160;: &#171;&#160;Les filles d&#8217;aujourd&#8217;hui s&#8217;enrouent vite.&#160;&#187;</p>
<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">Il me fallait regarder le feuillage des arbres comme une somptueuse peau de tigre. Il recouvrait un corps cruel. En novembre, dans les petits coll&#232;ges de province on n&#8217;a pas encore bien commenc&#233; les classes. Il faut que les nouveaux professeurs se soient habitu&#233;s &#224; l&#8217;exil&#160;; il y a encore beaucoup de m&#233;lancolie dans les &#233;quations du second degr&#233;. &#192; la r&#233;cr&#233;ation de quatre heures nous allions voler des coings. La porte de la cour d&#233;bouchait en pleins champs&#160;; le cr&#233;puscule l&#8217;enduisait de phosphore vert. Le concierge &#233;tait cordonnier, donc anarchiste. Il suffisait de faire ce que nous appelions&#160;: la case de l&#8217;oncle Tom. Cela consistait &#224; entrer en silence chez notre libertaire et &#224; se ranger autour de son &#233;tabli. Un point c&#8217;est tout&#160;; le reste se passait en airs pench&#233;s, en soupirs et en &#233;talages de mis&#232;re jusqu&#8217;&#224; ce qu&#8217;il ouvre la porte de derri&#232;re et qu&#8217;il nous dise&#160;: &#171;&#160;Foutez le camp.&#160;&#187; Alors surgissait un ch&#234;ne devenu un grand cheval d&#8217;or. Il &#233;mergeait d&#8217;entre les blocs d&#8217;une nuit grasse l&#233;g&#232;rement beurr&#233;e de vert. Il galopait en relevant tr&#232;s haut d&#8217;&#233;normes jambes poilues tellement dor&#233;es qu&#8217;elles en &#233;taient pourpres.</p>
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<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">Les cognassiers &#233;taient en haies au fond des parcs en bordure le long des ruisseaux et des chemins priv&#233;s&#160;; il fallait se glisser &#224; l&#8217;aveuglette, mais nous connaissions bien les lieux. Les ormes immenses, plusieurs fois centenaires, arrachaient pesamment &#224; la nuit leurs dos de bisons. Leur pelage de cuivre &#233;tonnamment fourbi dans lequel le vent balan&#231;ait des villes enti&#232;res de corneilles suait une odeur de d&#233;sert sauvage.</p>
<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">Nous passions plusieurs sauts-de-loup en pataugeant &#224; la file indienne &#224; travers les menthes. Nous montions &#224; une butte o&#249; grondait la carapace de fer rouill&#233;e d&#8217;une vieille noria. De l&#224; le regard pouvait raser le sommet des arbres. Le soir faisait moutonner cette mer de bronze&#160;; des embruns d&#8217;or, des poussi&#232;res d&#8217;oiseaux, la derni&#232;re ronde des grands &#233;perviers volaient&#160;; de temps en temps, des peupliers soufflaient des jets &#233;tincelants, et dans le m&#233;lange verd&#226;tre de la nuit et du soir, le balancement des sycomores d&#233;couvrait la couronne de quelque ch&#226;teau. Il fallait savoir le jour de la semaine. Si c&#8217;&#233;tait whist chez la Colomban on pouvait rencontrer des &#233;quipages, mais surtout, si c&#8217;&#233;tait la foire au chef-lieu, il fallait se m&#233;fier des pi&#233;tons solitaires qui choisissaient pr&#233;cis&#233;ment le chien et loup pour rejoindre les femmes abandonn&#233;es. Nous &#233;tions au courant de toutes les intrigues&#160;; les sentiers d&#233;rob&#233;s et les chambres secr&#232;tes n&#8217;avaient pas de secrets pour nous. L&#8217;ann&#233;e du cat&#233;chisme, ceux qui l&#8217;avaient suivi connurent les mots d&#8217;&#339;uvres de chair. Ils leur avaient &#233;t&#233; indiqu&#233;s, sans plus, par un abb&#233; g&#233;ant en brique rouge. Nous f&#238;mes avec ces mots une sorte de charme rose et chaud. Et, les quelques fant&#244;mes de velours qu&#8217;il nous arriva de rencontrer, sautant de hallier en hallier vers&#160;de la mousseline, nous les appel&#226;mes des &#339;uvres de&#160;chair. La gr&#226;ce de cette incantation suffisait &#224; nous donner contre eux une sorte de grand courage ironique.</p>
<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">Le vent &#233;tant pris, on se reglissait sous bois. Les escapades de quatre heures s&#8217;arr&#234;taient au rond-point. On ne poussait jusqu&#8217;&#224; la vieille balustrade que le jeudi. Du rond-point, en trottant l&#8217;aller-retour, on arrivait largement &#224; temps pour rentrer &#224; l&#8217;&#233;tude de cinq heures. Et, d&#8217;ailleurs, si le jeudi on poussait plus avant, c&#8217;&#233;tait par simple go&#251;t de compliquer les choses. Les cognassiers du rond-point &#233;taient moins surveill&#233;s et donnaient des fruits plus gros. On ne pouvait en porter que trois&#160;; il fallait cinq heures pour en manger un, avec des dents neuves&#160;; ils duraient trois &#233;tudes et deux classes de dessin. La digestion d&#8217;un de ces fruits d&#8217;or lourd &#233;tait une affaire consid&#233;rable.</p>
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<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">Certes, tout &#233;tait joie et bruissement de t&#234;te. On arrivait &#224; bout d&#8217;haleine au rond-point et on se jetait tout de suite &#224; plat ventre dans l&#8217;herbe. Le froid faisait craquer les cosses des gen&#234;ts et, de tout le temps qu&#8217;on restait plaqu&#233;, on avait les cheveux raides &#224; imaginer que, tout autour de nous, quelqu&#8217;un se promenait en faisant craquer de petits souliers luisants, ou des bottes. Au bout d&#8217;un moment on relevait le nez. Le rond-point avait six all&#233;es en &#233;toile. Du c&#244;t&#233; de Valbelle, c&#8217;&#233;tait franc. Face au couchant on pouvait voir &#224; contre-jour la longue et large all&#233;e toute vide et, l&#224;-bas au bout, une lointaine fum&#233;e dans les jach&#232;res. Du c&#244;t&#233; de B&#233;n&#233;vent, de Villevieille, de l&#8217;Esculier, malgr&#233; le soir, quelques fl&#232;ches de phosphore &#233;clairaient encore de loin en loin le sous-bois. La tache blanche sous les ormes, du c&#244;t&#233; de Ch&#226;teauneuf, c&#8217;&#233;tait une statue de Diane. On la connaissait. Restait le c&#244;t&#233; d&#8217;Antonaves. L&#224;, t&#233;n&#232;bres et myst&#232;res. Alors, il fallait rester coi jusqu&#8217;&#224; ce que, l&#224;-bas, tout au bout d&#8217;Antonaves, la lampe s&#8217;allume derri&#232;re la fen&#234;tre quadrill&#233;e du ch&#226;teau. Tout &#231;a tr&#232;s succulent. On s&#8217;en l&#233;chait les l&#232;vres, on riait sans bruit les uns aux autres. On se faisait chut en se barrant les l&#232;vres d&#8217;un doigt. L&#8217;affaire en elle-m&#234;me &#233;tait rapide. Deux ou trois fois on l&#8217;appela officiellement un vol. En r&#233;alit&#233;, c&#8217;&#233;tait une ivresse noir et or. On sautait dans la nuit vers un parfum musqu&#233; qui aurait &#224; lui seul d&#233;cid&#233; des gestes beaucoup plus amples. Les fruits frappaient les mains d&#8217;eux-m&#234;mes. On arrachait de droite et de gauche. On s&#8217;en bourrait un plus gros dans le sein du blouson. On &#233;cartait tous ensemble d&#8217;un m&#234;me trot et on partait &#224; l&#8217;aveuglette en pleine course &#224; travers la nuit. Il ne fallait plus s&#8217;arr&#234;ter. Il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;arriver &#224; temps pour l&#8217;&#233;tude de cinq heures. L&#8217;anarchiste nous attendait pour sonner la cloche. Il s&#8217;agissait de pousser &#233;perdument notre corps jusqu&#8217;&#224; ses limites pour que, gorg&#233; de peur, de nocturne et d&#8217;efforts, il fasse &#233;clater dans nos yeux &#233;blouis les mirages qui r&#233;compensent les athl&#232;tes ext&#233;nu&#233;s.</p>
<p  class="" style="font-family:'Times New Roman', sans-serif;text-align:justify;">Car il &#233;tait moins question de coings que d&#8217;Hesp&#233;rides. Le bois jaune qu&#8217;on r&#226;pait &#224; pleines dents dans le fruit suintait bien un vinaigre tr&#232;s excitant, mais &#224; voir avec quelle ardeur nous pressions cette &#233;ponge de centurion sur notre bouche on aurait pu facilement deviner que nous &#233;tions d&#233;j&#224; prisonniers de la grande entreprise des hommes. Nous pouvions passer avec une superbe indiff&#233;rence devant les corbeilles de coings &#233;tal&#233;es aux bancs des &#233;piceries. Nous n&#8217;avions d&#8217;app&#233;tit que pour descendre aux enfers. Mais depuis longtemps, les dieux pourris n&#8217;aimaient plus que le sang cachet&#233;. Nous avions laiss&#233; les plus primitifs d&#8217;entre nous poursuivre le d&#233;cevant appel des ombres avec des l&#233;zards &#233;ventr&#233;s et le vin des blessures. Nous savions que l&#8217;oracle ne parle que pour la victime et que c&#8217;est devant elle seule que s&#8217;ouvrent les portes d&#8217;Had&#232;s. Tout le long de l&#8217;&#233;tude de cinq heures, derri&#232;re des remparts de livres, nous m&#226;chions de solides bouch&#233;es de ce fruit haschisch blond, filandreux, aigre, qui ass&#233;chait notre salive comme un d&#233;sert et nous laissait &#224; la fin la gorge pl&#226;tr&#233;e d&#8217;un mortier de sucre et de musc. Le somptueux travail qu&#8217;une digestion de g&#233;ant commen&#231;ait tout de suite &#224; nous enivrer. D&#233;j&#224;, les th&#233;or&#232;mes boursoufl&#233;s accolaient follement leurs triangles, et, sur les pages des g&#233;om&#233;tries, &#224; l&#8217;interf&#233;rence des cercles, tremblaient les irisations des coups de pierre sur l&#8217;eau. D&#233;j&#224;, Marie Stuart, arm&#233;e de tendres charmes, jaillie comme Pallas du front de M.&#160;Seignobos, marchait sur les landes d&#233;clives de nos pupitres, avec ses chiens, ses amants et son bourreau. Les anthologies sonnaient d&#8217;imp&#233;rieux boute-selle, et, dans nos yeux de poissons morts, bouillonnaient des&#160;<span style="margin:0px;font-style:italic;">Oceano nox</span>&#160;gigantesques&#160;; nos bouches bavaient sous les baisers d&#8217;Oph&#233;lie. La cloche de sept heures nous sauvait juste du scandale d&#8217;une ivresse publique. Pli&#233;s dans nos p&#232;lerines noires et la t&#234;te couverte du capuchon nous laissions s&#8217;&#233;gailler nos camarades. Nous nous tirions dans l&#8217;ombre des piliers tant que la route qui s&#8217;en allait vers la ville n&#8217;&#233;tait pas vide. Alors, comme des oisons, ou comme des moines &#224; qui vient d&#8217;&#234;tre annonc&#233; le d&#233;licieux d&#233;sagr&#233;ment d&#8217;un miracle, nous nous avancions sous les pauvres petits r&#233;verb&#232;res roses vers la porte du faubourg.</p>
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