Kazari, discussion et cas concret

Hello à tous, j’aimerai lancer un sujet concernant le thème du Kazari… Vaste sujet!!!

On pourra échanger sur les différentes règles existantes ainsi que les différents courants s’il y en a.

Puis aussi analyser des cas concrets ou discuter à propos de possibles présentations et de ses différents éléments…

Je sais que beaucoup ici participent ou non à des expos, sont inscrits dans des clubs ou non, donc on doit pouvoir trouver du monde pour échanger sur ce vaste sujet: Le Kazari

J’aimerai commencer par un arbre pour lequel je me demande quel format de tablette serait le plus adapté, c’est un charme de forme Fukinagashi (battu par les vents)…

Ma piètre analyse, est que c’est un feuillu, donc déjà tablette pour feuillu arbre féminin…

Cependant, le côté ramassé de l’arbre me laisse penser qu’il faudrait mieux une tablette avec de courts pieds. Stabilité.

Etant donné la puissance du vent sur celui-ci, j’aurai aussi bien imaginé pour la tablette les arrêtes du miroir assez arrondies pour le côté érosion du vent, ainsi que des pieds qui se trouvent bien à la limite du miroir mais pas à l’intérieur pour donner un côté stable à l’ensemble, encrage….

Sur la forme finale de la tablette, je n’en sais pas grand chose… Je ne suis pas persuadé qu’une tablette à barreaux soit le meilleur choix

Je sais pas ce que vous en dites?? Qu’en pensez vous???

Merci Pierre

Le voici en mode, full ligature en 2021:

Et une version un peu plus libre en 2024:

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Alors je ne vais pas parler kazari car j’y connais que dalle sur le sujet mais j’ime bien le pot avec ce rameau qui va dans le sens du vent. il était vraiment adapté à ton arbre de mon point de vue!

Sinon, tu as l’air d’avoir des arbres sympa sous ta serre! faudrait leur ouvrir des sujets.

En ce qui me concerne et bien que le pot soit joli, il est inutile de renforcer le caractère très fort de l’arbre par ce rameau qui indique le sens du vent, surtout dans l’optique d’une exposition car cela fait doublon.

L’art du kazari c’est aussi suggérer…

Maintenant, chacun ses goûts

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C’est un très bel arbre que tu as formé! Je trouve le pot aussi très beau, mais la 1ere des chose à éviter c’est la redondance dans la présentation. Forme des pots, fleurs… et ici on trouve une redondance entre le décor du pot et l’arbre. Tu pourrais dire que c’est un rappel, mais en situation d’expo c’est un jury qui juge, et pour éviter toutes sanction il vaut mieux jouer la carte de la sobriété et du classicisme si tu vise une sélection. Du coup ta tablette doit être le plus simple possible, ça hauteur dépendra surtout de la taille de l’arbre, une fois sur la tablette il doit être au niveau du regard le plus flatteur pour lui. Je ne suis pas toujours d’accord sur les codes d’expo, mais toujours pareil, si tu vise une sélection ou un prix fait en sorte que ce soit l’arbre qui soit mis en valeur. A vouloir sortir des codes ou trop en faire on s’expose à des critiques sur le détail et on oublie l’arbre…

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Comme quoi je suis à chier en choix de pot et présentation! :joy::joy:

C’est parfaitement vrai mais il faut faire attention tout de même car je vois parfois en expo des tablettes qui sont plus hautes que les arbres, c’est ce que j’appelle la “dictature du point focal”

Ne pas oublier que le spectateur peut et même doit se baisser pour admirer l’arbre, c’est un signe d’humilité peut être un peu éloigné de nos conceptions occidentales

Pour moi la tablette doit être assez basse pour mettre en valeur le côté battu par les vents, une tablette trop haute donnerait trop d’instabilité à l’ensemble; en tout cas pour ce style d’arbre.

Oui je vais le poser en expo, en Octobre 2026, à l’Expo Régionale Nord.

Perso je n’ai aucun problème avec ce pot, sinon je ne l’aurai pas acheté, au contraire d’ailleurs ça match parfaitement selon moi, j’avais d’ailleurs eu plutôt des retours positifs jusque là, comme quoi…

Bon la tablette???

Tablette à barreaux pour feuillu, pas trop haute, environ 1/3 de la hauteur de l’arbre

Il te plait et c’est déjà ça.

J’ai donné mons avis et je peux même ajouter que la couleur, verdâtre d’après la photo ne convient pas pour un arbre en feuilles, c’est à réserver pour les expos en hiver mais là encore, c’est une question de goût

Vu que c’est un battu par les vents il est donc bien plus crédible sans feuille donc tant mieux alors

Bon, en octobre, tu pourras le présenter sans feuilles, quitte à retirer les dernières qui ne seront pas tombées

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Je suis d’accord sur ce point, mais c’est vrai qu’avoir la bonne tablette dans le style, la bonne taille, la bonne couleur,… c’est souvent un casse tête à trouver.
@Chicko perso je trouve ton pot en accord avec ton arbre, le principal c’est qu’il te plaise, car tout le reste n’est que gout ou culture personnelle, mais il faut savoir ce que l’on cherche quand on expose.

Bonjour Pierre,

Tu as un beau Fukinagashi, bien lisible dans sa dynamique générale.
Il présente toutefois un caractère un peu atypique, notamment par le mouvement marqué de la première branche, qui attire le regard et participe fortement à l’expression de l’arbre.
Ce choix renforce le sentiment de lutte et de tension, même s’il s’éloigne légèrement des formes plus classiques, où la structure est souvent plus progressive.
C’est exactement ce qui fait l’intérêt de cet arbre.

Voici quelques lignes en fonction de l’enseignement que j’ai reçu.

Fukinagashi (battu par les vents)

Le Fukinagashi, ou style battu par les vents, exprime de manière directe et lisible l’action constante d’un vent dominant sur l’arbre. L’ensemble de la construction doit permettre au spectateur de ressentir cette force invisible à travers la dynamique des formes.

Les conifères se prêtent particulièrement bien à ce style, car ils poussent souvent en altitude et dans des zones exposées. Les feuillus s’y prêtent généralement moins naturellement, bien que certains puissent l’exprimer avec plus de subtilité.

Dans la plupart des styles, les arbres sont plantés verticalement, à l’exception notamment du Fukinagashi et du Shakan.

Le Fukinagashi doit exprimer la force et la direction du vent. Il s’inspire d’arbres ayant poussé dans des conditions naturelles difficiles, soumis en permanence à des vents dominants.

L’essentiel de ce style réside dans la mise en évidence de cette contrainte : le vent oriente l’ensemble de la ramure dans une seule direction. Il s’agit de faire ressentir un mouvement continu, comme si le vent soufflait encore.

Ce style peut être associé à différentes formes. Par exemple, un Chokkan dont on supprimerait les branches d’un côté peut évoluer vers un Fukinagashi. De même, un Moyogi ayant poussé sur une falaise exposée peut naturellement suggérer cette influence du vent. Ce style peut également s’exprimer en groupe ou en semi-cascade.

La tête de l’arbre, bien que présente, n’est pas l’élément principal. Ce sont surtout la direction, l’orientation et l’allongement des branches qui caractérisent le Fukinagashi. On doit avant tout ressentir la force du vent.

Le tronc ne peut rester parfaitement droit, sous l’effet du vent, il est incliné, parfois fortement. Les branches se développent majoritairement d’un seul côté et sont souvent longues. Il convient donc de les laisser pousser librement, en limitant le pincement. En revanche, certaines parties, notamment le sommet, peuvent être plus travaillées afin de renforcer la dynamique générale.

Le haut de l’arbre doit exprimer plus fortement encore la contrainte du vent que la base. Cette impression est d’autant plus marquée que le tronc est incliné.

Dans un arbre battu par les vents, le système racinaire traduit lui aussi la lutte et l’adaptation aux contraintes du milieu. Il ne peut pas être neutre. L’apparence de la ramure est primordiale, mais les racines jouent également un rôle essentiel dans la crédibilité du Fukinagashi.

On devrait distinguer dans la lecture d’un fukinagashi tout comme pour un Shakan, ce qu’on appelle les hikine (racines tirantes) et les ukene (racines de soutien).

Les ukene, ou racines de soutien, se situent du côté de l’inclinaison du tronc. Elles semblent recevoir et porter le poids de l’arbre. Ces racines sont généralement plus courtes et parfois davantage enfoncées dans le sol, ce qui renforce l’impression de charge et de stabilité. Sans ukene convaincantes, un Fukinagashi paraît souvent “posé” plutôt que véritablement forgé par les éléments.

Une mise en valeur plus marquée des ukene renforcerait encore le caractère de l’arbre.

Les hikine, littéralement racines tirantes, sont situées du côté opposé à l’inclinaison du tronc. Elles donnent l’impression que l’arbre s’agrippe au sol pour résister à la force qui le fait pencher. Leur rôle visuel est fondamental, car elles participent directement à la sensation de tension et de dynamisme.

Dans le style Fukinagashi, on peut également observer des racines exposées ou légèrement soulevées (ukine), qui suggèrent l’érosion, le déchaussement progressif et un sol pauvre ou battu par les éléments. Elles apparaissent généralement près du collet, du côté exposé au vent. Ces effets doivent toutefois rester mesurés : trop de racines apparentes affaiblissent visuellement l’arbre.

Un nebari en étoile n’est donc pas particulièrement adapté à ce style. On privilégiera un enracinement plus marqué du côté des branches développées.

Les branches, sous l’effet du vent, peuvent se courber et même croiser le tronc : c’est l’un des rares styles où cela peut être admis, à condition que cela soit justifié par la dynamique du vent.

On peut également observer, dans la nature, des expressions différentes : certains Fukinagashi présentent un tronc allant dans le sens du vent, d’autres semblant lui résister. Il ne s’agit pas d’une règle académique, mais d’une lecture naturaliste.

En exposition, ce sont le plus souvent les formes allant dans le sens du vent qui sont présentées.

La table (shoku).

Concernant la tablette, dans le système Shin, Gyo, So, les feuillus sont généralement considérés, à quelques exceptions près, comme des arbres Gyo. Il leur correspond donc une table de type Gyo.

Dans le bonsaï traditionnel, les tables doivent rester sobres afin de ne pas concurrencer l’arbre, qui demeure l’élément principal. Elles sont généralement de couleur sombre, mate, et leurs proportions doivent rester équilibrées.

Une table Gyo est élégante, avec des formes plus arrondies que les tables Shin, plus massives. Une tablette à barreaux (sanjoku) est tout à fait adaptée aux feuillus et reste d’un emploi facile. Contrairement à certaines idées reçues, des conifères à tronc fin peuvent également être présentés sur ce type de tablette.
La hauteur de la tablette doit être adaptée à celle de l’arbre. L’exemple d’un bunjin présenté sur une jita illustre bien cette relation.

Le pot.

Le pot est très joli, mais il attire légèrement le regard.

Dans ce type de composition, l’arbre gagnerait sans doute à être présenté dans un pot ovale, ce qui renforcerait la lecture du mouvement et accentuerait le caractère battu par les vents.

Un pot vernissé et de couleur.

Le pot peut être légèrement décalé sur la tablette en fonction de son sens, mais ne doit jamais dépasser le plateau (tenban).

Un petit plus.

Une subtilité, pas toujours facile à mettre en œuvre : un arbre qui se développe vers la gauche accentue souvent le caractère dramatique. Allant à contre-sens de la lecture naturelle du regard, il renforce l’impression de lutte, tandis qu’un arbre orienté vers la droite paraît plus fluide.

Voilà Pierre, comme déjà dit, ce qui précède reflète l’enseignement que j’ai reçu, issu du bonsaï traditionnel. Chacun reste bien entendu libre de s’en inspirer… ou non, selon sa sensibilité.

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Et bien en voilà une analyse bien complète, un grand merci Michel!!!

Tu sais, je ne suis pas contre un peu de fantaisie dans notre pratique, mais tu sais aussi que mes plus grandes influences depuis mes débuts sont issus de la même école que toi, dont Fredy avec qui j’ai commencé cette arbre en 2008…. Donc perso, j’adhère à ce mouvement de pensées.

Son histoire est ici d’ailleurs depuis ces débuts jusqu’en 2019:

https://www.parlonsbonsai.com/t/charme/79237

Bon le pot, ne fait pas unanimité, mais bon moi je ne le changerai pas, ou en tout cas pas maintenant….

Pour la tablette féminin on est d’accord… J’ai mis Gérald sur la piste, c’est notre ami et fournisseur officiel au club, y’a plus qu’à affiner le sujet

Continuons à discuter un peu de la mise en scène…

Le shitakusa, lors d’une exposition, il doit se tourner vers l’arbre afin de fermer la composition…

Et bien avec cet arbre que j’ai déjà exposé quelques fois, si vous saviez le nombre de fois où j’ai voulu le mettre dans le même sens que l’arbre!!! Bon sang, ça me démangeait!!

Serait-ce une grave erreur selon toi Michel?

Du coup, pour éviter d’avoir à mettre un shitakusa (la plante) inclinée à contre sens du vent, j’ai dû trouver une soluce!!!

Celle-ci me semblait sympa, non??

Cela me semble logique et normal dans ton cas que la végétation de la plante d’accent suive le sens du vent ou soit neutre. Ta proposition est originale et fonctionne.

Le shitakusa est toujours orienté vers le bonsaï, mais non, comme le dit Marc, ça semble logique et ce n’est pas une grave erreur. :wink:

Pierre,
Je ne vais pas faire une critique de ta plante d’accompagnement, nous ne sommes pas dans ce registre. Je te partage juste mes notes très, très résumées.
À toi de voir ce que tu peux améliorer.

Toujours selon ce que j’ai appris

Le Shitakusa.

Comme déjà dit le shitakusa accompagne le bonsaï et doit toujours être orienté vers lui. Les mouvements du bonsaï et du shitakusa doivent converger, afin de créer une relation naturelle entre les deux éléments.

Les exigences esthétiques du shitakusa sont simples mais précises : feuilles de petite taille, feuillage d’une seule couleur (sans panachage), teintes discrètes et naturelles. Une seule variété de plante est utilisée par pot.

Règle essentielle : un pot, une seule plante.

Concernant la disposition, les herbes doivent occuper l’ensemble de la surface du pot et s’étendre jusqu’aux bords. Elles ne doivent pas donner l’impression d’être “posées”, mais de s’être développées naturellement dans leur contenant.

Contrairement à certaines idées reçues, il n’existe pas de règle stricte concernant la hauteur des herbes par rapport au bord de la tablette. Il s’agit avant tout d’une question de logique, d’équilibre et d’harmonie dans la composition.

Le shitakusa doit marquer la saison, parfois de manière très subtile, presque imperceptible.

Après des années de culture, l’expression du wabi-sabi apparaît naturellement, la plante acquiert ainsi une patine et une maturité impossibles à simuler.

Les supports.

Les supports utilisés sont en bois. Le terme “jiita” est souvent employé de manière générique, à tort, pour désigner l’ensemble des supports de shitakusa.

On distingue notamment :

Jiita : tranche de tronc sciée.

Sunoko (ou takesunoko) : présentoir en bambou, utilisé uniquement en été, jamais en hiver.

Yatsuhashi : planchettes de bois disposées en nombre impair (3 ou 5).

Mizuita : plaques de formes géométriques (rondes, carrées, rectangulaires, octogonales…).

Comme pour le reste du kazari, le shitakusa ne doit jamais chercher à attirer l’attention, mais à s’intégrer naturellement dans l’ensemble, en renforçant l’atmosphère sans jamais s’imposer.

Si tu vois Fredy et Suzane remet leur mon bonjour, je leur dois beaucoup et je n’oublierai jamais nos soirées à discuter bonsaï.

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Encore un point important.
Seul le shitakusa accompagne le bonsaï.
Pas de suiseki, de tenpai, d’okimono, netsuke…

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Merci Michel pour toutes ces précieuses précisions!!!

Donc si je dois autocritiquer mon shitakusa, je dirai qu’il y a deux plantes donc plutôt Kusamono…

Et oui la petite saxifrage et venu s’inviter parmi les acorus… La grue te semble de trop???

Et on pourrait aussi ajouter que le pot n’est pas assez discret, vu sa couleur…

Fredy, ça fait très longtemps que je ne l’ai pas vu… Vu qu’il n’est pas super en forme, parkinson…

Il pratique toujours mais c’est plus difficile pour lui maintenant, il ne conduit plus…J’ai un peu mal pour lui car c’est un mentor pour moi…

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Je me mets à la place d’un débutant, voire d’un faux débutant. Il lit « Kasari » dans le titre du sujet et tout au long des messages.
Il ne comprend pas le terme.
Il cherche sur son moteur de recherche. Il trouve : Le Kasari est un fleuve en Estonie.
Il cherche ensuite sur le forum et trouve un sujet Comment présenter son bonsai et dans le 5eme message de ce sujet apparait le terme Kasari.

Tous ces errements pour trouver une piste ténue pour trouver une éventuelle réponse.
Tout cela parce que le jargon règne en maitre.
Que ce soit dans le bonsai, mais aussi en sciences, en médecine ou en matière d’art le jargon est toujours un moyen d’assoir un pouvoir de celui qui sait sur celui qui ne sait pas.
Quelqu’un aurait pu avoir l’idée à un moment de faire suivre le terme Kasari par une parenthèse ainsi : Kasari (scénographie)
Et le tour était joué.