C’est pas douter de l’intégralité du jury? Je m’emballe pas, c’est je trouve des remarques trop faciles. Surtout comme le dit @Toche le monde du bonsaï est tout petit, et a ce niveau tout le monde se connaît. C’est déjà assez difficile d’organiser une expo, et un prix est toujours discutable sans pour autant en rajouter une couche. Franchement qui peut douter de la qualité de cet arbre a tous les niveaux ?
En fait le but de cette remarque était simplement de comprendre, pour le débutant que je suis, pourquoi l’arbre avait été récompensé alors qu’il ne respecte pas les codes. J’ai maintenant compris grâce aux réponses de Clem et Toche et je les remercie ![]()
Tu veux dire intégrité non ?
Franchement, pas moi. Même le dernier. Car je l’ai dit et le réitère, cet arbre était sublime. Même ma femme qui n’y connaît absolument rien et arrivé devant et un poussé un wooow bouché bée! Comme quoi, il transmet énormément de choses cet arbre.
Encore désolé que le néophyte que je suis ai heurté ta sensibilité.
Pour répondre à Johann
Les kakejiku dans les présentations de bonsaï
On voit souvent des présentations accompagnées d’un rouleau suspendu appelé kakejiku.
Cet élément vient directement de la tradition du tokonoma dans les maisons japonaises. Le tokonoma est une alcôve décorative dans laquelle on place généralement un rouleau accompagné d’un arrangement floral ou d’un objet afin de créer une atmosphère saisonnière ou poétique.
Lorsque le bonsaï a été intégré dans ce type de présentation, il a naturellement pris la place de l’arrangement floral, mais la logique de composition du tokonoma est restée la même.
Dans une présentation de bonsaï, l’arbre reste toujours l’élément principal. Le rouleau n’est donc pas là pour décorer, mais pour compléter l’atmosphère de la scène.
On peut considérer que la présentation évoque un paysage suggéré :
le bonsaï représente le paysage proche, la plante d’accompagnement évoque le premier plan et le rouleau suggère le lointain ou le ciel.
Le kakejiku doit donc rester discret. Il ne doit jamais attirer l’attention avant l’arbre. Si l’œil du spectateur se porte d’abord sur le rouleau, c’est généralement que celui-ci est trop dominant.
En ce qui concerne son placement, il existe à nouveau deux écoles, voire trois.
La première place le kakejiku exactement au centre de la présentation.
La seconde école place le rouleau en fonction du mouvement de l’arbre. Dans une présentation, le regard suit naturellement la ligne du bonsaï, du nebari vers le tronc puis vers la cime. Le rouleau est généralement placé dans la direction vers laquelle l’arbre se dirige visuellement afin de prolonger ce mouvement.
Pour cette seconde école, la distance entre l’arbre et le rouleau est également importante.
Trop proches, les éléments donnent une impression de lourdeur. Trop éloignés, ils semblent ne plus avoir de relation entre eux.
Les Japonais accordent une grande importance à cet équilibre de l’espace, que l’on retrouve dans la notion esthétique du « ma », c’est-à-dire l’importance du vide dans la composition.
Je reviendrai plus bas sur le placement de la troisième école.
Le sujet représenté sur le rouleau doit être en harmonie avec l’atmosphère de l’arbre.
Les motifs les plus courants sont souvent très simples : lune, montagne lointaine, oiseau, cascade ou calligraphie. J’en ai vu un très beau représentant un éclair dans le ciel.
Dans une exposition inspirée du tokonoma, le kakejiku forme un trio harmonieux avec le bonsaï (élément principal) et la plante d’accompagnement (shitakusa), tandis que le rouleau occupe l’espace vertical.
Le rôle du kakejiku dans cette composition est de suggérer un paysage, une ambiance, plutôt que de raconter une scène détaillée. La saison joue également un rôle important. Un rouleau évoquant clairement l’hiver associé à un arbre exprimant l’été crée une incohérence dans la présentation.
On distingue généralement deux types de rouleaux. Certains évoquent directement une saison (fleurs de printemps, neige, oiseaux migrateurs…), d’autres sont plus universels et suggèrent simplement une atmosphère, comme certaines calligraphies ou des motifs très minimalistes.
Dans tous les cas, le rouleau doit rester au service de l’arbre. Il complète la scène sans jamais chercher à prendre sa place.
Si le kakejiku représente un oiseau, un animal ou un personnage, celui-ci doit être orienté vers le bonsaï afin que le regard converge vers l’élément principal.
Ces éléments ne doivent pas être vus comme des règles rigides, mais plutôt comme des repères esthétiques issus d’une longue tradition de présentation.
Je parlais d’une troisième école, celle du bonsaï traditionnel.
Je vais peut-être te décevoir Johann, mais dans cette école, on ne met pas de kakejiku lors d’une présentation de bonsaï.
Comme je le disais précédemment, mon maître expliquait toujours les raisons derrière les règles. Il nous disait :
« Autrefois, certains seigneurs féodaux étaient représentés symboliquement par un kakejiku. Lorsqu’un de ces seigneurs partait en campagne, son rouleau pouvait être placé dans le tokonoma du château afin de rappeler symboliquement son autorité et sa présence aux personnes de la maison.
En revanche, lorsque le seigneur était présent, le tokonoma restait généralement vide, sa présence réelle rendant inutile toute représentation symbolique.
Ce n’est que beaucoup plus tard que les bonsaï ont commencé à être admis dans cet espace. À partir du début du XXᵉ siècle, et notamment durant l’ère Taishō (1912-1926), les arbres ont progressivement trouvé leur place dans le tokonoma.
Dans ce contexte, le bonsaï a été considéré comme occupant une position comparable à celle qu’avait auparavant le rouleau, celle de l’élément principal de la présentation.
C’est pour cette raison que l’école traditionnelle de bonsaï évite de présenter simultanément un bonsaï et un kakejiku occupant un rôle équivalent dans le tokonoma, afin d’éviter la présence de deux objets de même valeur dans un même endroit.»
L’arbre devient alors l’élément central de la scène, et le rouleau peut être retiré afin de préserver la simplicité et l’équilibre de la présentation.
La simplicité et le dénuement permettent d’apprécier pleinement la beauté et l’émotion que dégage un bonsaï. Il faut écarter l’inutile, se débarrasser du superflu.
C’est l’esprit du wabi-sabi.
Pour s’en rendre compte, il suffit de placer un arbre devant un mur blanc. L’arbre prend alors immédiatement toute sa valeur émotionnelle. Le regard se porte uniquement sur lui. On observe les détails de la ramification, la ligne de vie, la construction de l’arbre.
Prenons maintenant ce même arbre et accompagnons-le d’un kakejiku, d’un suiseki ou encore d’un okimono. Le regard s’égare entre le bonsaï et tout ce qui l’accompagne. La construction artistique s’en trouve perturbée et l’arbre perd alors une partie de sa force expressive.
Wow, merci pour toutes ces précisions Toche. J’en apprend énormément en te lisant et ça, ça n’a pas de prix ![]()
Tu me donnes encore plus envie de découvrir l’histoire du Japon et ses traditions. Quel pays et culture poétique, c’est magnifique et passionnant !
Et pour en revenir aux kakejiku (je ne sais pas si il prend un s au pluriel) je comprends mieux pourquoi, lors des expo comme celle du Trophy, on peut observer toutes ces écoles et n’avoir aucune présentation similaire. Comment savons nous laquelle choisir ? On fait selon notre sensibilité artistique ? Vers ce qui nous attire le plus ?
Encore merci pour tout ces enseignements Toche. Et merci également à johann d’avoir posé la question. Tu as dû passer de magnifiques années au Japon avec ton maître, quelle aventure !
J’ai oublié de partager ce passage
Me Ando qui enseigne le bonsaï traditionnel dit encore ceci : "À travers un arbre le visiteur doit pouvoir se rappeler le paysage ou une atmosphère déjà vécu.
Le kakéjiku nous empêche d’imaginer un tableau ou une histoire quand on regarde le tokonoma.
Vouloir en placer un c’est comme vouloir accrocher un tableau dans le ciel.
Si on place un rouleau dans le tokonoma, on ne peut plus imaginer la nature. C’est, d’une certaine façon, imposer au spectateur sa vision d’un paysage, d’une atmosphère ou d’un ressenti. De cette façon on ne laisse plus la liberté de vision. C’est une certaine forme d’impolitesse envers le spectateur."
Il n’y a pas une école meilleure qu’une autre, c’est selon notre propre sensibilité
L’important n’est pas l’école que l’on suit, mais la sincérité avec laquelle on la pratique.
Merci beaucoup pour ces nouvelles précisions. Comme toi j’ai besoin de savoir d’où vient le code et tes explications sont très détaillées . Cette expérience japonaise a dû être incroyable et pleine de remise en question tant la différence culturelle est importante . C’est très enrichissant d’approfondir une culture aussi différente de la nôtre et de relativiser nos certitudes.
Encore une fois merci beaucoup de prendre le temps de partager cette expérience avec nous.
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Superbe comme chaque année. Vivement 2027 pour mon second voyage vers la Mecque du bonsaï ![]()
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Bonsoir Toche, je pense que la raison de l’utilisation d’une jita au Trophy par M. Alvares Iglésias est la hauteur importante de l’arbre conjugué à la hauteur des tables de présentation. Installé sur une tablette, comme tu le proposes, il aurait été vraiment très surplombant. C’est une erreur qu’on a vu dans d’autres présentations d’où l’impression que le fond noir n’était pas assez haut. Je suis d’accord que le sens de lecture de la présentation n’est pas optimal. Sur le sujet de la présence des 2 canards, en fait il y a un canard qui observe une cane. Le printemps est la période de reproduction chez ces animaux, c’est peut être cette saisonnalité qu’il veut évoquer en utilisant les deux plutôt qu’un seul. Il est par contre dommage qu’ils regardent tous les deux dans la direction opposée à l’arbre.
Une proposition virtuelle :
ça me parait pertinent comme explication..
Sinon, pour le sens de lecture de l’arbre, c’est une supposition, mais il est possible qu’il ait considéré que la 1ere branche de droite est la branche directionnelle, qui donne le sens de lecture vers la droite. Un peu comme sur ce chokkan où la cime va pourtant à gauche, l’espace vide principal est à gauche, mais le proprio a considéré que l’arbre allait à droite avec sa 2eme branche de droite qui donne la direction →
Après les discussions sur la présentation, on peut repartir sur la discussion: “1° branche / branche principal”. C’est souvent difficile de déterminer la branche principal sur une photo qui est en 2D et ne permet pas de voir le volume qu’elle occupe. Le sens d’un arbre vertical est avant tout … vertical. Une tendance à droite ou à gauche ne peut être que subtil. Sur le virtuel que j’ai réalisé, il apparait que l’arbre a plus de végétation du côté droit que du côté gauche. Les branches les plus basses à gauche ont été transformées en jin, ce n’est donc pas le côté “favori” de l’arbre. Finalement le mouvement de l’arbre est peut être vers la droite.
Sur le respect des “règles” de présentation, j’ai été plus gêné par des éléments qui auraient été plus appropriés à la fin du printemps ou en été, même si cette année la météo était particulièrement clémente au moment de l’expo :
Ou par d’autres trop agressifs à mon gout :
ou :
Pour ceux qui n’avaient pas remarqué, le personnage tient une hache! Il parait rassembler ses forces avant de s’en prendre à l’arbre!
Si je comprends bien la présentation que l’on propose doit représenter absolument la saison durant laquelle est exposé l’arbre ? Si c’est le cas, c’est vrai que les 2 premières photos sont hors saison mais très artistique.
Pour les 2 dernières, je trouvais également que le casque de samouraï n’était pas forcément adapté mais tellement joli. Belle pièce. Par contre pour la dernière je n’avais absolument pas remarqué la hache !! Je pensais que c’était un bâton et que le personnage admirait l’arbre. En fait pas du tout, merci d’avoir attiré l’attention là dessus.
Bonjour Christian, ![]()
Je comprends ce que tu expliques.
Le choix d’une jiita ou d’une mizuita n’est évidemment pas une faute en soi. Si j’ai modifié la présentation dans mon exemple, c’est simplement parce que ces deux éléments sont visuellement très proches l’un de l’autre, ce qui peut créer une certaine redondance dans la composition.
Il existe par ailleurs des tables très basses, comme les hirajoku, qui auraient pu convenir également compte tenu de la hauteur de cet arbre.
Si j’essaie de comprendre l’intention de la présentation de M. Iglésias, j’imagine qu’il a peut-être voulu utiliser la jiita sous son arbre pour évoquer une berge de rivière, d’où le canard observerait la cane sur son nid dans les roseaux. Dans cette logique, il n’aurait effectivement pas pu poser le canard sur une véritable tablette.
Le problème, à mon sens, est que cette petite scène attire beaucoup l’œil alors que l’arbre devrait rester l’élément principal de la présentation.
J’ai même l’impression que celles et ceux qui ne perçoivent pas immédiatement cette intention risquent surtout de se demander si l’on n’a pas simplement oublié un canard sur la tablette.
Concernant la remarque sur « le fond noir qui n’était pas assez haut », c’est un point que j’évoque régulièrement depuis des années auprès des organisateurs d’expositions. J’en avais déjà parlé à Marc Noelanders lors du premier Noelanders Trophy dans ses anciens locaux.
Personnellement, je n’exposerais pas un arbre avec autre chose qu’un shitakusa. Mais si je devais le faire avec des canards, je choisirais quelque chose de plus japonais, comme ces tenpai par exemple.
La présentation d’un arbre à l’intérieur peut évoquer soit la saison en cours soit celle qui va suivre immédiatement. Donc pour le trophy de cette année : la fin de l’hiver ou le début du printemps. Je ne veux pas jouer les intégristes et me référer au 72 micro-saisons du calendrier traditionnel. Si on pouvait juste s’en tenir aux 4 notre ce serait déjà pas mal.
Merci pour ta réponse. Tu m’a interpellé et j’ai donc été me renseigner sur le koyomi, c’est ultra intéressant.
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