Travaux spéciaux (Jin, Shari, déchirures, gros pliages, séparation veines vivantes,etc...)

La technique au service de l’esthétique est un passage incontournable de la réalisation de nos projets.

Au-delà des techniques courantes que nous pratiquons au quotidien, il est parfois nécessaire de mettre en oeuvre des travaux spéciaux, pouvant engager la survie d’une branche, voire de tout l’arbre, pour augmenter significativement la valeur esthétique de nos Bonsaï.

J’invite les membres de PB à partager leurs travaux, leurs expériences et surtout leurs résultats concernant ces techniques spéciales

Je commence avec 2 réalisations récentes :

  1. Abaissement drastique par déchirure d’une branche horizontale de pin blanc en restructuration, réalisé le 17/12/25

Réalisé au tournevis et marteau, tournevis à 45°, aucune protection appliquée

  1. Séparation de veines vivantes sur genévrier pour abaisser une branche, réalisée le 11/01/26

Je souhaite incliner fortement une branche pour avancer sur mon genévrier Sabina rempoté en novembre dernier

Abaisser cette branche en Y avec le tronc et la cime est problématique, car il y a du bois mort à sa naissance, et je veux vraiment créer un angle aigu très marqué, et surtout éviter une courbure molle type parapluie :umbrella:

Zoom de la problématique :

Persuadé que plier cette branche à sa naissance (flèche rouge) ne me permettra pas d’atteindre mon objectif esthétique, je décide de séparer la branche du tronc et de venir la plier à la flèche verte, cela m’oblige à séparer le tronc en 2

Je procède au marquage de chaque côté de la ligne de séparation :

Je scie à la Dremel de chaque côté en suivant cette ligne noire :

Je sépare doucement au couteau les 2 veines vivantes du tronc et de la branche :

Jusqu’à la zone de courbure souhaitée :

Puis je protège avec du ruban autovulcanisant bien serré sur le tronc et le départ de branche au droit de la nouvelle naissance de branche, au niveau de la courbure à faire, et je mets 2 fils de ligature de 2mm, uniquement en maintien :

Je peux alors abaisser fortement ma branche, et créer un angle très aigu à la naissance de la branche, la branche est solidement maintenue dans sa nouvelle position par un serre câbles

La branche a ainsi été pliée à 180°

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bonsoir et bravo !

pour le pin blanc pourquoi rabaisser l’autre branche à doite et ne pas la suprimer carrement rvu quelles semblent sortir toutes les deux à la meme hauteur ?

Ces opérations de pliages à angle serré déforment fortement les canaux du bois dans lesquels la sève circule.

L’épaisseur du bois plié produit un rayon de courbure différent à l’extérieur et à l’intérieur du pliage, ce qui fait qu’à l’intérieur, les canaux auront tendance à être écrasés, et à l’extérieur étirés, pouvant même se rompre.

Il suffit de plier des tubes en papier pour s’en rendre compte.

Reste à connaître la faculté du bois de régénérer cette circulation de sève. C’est un peu l’inconnue du régiment.

En principe (et selon les essences) la communication transversale entre les canaux permet à l’arbre des dérivations de flux, mais quand toute la branche est sous contrainte, cette propriété peut ne pas suffire.

Je croise les doigts pour que tu n’aies pas de dommages.

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Alors qu’il commentait une démo dans une grande exposition, j’ai entendu un jour Walter Pall expliquer pourquoi on préconisait de suspendre l’arrosage des arbres avant une mise en forme impliquant de très fort pliages. D’après lui quand le substrat sèche et que la circulation de sève ralentit, les parois des cellules des parties vivantes sont moins tendues car la pression interne est moins forte. Aussi, quand ces cellules sont soumises à une déformation à cause des pliages réalisés, leurs membranes sont capables de mieux les supporter sans forcement lâcher et entraîner la mort de la cellule concernée.

C’est aussi pour cette raison qu’on dit qu’il faut éviter de plier une zone dans un sens puis dans le sens opposé. Avec le premier pliage les cellules trop écrasées ou trop distendues vont mourir après rupture de leurs membranes, avec le 2° ce sont les cellules survivantes qui seront soumises à des déformations fatales, ne laissant, au final, pas assez de cellules vivantes pour permettre la survie de la branche.

Ça paraît logique et de bon sens, mais c’est peut être de l’ordre de la légende urbaine. Je laissent ceux qui ont des connaissances approfondies en biologie donner leur avis. Je voulais juste partager les commentaires donnés par une personne possédant beaucoup plus d’expérience que moi.

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En théorie, ce que dit Walter Pall n’est pas idiot, mais en pratique il faudrait que l’arbre soit carrément en déficit hydrique pour que cela fonctionne… et je doute que ça vaille le coup de le travailler ensuite :zany_face:

Eviter les torsions multiples paraît une sage précaution.

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Le modèle proposé dans le schéma qui accompagne n’est pas représentatif de ce qui se passe car il ne respecte pas les proportions.
Il suffit de constater qu’un matériel qui support aussi peu la flexion que le verre dans le cadre de plaques de 1 ou 2 mm (ou plus) devient très souple quand il est en épaisseur de 50 µm comme dans une fibre optique pour comprendre que c’est un paramètre très important.
De même, le modèle implicite qu’imagine W. Pall pour donner son conseil n’est pas correct : il a juste constaté que le bois d’un arbre assoiffé est moins rigide que celui d’un arbre dont les cellules sont bien turgescentes et en a déduit qu’il était de ce fait plus résistante ce qui est faux (en plus il confond membrane et paroi).
Les deux phénomènes évoqués (écrasement et rupture) apparaissent dans des conditions différentes :
l’écrasement, c’est quand le rayon de courbure est tellement faible que la différence d’allongement entre l’intérieur et l’extérieur entraîne des contraintes de cisaillement supérieures à ce que peut supporter la paroi. Si on suppose qu’un rayon de courbure supérieur à 10 fois le diamètre de la fibre est acceptable, le diamètre d’un vaisseau du xylème étant de 100 µm environ, ça fait 1 mm de rayon de courbure. En bonsaï on est toujours au-dessus. Et en plus, pour les conifères où on a surtout des trachéides dont le diamètre est environ 10 fois plus faible, le rayon acceptable devient 0,1 mm.

La rupture, c’est quand l’allongement de la partie extérieure dépasse ce que la paroi peut encaisser en traction. Sauf erreur de ma part (la trigo est loin), l’allongement, c’est l’angle (en radian) multiplié par le rayon.

Mais on est d’accord pour éviter les aller-retours…

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Merci :folded_hands:

Les 2 branches sur le pin ne naissent pas à la même hauteur, et j’en ai besoin pour le moment, j’ai coupé beaucoup de branches cette année pour restructurer l’arbre, et pour l’instant je préfère la conserver !

Je garde ta remarque dans le coin de ma tête pour continuer quand le pin se sera remplumé :+1:

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Ça serait intéressant que tu ouvres un sujet sur ton pin blanc, qu’on suive son évolution :wink:

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Merci beaucoup pour l’intérêt que vous manifestez pour ces sujets techniques un peu pointus et pour le partage de connaissances scientifiques très précises :folded_hands:

En convergence sur le sujet de l’hydratation ou non préalable aux pliages, je n’ai aucune expérience sur le sujet, par contre je réalise toujours les pliages “extrêmes” en période de repos hivernal (hors ou très basse sève) car les différentes couches de cellules sont fortement adhérentes, alors qu’en pleine sève en activité végétative, un fort pliage décolle le cambium et j’ai déjà perdu des branches sur des genévriers pour cette raison,

C’est d’ailleurs pour cela qu’il est plus facile d’enlever un anneau d’écorce pour marcotter en végétation qu’en repos végétatif,

Donc ça rejoint quelque part le retour d’expérience de Walter P.

Ok ! Je fais ça :+1: c’était un arbre en grande difficulté (pin blanc semis non greffé) que j’ai sauvé en 2024, et commencé à restructurer l’année dernière

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Pour avoir fais des gros pliage, je préfère limiter la protection et voir ou ça doit casser. Et si sa commence a fendre je sope au moment ou juge le plus sur. Mais certains pin sont beaucoup plus souples que d’autres. Par exemple j’ai travaillé celui-là avec Olivier Barreau.


J’ai rafiaté une branche car elle porte une ancienne blessure, mais la seconde a été pliée doucement sans protection et sans casse.

Sur cet arbre la pliure du haut a été faite en sortant un demi disque a l’intérieur de la future courbe. Un arbre très souple aussi.

Et pourtant il mest arrivé de travailler des arbres beaucoup moins malléables ou la moindre torsion emmène vers une casse longitudinale. Pour moi ce n’est pas le taux d’humidité dans les cellules, mais aussi l’âge et sa construction. Pour x raisons l’arbre va mettre en place du bois de réaction. Bois de tension ou de compression, qui engendre une résistance spécifique et différente. Cela induit un decentrage du cœur. Et cela n’est pas visible de l’extérieur sur les petites sections que nous travaillons.
Mais quoi qu’il en soit on voit bien que si la branche n’est pas totalement cassée, si la lugature lui permet de tenir en place, une grosse rupture n’est souvent pas très grave. Par contre l’esthétique future peut etre délicate avec l’epaississement des veines vivantes.

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Très beau travail et 2 très beaux arbres Bravo :clap:

Très intéressant comme retour et partage d’expérience ! Chaque bois est donc unique et nous devons adapter nos techniques de travail à chaque arbre, en pouvant réussir sur un et échouer sur un autre !

A y réfléchir C finalement logique que le bois soit différent entre un plant de pépinière et un Yamadori, entre un jeune ou un vieil arbre,

Merci Marc !

Il ne faut pas prendre ce que l’on trouve. sur internet pour argent comptant, mais ayant eu du mal à suivre ton raisonnement sur le rayon de courbure, j’ai bêtement regardé sur Wiki à ce sujet. J’y ai trouvé:” plus le rayon de courbure est élevé, plus le tracé se rapproche d’une ligne droite, et inversement”. De là, 1mm de rayon de courbure, donne des courbes hyper serrées.

D’où une grande confusion dans mon intellect limité….

Ce qui signifie que l’écrasement des vaisseaux n’est pas un risque pour les torsions que nous réalisons. Les ruptures, oui comme malheureusement un certain nombre d’entre nous l’avons expérimenté.

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L’écrasement est effectivement un risque bien moindre que la rupture, mais réel quand, par exemple, on voit que l’écorce et le phloème plissent à l’intérieur d’un angle serré, ce qu’on observe plus facilement sur les écorces lisses comme celle des hêtres, par exemple; et qui signifie le décollement des couches entre elles.

La réaction des arbres est assez fluctuante, en fait.

Perso j’ai de vieux sylvestres qui sont en caoutchouc, et d’autres raides comme des verres de lampe; à diamètre de branches égales.

super, et n’hésite pas à ouvrir un sujet pour ton juniperus également :+1:

Je n’oserais jamais plier autant que tu l’as fait sur le pentaphylla et le junip, donc ça m’interesse de voir si les branches concernées ont survécu :folded_hands:

Pour la période idéale, j’ai vu une video YT d’un pro japonais qui conseillait de faire ce genre de travaux à l’automne (ligature, pliages, shari etc) en Septembre. Moins de risques de décollement d’écorce, branches plus souples, et bonne cicatrisation ensuite.

En résistance des matériaux, on démontre qu’un élément fléchi présente une déformation en compression dans l’intérieur d’e la courbure, une déformation nulle au centre et une déformation en traction à l’extérieur de la courbe.

Capture écran Wikipédia:

C’est pourquoi on ferraille le bas des dalles en béton, et pas le milieu ou le dessus, car l’acier est plus résistant en traction que le béton, celui-ci travaillant efficacement seulement en compression sur le dessus de la dalle.

Ces déformations sont loin d’être négligeables, en pratique de 3.14cm en allongement et en compression sur une branche de 2cm de diamètre courbée à 180° sur un rayon moyen un peu brutal de 5cm.

Sachant que la longueur initiale de la branche courbée fait la même longueur que la fibre centrale, non contrainte, soit 5 x Pi = 15.7cm, les déformations maximales en traction et en compression sont de l’ordre de 20% de cette longueur initiale, ce qui est considérable!

J’ajoute, à l’attention de @Lanig, qu’il est erroné de raisonner sur l’épaisseur de fibres isolées, comme tu le fais en évoquant la fibre de verre en exemple, car dans le bois ces fibres sont toutes solidaires et donc le matériau réagit en fonction de son épaisseur totale, comme je l’ai expliqué au dessus.

J’ai déjà créé le sujet lors du rempotage du genévrier

Projet Bunjin Juniperus Sabina pas à pas

:+1:

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J’aborde avec vous le sujet des feuillus, j’ai vu une vidéo où une pépinière formait et contrôlait la vigueur des Prunus Mume en cassant les branches, cela m’a interpellé ???

J’ai essayé l’été en août 2024 sur un plant en culture en pleine terre, résultat ça a cassé et arraché direct, à tel point que j’ai cru que c’était mort…

Finalement l’arbre a cicatrisé sur la saison végétative 2025 :

Est-ce que quelqu’un utilise cette technique pour former ou contrôler la vigueur des feuillus ?

Bonjour, j’avais aussi eu ce retour qu’il était possible de casser les branches des feuillus afin de ramifier en arrière sans forcement couper la branche. L’idée derrière est effectivement de freiner certaines zones plus fortes en cassant la branche (vers le bas). J’ai essayé qq temps sur certaines especes (tropicale) mais je n’ai pas vu de grosses différences avec une taille donc je n’ai pas donné suite.

Maintenant je me suis aussi posé la question de faire cela sur des pins par exemple mais je n’ai pas encore lancé d’expérimentation dessus.

Si d’autres ont des retours cela m’intéresse aussi grandement.

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