Les phases biologiques

Bonjour Marc,

Je vais répondre à ta question en dévoilant quelques lignes du livre que j’essaye d’écrire.

Il se fait que j’ai une approche un peu différente de la plupart d’entre vous.
Elle n’est ni meilleure ni plus mauvaise qu’une autre, elle est simplement un peu différente.

Voici en quoi elle consiste :

Les sept phases biologiques

Un jour, un maître Japonais m’a dit :

“Le bonsaï, c’est 90 % de culture et 10 % de technique. Le principal, c’est de maintenir ses arbres en bonne santé avant de vouloir les travailler.”

Cette phrase m’accompagne depuis un bon bout de temps.

Avec les années, j’en ai compris toute la portée.
La mise en forme attire naturellement le regard. C’est elle qui impressionne lors des expositions et que l’on admire sur les photographies. Pourtant, elle ne représente qu’une infime partie de la vie d’un bonsaï.

L’essentiel se joue ailleurs. Il réside dans la culture de l’arbre, dans la compréhension de ses besoins, dans le respect de son rythme biologique et dans la capacité du bonsaïka à prendre les bonnes décisions au bon moment.

Une taille, un rempotage, une ligature ou une défoliation ne sont jamais de simples techniques. Une même intervention peut être bénéfique, sans effet ou devenir préjudiciable, uniquement parce qu’elle est réalisée au mauvais moment.

Une technique n’est donc jamais bonne ou mauvaise en elle-même.
Elle devient juste… ou inappropriée selon l’état physiologique de l’arbre au moment où elle est appliquée.
Toute la question est alors de savoir comment reconnaître cet état.

Pendant longtemps, la plupart des ouvrages ont proposé des repères fondés sur le calendrier.
On lit fréquemment qu’il faut rempoter au mois de mars. Mais que signifie réellement le mois de mars pour un arbre ?
À Marseille, certains arbres ont déjà débourré depuis plusieurs semaines, tandis qu’à Bastogne, d’autres peuvent encore être sous un mètre de neige.
Pourtant, le calendrier indique exactement la même date.

L’arbre ne connaît ni les mois, ni les dates.

Ce qui rythme sa vie, ce sont la température, la durée du jour, l’humidité, l’état de ses réserves, les conditions climatiques et l’ensemble des signaux que lui envoie son environnement.

Le calendrier est un repère pour le bonsaïka, la biologie est le repère de l’arbre.

Lorsque ces deux repères ne coïncident pas, c’est toujours la biologie qui doit guider nos décisions.

C’est pourquoi j’ai choisi de structurer cet ouvrage autour de sept phases biologiques.

Ces 7 phases sont avec les 5 piliers le fil conducteur de ce livre.

Ce découpage ne prétend pas constituer une nouvelle théorie de la physiologie végétale.

Les mécanismes qui gouvernent la vie de l’arbre sont connus depuis longtemps.

Il propose simplement une organisation cohérente des grands états physiologiques que traverse l’arbre au cours d’une année, afin de faciliter leur compréhension et d’aider le bonsaïka à adapter ses décisions.

Les périodes indiquées ci-dessous ne sont données qu’à titre de repères. Elles permettent simplement au lecteur de situer approximativement chaque phase dans le cycle annuel.

Elles ne constituent ni un calendrier, ni une règle de décision.

Selon le climat, l’altitude, l’exposition, les conditions météorologiques, l’espèce ou même la vigueur de l’arbre, une même phase peut débuter plus tôt, plus tard ou durer plus ou moins longtemps.

Le véritable calendrier de l’arbre reste sa physiologie.

Les sept phases biologiques sont les suivantes :

Phase I — Écodormance (janvier à février)

Phase II — Post-dormance (fin février à mars)

Phase III — Débourrement (mars à avril)

Phase IV — Croissance active (avril à juillet)

Phase V — Maturation estivale (juillet à août)

Phase VI — Pré-dormance (septembre à octobre)

Phase VII — Endodormance (octobre à décembre)

Ces sept phases répondent à une première question essentielle : Où en est l’arbre dans son cycle biologique ?

Mais cette réponse, à elle seule, ne suffit pas.

Savoir qu’un arbre se trouve en phase de débourrement ou en croissance active n’indique pas encore ce qu’il convient de faire.

Vouloir rempoter uniquement parce que l’arbre est en phase II ou en phase III n’a finalement pas plus de sens que de vouloir le rempoter simplement parce que nous sommes au mois de mars.

Une phase décrit un état, elle ne prescrit jamais une intervention.
Il fallait donc disposer d’une méthode permettant d’interpréter chacune de ces phases.
C’est dans cet esprit que j’ai construit une grille de lecture fondée sur cinq questions essentielles.
Ces cinq questions constituent les cinq piliers de cet ouvrage. Ils constituent les cinq clés de la compréhension d’un arbre.

Pilier 1 — Que fait réellement l’arbre, biologiquement ?

Maître mot : Physiologie

Pilier 2 — Que montre-t-il… et que ne montre-t-il pas ?

Maître mot : Observation

Pilier 3 — Que peut-on faire sans le contraindre ?

Maître mot : Intervention

Pilier 4 — Que faut-il éviter pour ne pas perturber la phase suivante ?

Maître mot : Prudence

Pilier 5 — Quelle est la logique de long terme, au-delà de l’effet immédiat ?

Maître mot : Anticipation

Ces cinq piliers suivent une progression logique.

Comprendre la physiologie.
Observer les manifestations visibles.
Décider d’une intervention adaptée.
Préserver les équilibres qui prépareront la phase suivante.
Anticiper les conséquences de chaque décision.

Les sept phases situent l’arbre dans son cycle annuel.
Les cinq piliers permettent de comprendre ce que signifie réellement cette situation.
Ils ne constituent pas une méthode de culture. Ils proposent une méthode de réflexion.
Ils invitent le bonsaïka à observer avant d’agir, à comprendre avant de décider et à accompagner l’arbre plutôt qu’à lui imposer un calendrier.

Cette démarche peut se résumer en cinq maîtres-mots qui devraient guider chaque bonsaïka.

Observer. Comprendre. Décider. Agir. Observer de nouveau.

Le bonsaï est un dialogue permanent avec le vivant, chaque intervention appelle une nouvelle observation.
Chaque réaction de l’arbre enrichit notre compréhension et affine les décisions futures.
Ainsi, l’expérience ne consiste plus à accumuler des recettes, mais à développer une capacité de lecture toujours plus juste.

Les sept phases biologiques situent l’arbre. Les cinq piliers permettent de l’interpréter.
La démarche du bonsaïka transforme cette compréhension en décisions adaptées.
Telle est la logique qui a guidé la construction de cet ouvrage.

Il ne cherche pas à proposer une succession de recettes ni un calendrier de travaux.
Il propose une manière de comprendre l’arbre avant d’agir.
Lorsque cette lecture devient naturelle, le calendrier cesse de commander les gestes.
C’est l’arbre qui donne la réponse.

Les sept phases biologiques permettent de situer l’arbre dans son cycle annuel.
Les cinq piliers offrent une grille de lecture pour comprendre ce que signifie chacune de ces phases et guider les décisions du bonsaïka.

Au fil de l’écriture de cet ouvrage, une évidence s’est progressivement imposée à moi.
Derrière chacune de ces phases, derrière chacun de ces piliers, il existait un fil conducteur.
Une même logique semblait relier tous les comportements de l’arbre.
Comprendre cette logique revenait finalement à comprendre l’arbre lui-même.
C’est sans doute la découverte la plus importante que m’a apportée l’écriture de ce livre.

À mesure que ce livre prenait forme, une même idée revenait sans cesse.
L’arbre possède sa propre logique de vie.

Il ne cherche ni à aller vite, ni à tout faire en même temps. Il répond simplement aux conditions qui l’entourent : la lumière, l’eau, les saisons, les réserves dont il dispose. Il pousse lorsqu’il en a la possibilité, ralentit lorsque les conditions deviennent difficiles et sait mettre certaines fonctions en veille pour préserver l’essentiel.

Cette logique n’est pas celle de l’urgence ou de la performance, mais celle de l’équilibre et de l’adaptation. Comprendre un arbre, et plus encore cultiver un bonsaï, consiste souvent à accompagner cette logique plutôt qu’à vouloir lui imposer notre propre rythme.

“Ce n’est pas nous qui décidons du rythme de l’arbre, c’est l’arbre qui nous enseigne le sien.”

Quelle est cette logique de l’arbre ?

Comprendre un arbre, ce n’est pas apprendre une suite de techniques ou mémoriser un calendrier. C’est avant tout chercher à comprendre la logique qui guide chacun de ses choix.

Car l’arbre possède sa propre logique.
Une logique ancienne, forgée par des millions d’années d’évolution.
Une logique qui ne poursuit qu’un seul objectif : durer.

L’arbre ne cherche pas à devenir un bonsaï.
Il ne cherche pas à être beau.
Il ne cherche pas à fleurir davantage, à produire des entre-nœuds plus courts ou à densifier sa ramification.

NON, il cherche simplement à vivre, à survivre et, à terme, à se reproduire.

L’arbre ne connaît ni les mois, ni les saisons telles que nous les avons définies.
Il ignore nos calendriers, nos projets et nos échéances.
Il ne sait pas que nous sommes au printemps ou en automne.
Il ne perçoit que les signaux qui ont toujours guidé son espèce :

La température.
La durée du jour.
L’humidité.
Les réserves disponibles.
Les hormones qui circulent dans ses tissus.
Les contraintes imposées par son environnement.

Ses décisions sont biologiques, pas calendaires.

L’arbre ne cherche pas la croissance permanente. Croître sans cesse serait un gaspillage.
Il alterne naturellement des périodes d’expansion, de maturation, de ralentissement et de repos.
Lorsque les conditions sont favorables, il investit.
Lorsque les ressources deviennent limitées, il économise.
Lorsque les conditions deviennent hostiles, il se protège.
Et lorsque rien ne presse, il attend.
L’attente n’est pas une faiblesse.
Elle fait partie de sa stratégie.

Sa seule priorité est de préserver sa vie suffisamment longtemps pour assurer la pérennité de son espèce. Tout le reste n’est qu’une conséquence.

Là où nous raisonnons en jours, en semaines ou en saisons, lui raisonne en années, parfois en siècles.
Une branche peut être préparée pendant plusieurs années avant d’être exploitée.
Un bourgeon dormant peut attendre longtemps avant de se réveiller.
Une année difficile n’est qu’un épisode parmi d’autres.
L’arbre ne recherche pas le résultat immédiat.
Il recherche la continuité.
L’arbre n’a aucune volonté de lutter contre les saisons.
Il ne cherche pas à résister au froid de l’hiver ni à vaincre la chaleur de l’été. Il s’adapte.
Il ralentit lorsque cela est nécessaire.
Il accumule des réserves lorsqu’il le peut.
Il abandonne parfois certaines branches pour préserver le reste.
Il privilégie toujours ce qui augmente ses chances de survie à long terme.
Sa logique n’est pas celle de la performance.
Sa logique est celle de la résilience.

Le bonsaïka, lui, est souvent tenté d’accélérer.
Il aimerait davantage de croissance, davantage de ramifications, davantage de résultats.
Pourtant, chaque fois qu’il agit contre la logique de l’arbre, il crée une contrainte.
Et chaque fois qu’il accompagne cette logique, il travaille avec la nature plutôt que contre elle.

La véritable question n’est donc pas : “Que puis-je faire sur mon arbre ?”
Mais : “Que cherche-t-il à faire lui-même ?”

Un arbre ne cherche pas à pousser en permanence.
Il cherche à durer.
Il ne cherche pas à produire davantage.
Il cherche à préserver ce qui lui permettra de continuer.
Il ne poursuit pas un objectif immédiat.
Il construit patiemment son avenir.

Et peut-être est-ce là la plus grande leçon qu’il nous offre.
La force d’un arbre ne réside pas dans sa capacité à croître sans cesse.
Elle réside dans sa capacité à savoir quand grandir, quand économiser, quand se protéger… et quand attendre.

Car la logique de l’arbre n’est pas celle de l’urgence.
La logique de l’arbre est celle du temps.

Si l’on devait résumer l’esprit de ce livre en une seule question, ce serait peut-être celle-ci :

Avant d’agir, demandons-nous toujours : “Quelle est la logique de l’arbre?”

Car comprendre cette logique, c’est déjà commencer à cultiver autrement.

Et n’oublions jamais :

Ce n’est pas nous qui décidons du rythme de l’arbre, c’est l’arbre qui nous enseigne le sien.

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Merci pour ta réponse! Je suis d’accord avec une grande partie de ce que tu écris, mais tu oublie l’essence de l’arbre, un orme ne réagit pas de la même façon qu’un olivier. Pourquoi toujours chercher sur la culture, des ouvrage spécifique au bonsai? Il existe tellement d’ouvrage horticole, biens documenté sur la culture en Europe, adapté à notre climat. Faire pousser un bonsai ou un arbre en pépinière, résulte de la même problématique. Par exemple en septembre, du moins vers chez moi, on est pas en pré dormance, on a souvent la pousse de septembre. et en novembre une croissance racinaire importante. Les cycle physiologique de croissance n’ont jamais été établis, pour cette raison. La généralisation d’une région à une autre et d’une essence à l’autre est trop disparate. Pour le reste je suis plus que d’accord, l’observation est le maitre mot! Après aller vite ou pas, chacun fait comme il veut, on peut gagner du temps à une période de croissance, la formation du tronc par exemple.
Sur la vitesse de croissance un jeune arbre en sous bois va essayer de pousser rapidement pour subir le moins possible la concurrence des adultes, certain vont être déformé par phototropisme et trouver de la lumière, un peu et se faire une place. Eux doivent aller vite pour survivre. A nous éleveur en pot de faire le mieux, qu’ils aient une croissance douce. Il est important je pense de connaitre l’essence que l’on travaille, encore plus quand c’est un prélèvement, de connaitre son climat, et bien sur les rudiment agronomiques. Je conseille souvent aux nouveau dans le club, de ce contenter de faire pousser, de tailler et observer, de noter, de lire; mais pas que du bonsai, lire sur la culture, sur les arbres, l’agronomie…

Je reviens sur l’observation, en cette période de canicule

L’arrosage est compliqué, La température ne fait pas tout. L’humidité de l’air, l’ETP, l’exposition sont des facteurs importants. En cas de grosse chaleur il peut être important de bassiner pour rafraîchir, mais pas nécessaire pour humidifier le substrat. On a passé vers chez moi les 3 derniers jours en flirtant avec les 42°, à 65% d’humidité de l’air. Autant dire que le substrat ne sèche pas surtout s’il est a l’ombre du feuillage. Il m’est arrivé de ne pas arroser certains arbres. Même avec un arrosage automatique il faut leur rendre visite régulièrement pour observer et adapter.

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Merci pour ton message,

Je trouve ta réflexion très intéressante et, finalement, nous sommes d’accord sur beaucoup de choses.

Tu rappelles qu’il faut connaître l’espèce, le climat, observer attentivement, adapter l’arrosage, s’intéresser à l’agronomie, tenir compte de l’humidité de l’air, de l’évapotranspiration, de l’exposition… Je partage entièrement cette approche.

L’observation est effectivement le maître mot. Mais une observation n’a de valeur que si l’on sait l’interpréter.

Je partage aussi complètement ton idée qu’on ne peut pas raisonner de la même manière avec un orme, un olivier ou un pin. De la même façon, les ouvrages d’horticulture, de physiologie végétale et d’agronomie sont indispensables. Je les consulte d’ailleurs régulièrement. Mon objectif n’est absolument pas de les remplacer.

Là où ma démarche est un peu différente, c’est que je ne cherche pas à établir un calendrier universel ni à définir des cycles physiologiques identiques pour toutes les espèces.

Les sept phases biologiques ne sont pas un modèle descriptif destiné à remplacer les connaissances propres à chaque espèce. Elles constituent une grille de lecture qui aide le bonsaïka à interpréter ce qu’il observe, quelles que soient l’espèce cultivée, son stade de développement ou les conditions de culture.

Elles ne sont ni des dates, ni des règles. Elles répondent simplement à une première question : « Où en est l’arbre dans son fonctionnement biologique ? »

Ensuite viennent les cinq piliers, qui permettent d’interpréter cette situation en tenant compte précisément de tout ce que tu évoques : l’espèce, le climat, la vigueur de l’arbre, son historique, son environnement et toutes les particularités qui le rendent unique.

Autrement dit, les phases ne remplacent ni les connaissances horticoles, ni l’observation ; elles leur donnent un cadre de réflexion.

Je trouve d’ailleurs ton exemple de la pousse de septembre très intéressant. Une pousse automnale existe chez beaucoup d’espèces, mais elle ne traduit pas nécessairement le même état physiologique qu’une pousse printanière. C’est précisément ce qui m’intéresse : au-delà de ce que l’on voit, que nous dit cette pousse sur le fonctionnement de l’arbre à ce moment-là ?

Les phases biologiques ne cherchent pas à décrire chaque espèce dans le détail.

Elles proposent juste un langage commun pour interpréter des situations biologiques qui s’expriment différemment selon les espèces, les climats et les conditions de culture.

Elles ne décrivent pas les espèces, elles fournissent un langage commun pour les interpréter.

Je pense que c’est une précision importante.

Quant à la température, je suis également tout à fait d’accord avec toi. Elle ne fait jamais tout. L’humidité de l’air, le vent, le rayonnement solaire, l’exposition, la nature du substrat, le volume du pot ou encore l’évapotranspiration jouent un rôle tout aussi important.

Une même température peut conduire à des situations très différentes. À 42 °C avec une humidité relative élevée, un substrat peut effectivement rester humide longtemps, surtout s’il est protégé par un feuillage dense. À l’inverse, 35 °C avec un air très sec, du vent et un fort rayonnement peuvent dessécher un petit pot en quelques heures.

C’est pourquoi je préfère toujours raisonner en observant l’arbre et son substrat plutôt qu’en fonction du seul thermomètre. L’arrosage ne doit jamais être dicté par une température, mais par les besoins réels de l’arbre à un instant donné.

Je partage également ton point de vue concernant le bassinage. Il peut être très utile pour rafraîchir le microclimat ou limiter l’échauffement du feuillage.

Nous sommes d’ailleurs d’accord sur ce point. Je n’ai jamais voulu dire que le bassinage pouvait remplacer un arrosage lorsque le substrat manque d’eau. Mon idée était simplement de rappeler que ses objectifs sont différents.

Dans la pratique, lorsque je brumise l’ensemble de mon espace bonsaï, il est évidemment difficile d’éviter complètement les substrats. Ce n’est d’ailleurs pas un problème en soi. L’essentiel est de ne pas considérer cette eau comme un véritable arrosage si le substrat nécessite d’être réhumidifié en profondeur.

Finalement, je crois que nous poursuivons exactement le même objectif, éviter les recettes toutes faites et apprendre à lire l’arbre.

Si j’ai choisi de parler de phases biologiques, de cinq piliers et de la logique de l’arbre, ce n’est pas pour proposer une nouvelle théorie de la physiologie végétale. Mon ambition est beaucoup plus modeste : proposer une méthode qui aide le bonsaïka à organiser son observation, à relier entre elles les connaissances horticoles, physiologiques et agronomiques, afin de prendre, à un instant donné, la décision la plus juste pour l’arbre.

En définitive, les phases biologiques ne disent jamais au bonsaïka ce qu’il doit faire. Elles l’aident à comprendre pourquoi, à un moment donné, une intervention devient pertinente… ou ne l’est pas encore.

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Oui finalement on est d’accord sur beaucoup de choses :wink:

Ces 7 phases et termes (ecodormance, endodormance etc.), c’est qq chose que tu as établi toi-même ou ça provient d’ouvrages de biologie végétale ?
J’aurais trouvé intéressant que tu les détailles un peu :smiling_face_with_sunglasses:

Depuis tout jeune et plus encore depuis que je cultive des petits arbres, je m’interroge sur le développement de l’arbre sur une année.

Je me posais bien des questions, du genre :

Qu’est ce qui fait qu’il « dort » en hiver ?
Qu’est ce qui fait qu’il débourre ?
Qu’est ce qui fait qu’il fait qu’il se développe ?
Qu’est ce qui fait qu’il fait qu’il ne semble plus évoluer ?
Qu’est ce qui fait qu’il semble mourir ou s’endormir ?
Quel est cette chronologie ?

Je me suis intéressé à la biologie végétale et plus particulièrement au cycle annuel des arbres.
J’ai pu apprendre que ce thème du cycle des arbres avait un nom scientifique : la phénologie
La phénologie est la science qui étudie l’évolution des cycles biologiques des végétaux.
Mes recherches m’ont conduit vers la physiologie végétale et la phénologie, c’est-à-dire l’étude des relations entre le développement des plantes et les conditions de leur environnement.

“Les phases et les stades à observer

La phénologie (dont l’origine étymologique est phénoménologie) désigne, au sens large, l’ensemble des particularités morphologiques du cycle de développement d’un être vivant, avec mention des époques de l’année correspondantes. Pour les végétaux, c’est l’étude des relations entre les phénomènes climatiques et les caractères morphologiques externes de leur développement. Par développement, on entend toute modification qualitative dans la forme de la plante. Le champ d’étude de la phénologie consiste donc à enregistrer, dans le temps, le retour des étapes de croissance et de développement des plantes et à étudier les facteurs qui l’influencent.”

Je trouvais que travailler les arbres en fonction d’un calendrier était un peu simpliste, voir dangereux (pour eux, bien sûr) Comme toujours, j’avais besoin de connaître le pourquoi des choses, le pourquoi de ces évolutions

La chronologie de ces événements constituait une première approche.
Mais elle ne suffisait pas. J’avais également besoin de comprendre ce qui se passait à l’intérieur de l’arbre.
Mes recherches m’ont donc naturellement conduit vers la physiologie végétale.

Mes lectures m’ont conduit à retrouver plusieurs états physiologiques déjà décrits dans la littérature scientifique : l’endodormance, l’écodormance, le débourrement et la paradormance.
Mais la paradormance est la notion la plus mal comprise des trois types de dormance. Elle ne correspond pas à une saison, précise, c’est un mécanisme de contrôle.

En physiologie végétale, on distingue généralement trois types de dormance des bourgeons :

1. Paradormance (contrôle par d’autres parties de la plante)

2. Endodormance (contrôle interne au bourgeon)

3. Écodormance (contrôle par les conditions extérieures)

La paradormance est la seule qui ne soit pas directement liée à l’hiver

La paradormance peut exister au printemps, en été ou en automne. Elle dépend de l’organisation de l’arbre, pas du calendrier.

Je l’ai donc éliminée de ma liste des phases

Avec le temps, j’ai voulu construire une lecture continue du cycle annuel des bonsaïs, en m’appuyant sur les connaissances issues de la phénologie et de la physiologie végétale.
Mais ces trois états physiologiques, bien qu’essentiels, ne permettent pas à eux seuls de décrire l’ensemble du cycle annuel de l’arbre.

Endodormance (octobre–décembre)
Écodormance (janvier–février)
Débourrement (mars–avril)

J’ai choisi d’identifier quatre états physiologiques complémentaires permettant de rendre compte des grandes transitions du cycle annuel qui ne sont pas couvertes par les notions d’endodormance, d’écodormance et de débourrement. Ces quatre états complètent ainsi les connaissances déjà décrites dans la littérature et permettent de proposer une lecture continue du cycle annuel du bonsaï.

Post-dormance (fin février–mars)
Croissance active (avril–juillet)
Maturation estivale (juillet–août)
Pré-dormance (septembre–octobre)

Ces quatre états complètent les notions déjà décrites dans la littérature et permettent de proposer une lecture continue du cycle annuel pour nos bonsaï.

C’est ainsi qu’est née la grille de lecture que je propose dans cet ouvrage : les sept phases biologiques.

Phase I — Écodormance (janvier–février)
Phase II — Post-dormance (fin février–mars)
Phase III — Débourrement (mars–avril)
Phase IV — Croissance active (avril–juillet)
Phase V — Maturation estivale (juillet–août)
Phase VI — Pré-dormance (septembre–octobre)
Phase VII — Endodormance (octobre–décembre)

Avoir des noms, des dates ou périodes ne suffit pas si on n’explique pas clairement à quelle activité elles correspondent pour nos arbres.

l restait alors à définir clairement chacune de ces phases et à préciser à quel état physiologique elle correspond.

Les sept phases biologiques

Les sept phases biologiques ne correspondent pas à des dates fixes, mais à de grands états physiologiques que traverse l’arbre au cours d’un cycle annuel.

Chaque phase est caractérisée par une cohérence biologique particulière. Le passage d’une phase à la suivante ne dépend jamais du calendrier, mais de l’évolution de cet équilibre interne.

Phase I — Écodormance (janvier – février)

L’arbre est physiologiquement capable de reprendre sa croissance, mais les conditions extérieures l’en empêchent encore.

Les basses températures constituent le principal facteur limitant. Les bourgeons ont levé leur dormance interne, mais restent en attente de conditions favorables.

La croissance est suspendue, tandis que certaines activités métaboliques et racinaires peuvent reprendre progressivement lorsque les conditions le permettent.

Question clé : L’arbre pourrait-il repartir si l’environnement devenait favorable ?

Phase II — Post-dormance (fin février – mars)

L’activité biologique redémarre progressivement.

Les racines retrouvent une activité croissante, les réserves commencent à être mobilisées, les flux de sève se réorganisent et les bourgeons se préparent à s’ouvrir.

L’arbre investit discrètement dans la reprise de son fonctionnement avant que les manifestations visibles n’apparaissent.

Question clé : L’arbre prépare-t-il activement sa reprise de croissance ?

Phase III — Débourrement (mars – avril)

La reprise devient visible.

Les bourgeons s’ouvrent, les jeunes feuilles apparaissent et les nouvelles pousses commencent leur développement.

L’activité physiologique atteint un niveau élevé. Les réserves accumulées pendant l’année précédente alimentent encore largement cette première croissance.

Question clé : La croissance visible est-elle désormais engagée ?

Phase IV — Croissance active (avril – juillet)

L’arbre investit pleinement dans son développement.

Les pousses s’allongent, les feuilles fonctionnent à pleine capacité, les tissus se développent rapidement et la photosynthèse devient la principale source d’énergie.

L’arbre construit sa structure tout en reconstituant progressivement ses réserves.

Question clé : L’arbre est-il dans sa phase maximale d’investissement ?

Phase V — Maturation estivale (juillet – août)

La croissance ralentit progressivement.

Les tissus se lignifient, les nouvelles pousses mûrissent, les réserves continuent à s’accumuler et l’arbre recherche davantage la consolidation que l’expansion.

Cette phase prépare déjà les conditions de la suivante.

Question clé : L’arbre cherche-t-il désormais davantage à consolider qu’à produire ?

Phase VI — Pré-dormance (septembre – octobre)

L’arbre prépare son entrée dans le repos hivernal.

Les jours raccourcissent, les équilibres hormonaux évoluent, les réserves sont orientées vers les organes de stockage et les bourgeons de l’année suivante se mettent progressivement en place.

L’activité diminue sans être interrompue.

Question clé : L’arbre prépare-t-il déjà l’année prochaine ?

Phase VII — Endodormance (octobre – décembre)

Le repos hivernal est installé.

Les bourgeons sont désormais maintenus en dormance par leurs propres mécanismes internes. Même si les températures deviennent momentanément favorables, ils ne peuvent pas reprendre immédiatement leur développement.

L’arbre protège ainsi ses futurs organes contre une reprise prématurée de la végétation.

Question clé : L’arbre est-il désormais biologiquement programmé pour attendre la fin de l’hiver ?

Chaque phase est définie par une dominante physiologique. Bien que plusieurs processus biologiques puissent se dérouler simultanément, l’un d’eux devient prépondérant et caractérise l’état général de l’arbre. C’est cette dominante qui sert de repère dans le découpage proposé.

Les sept phases biologiques ne prétendent pas décrire toute la complexité du fonctionnement de l’arbre. Elles proposent une lecture simplifiée, mais cohérente, des états physiologiques dominants qui rythment son cycle annuel. C’est cette lecture qui sert ensuite de base aux cinq piliers de réflexion.

J’aurais pu distinguer davantage de phases, ou au contraire en retenir moins. Sept m’ont semblé constituer le meilleur compromis entre la fidélité au fonctionnement biologique de l’arbre et la simplicité nécessaire à une utilisation pratique par le bonsaïka.

Le découpage proposé en sept phases biologiques est une proposition personnelle. Il ne constitue pas une nomenclature scientifique officielle, mais une synthèse construite à partir de connaissances établies en physiologie végétale et en phénologie, dans le but de fournir au bonsaïka une grille de lecture du cycle annuel de l’arbre.

Après les phases, viennent les piliers et leurs questions essentielles.

Cette idée est née d’une explication de Me Ando qui nous disait qu’il lui arrivait de défolier certaines variétés d’érables 2 voire 3 fois par an…

Je me suis alors demandé pourquoi une même technique pouvait être excellente sur un arbre et devenir préjudiciable sur un autre.

La réponse était simple : ils n’étaient pas dans le même état physiologique.

C’est ainsi que sont nés les cinq piliers de réflexion qui structurent cet ouvrage.

Que fait réellement l’arbre, biologiquement ?
Que montre-t-il, et que ne montre-t-il pas ?
Que peut-on faire sans le contraindre ?
Que faut-il éviter pour ne pas perturber la phase suivante ?
Quelle est la logique de long terme, au-delà de l’effet immédiat ?

J’avais enfin compris qu’il n’existait pas de recette. Une même technique pouvait être excellente sur un arbre et désastreuse sur un autre, simplement parce qu’ils n’étaient pas dans le même état physiologique.

Les sept phases répondent à la question : "Où en est l’arbre ?
Les cinq piliers répondent à la question : « Comment comprendre cet état ? »
La logique de l’arbre répond à la question : « Pourquoi agit-il ainsi ? »

C’est de l’articulation de ces trois niveaux qu’est née la méthode proposée dans cet ouvrage.

Observer. Comprendre. Décider. Agir. Puis observer de nouveau.

Si un jour ce livre était publié, ce dont je doute, je crois que les lecteurs ne retiendront pas forcément les sept phases ni les cinq piliers par cœur. En revanche, je pense qu’ils retiendront une idée simple :

Avant de faire quelque chose à un arbre, demandez-vous d’abord ce que lui est en train de faire.

Voilà Clem, les explications demandées. :slightly_smiling_face:

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Merci pour ces précisions très détaillées :+1:
J’ai tout compris, enfin j’espère :sweat_smile:

Si tu trouves un éditeur pour ton ouvrage, je pense qu’il serait nécéssaire que tu précises tout ça dans une préface ou que tu mettes un astérisque sur les phases que tu as établies toi-même, pour respecter une certaine rigueur scientifique, on va dire.

Autre remarque, pour moi, la post-dormance peut être incluse dans le débourrement car, entre mi-février et mars, tu peux très bien avoir une pousse racinaire ou même un vrai débourrement si les T° sont suffisamment hautes et selon les espèces. Par ex. mon acer palmatum katsura a débourré mi-fevrier cette année.
photo des bourgeons le 10 février →

Merci pour ton retour.

Je comprends tout à fait ta remarque, et je pense qu’il est important de préciser ce point.

Je ne prétends absolument pas avoir découvert de nouvelles phases physiologiques ni proposer une nouvelle nomenclature scientifique.
Les notions d’endodormance, d’écodormance, de débourrement ou encore les connaissances sur la physiologie végétale et la phénologie sont largement décrites dans la littérature.

Ma démarche a été différente.

En cherchant à comprendre le fonctionnement annuel de l’arbre, je me suis aperçu que ces notions, bien qu’indispensables, ne permettaient pas à elles seules de proposer une lecture continue du cycle annuel telle qu’elle peut être utile au bonsaïka.

J’ai donc choisi de compléter ce découpage par quatre états physiologiques que j’ai nommés “post-dormance” “croissance active”, “maturation estivale” et “pré-dormance”.

Il s’agit d’un choix de modélisation destiné à faciliter la lecture du cycle biologique de l’arbre, et non d’une nomenclature scientifique officielle.

J’aurais pu retenir un découpage différent. D’autres feront peut-être d’autres choix. L’important, à mes yeux, n’est pas le nombre de phases, mais la cohérence de la démarche.

Concernant la post-dormance, je comprends parfaitement qu’on puisse la considérer comme faisant déjà partie du débourrement. C’est un choix tout à fait défendable.

Si j’ai préféré la distinguer, c’est parce qu’il existe souvent une période où la reprise physiologique est déjà engagée activité racinaire, mobilisation des réserves, réorganisation des flux de sève, alors que les manifestations visibles restent encore discrètes ou absentes. Cette distinction m’a semblé utile pour la compréhension du fonctionnement de l’arbre et pour guider les interventions du bonsaïka.

Au fond, je crois que nous poursuivons le même objectif : mieux comprendre l’arbre pour éviter les recettes toutes faites.

Mon intention n’est pas de remplacer les connaissances scientifiques existantes, mais de proposer une grille de lecture qui aide à relier entre elles la physiologie, la phénologie et l’observation de terrain.

Le choix de raisonner en phases biologiques plutôt qu’en dates permet d’être beaucoup plus juste.
Le 15 mars est le même à Marseille qu’à Bastogne, mais un arbre peut avoir déjà débourré dans le sud tandis qu’un autre est encore sous la neige dans les Ardennes.
Le calendrier est identique, la biologie ne l’est pas.
C’est pourquoi je préfère me référer à l’état physiologique de l’arbre plutôt qu’à une date.

Je te remercie en tout cas pour cet échange. Il m’a permis de préciser ma démarche, et c’était finalement le plus important.

Je comprends, mais sur tes phases biologiques, tu indiques aussi des dates et donc tu te retrouves aussi « coincé ».
Regarde, j’ai pas beaucoup d’arbres (une vingtaine), mais le plus précoce, mon palmatum Katsura débourre mi-février (phase de débourrement) et le plus tardif, mon chêne liège a débourré la 1ere semaine de Mai donc presque 3 mois d’espacement !.
Pour t’extraire et extraire le lecteur des notions de dates, il vaut p’tet mieux ne pas en mettre du tout ?

Après, j’aime bien débattre avec toi, mais je ne sais pas du tout si c’est réciproque (en vrai) ou si tu me considères comme un casse bonbon (vu que tu en as parlé dans un autre post, à propos des gens qui te posent des questions et qui ne sont pas d’accord avec toi) :sweat_smile:

Perso je trouve qu’aborder les travaux des arbres sur la base des saisons, pour un ouvrage destiné au grand public, est le plus simple puisque TLM connait les saisons, même les enfants et quand on parle d’été ou d’automne, au delà des dates officielles, on sait très bien quelles notions ça implique pour un arbre (débourrement printanier, aoutement et maturation des bourgeons en été, mise en reserve automnale, repos hivernal).
Ta classification a le mérite de tenter une autre approche, en se mettant dans la peau de l’arbre, mais je la trouve compliquée (je ne connaissais même pas les termes ecodormance, endodormance par ex).

Pour moi, la question fondamentale sur ton approche c’est :
Est-ce qu’aborder les choses ainsi (les 7 phases et questions versus approche saisons/observations) change ou améliore qcq chose sur notre façon de pratiquer le Bonsai ? (moment du rempotage, types et timing des tailles/pincement, mekiri, désaiguillage, arrosage, fertilisation etc etc)

Tu auras p’tet d’autres avis des membres là-dessus :thinking:

J’aime beaucoup ce type de question. Elle m’oblige à aller au fond de ma réflexion et à expliquer non seulement ce que je fais, mais surtout pourquoi je le fais.
Je ne te considère donc absolument pas comme un casse-bonbon. Au contraire, j’apprécie les échanges lorsqu’ils restent respectueux. Ils sont souvent l’occasion de faire progresser la réflexion de chacun.

En même temps, je regrette encore un peu plus la disparition de Michel. Je suis persuadé qu’avec son ouverture d’esprit, il aurait abordé cette approche avec curiosité. Nous aurions probablement eu de longues discussions, parfois contradictoires, mais toujours constructives. C’était l’une de ses grandes qualités.
Il avait Michel cette qualité rare de s’intéresser aux idées avant de les juger. C’est ce qui rendait les discussions avec lui si enrichissantes.

Concernant les dates, je comprends ta remarque. Si j’ai indiqué des mois, ce n’est pas pour enfermer les phases biologiques dans un calendrier, mais simplement pour permettre au lecteur de les situer dans le cycle annuel. Si je ne mettais aucun repère, la première question serait inévitablement : « Oui, mais cela correspond à quelle période ? »

Ces dates ne sont donc que des repères approximatifs. Elles n’ont pas vocation à dicter les interventions. C’est justement ce que j’essaie d’expliquer tout au long de l’ouvrage. Ce ne sont pas les dates qui doivent guider nos décisions, mais ce que vit réellement l’arbre. Le passage d’une phase à une autre est déterminé par son état physiologique, jamais par le calendrier.

Tu cites l’exemple de ton Katsura et de ton chêne-liège qui débourrent avec près de trois mois d’écart. C’est précisément ce que je veux mettre en évidence. Si je raisonnais uniquement en mois ou en saisons, je serais obligé de dire que les deux arbres sont au printemps. Pourtant, biologiquement, ils ne vivent pas la même chose au même moment. C’est cette réalité que je cherche à faire comprendre.

Tu poses ensuite la question essentielle : « Est-ce que cette approche change quelque chose à notre façon de pratiquer le bonsaï ? »

Pour moi, la réponse est oui, mais pas parce qu’elle invente de nouvelles techniques. On rempote, on taille, on ligature ou on fertilise toujours avec les mêmes gestes.

Ce qui change, c’est la manière de déterminer le bon moment.

L’approche classique répond principalement à la question : « À quelle période réalise-t-on telle intervention ? »

J’essaie plutôt de répondre à une autre question : « Que fait réellement l’arbre à cet instant, et pourquoi est-ce le bon moment pour intervenir… ou ne pas intervenir ? »

Autrement dit, je ne pars plus du calendrier pour expliquer la biologie. Je pars de la biologie pour comprendre quand et pourquoi une intervention devient pertinente.

Les sept phases ne sont donc pas une nouvelle façon de cultiver les bonsaï. Elles constituent une grille de lecture destinée à mieux comprendre la logique de l’arbre avant d’agir.

C’est dans cet esprit que j’ai souhaité proposer une approche différente, davantage centrée sur la physiologie de l’arbre que sur le calendrier.

Le changement climatique ne fait d’ailleurs que renforcer cette réflexion. À mesure que les saisons deviennent moins prévisibles et que les écarts entre les années s’accentuent, les repères calendaires perdent progressivement de leur pertinence. En revanche, la physiologie de l’arbre ne change pas. C’est donc elle qui, selon moi, doit guider nos interventions.

Libre ensuite à chacun d’y adhérer ou non. Je ne cherche pas à remplacer l’approche traditionnelle, mais simplement à proposer une autre manière de lire l’arbre avant d’agir. C’est cette vision que je souhaite partager, chacun restant libre de se l’approprier…

ou non. :grinning_face:

Nous aurons sans doute l’occasion d’en reparler dans quelque temps. :slightly_smiling_face:

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Je trouve aussi cette approche « physiologique » ou « biologique » assez intuitive. Même pour un débutant, je trouve qu’il est plus simple de se repérer aux « stades » de l’arbre plutôt qu’à un calendrier.
Un exemple, ce conseil de Harry Harrington sur le bon moment pour prélever des aubépines. À l’époque ça a vraiment répondu à la question que je me posais. Beaucoup mieux que « au printemps » ou « en Mars ».

Merci pour cet échange super enrichissant !

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Je comprends que la présentation des sept phases biologiques et des cinq piliers puisse, au premier abord, donner l’impression d’une approche complexe, voire un peu rébarbative.

En réalité, le principe est très simple. Il ne s’agit pas de mémoriser une multitude de règles, mais de se poser, tout au long de l’année, toujours les cinq mêmes questions. Seules les réponses évoluent en fonction de la phase biologique dans laquelle se trouve l’arbre.

Je suis d’ailleurs persuadé que beaucoup d’entre nous raisonnent déjà ainsi, souvent sans même en avoir conscience.
J’en veux pour preuve une réflexion que j’ai entendue des centaines de fois : « J’aurais dû le rempoter, mais il était déjà trop tard. »

Pourquoi était-il « trop tard » ? Tout simplement parce que son propriétaire a d’abord regardé l’arbre avant de regarder le calendrier. Il a constaté que l’arbre avait déjà dépassé le stade biologique où le rempotage était le plus opportun.

Cette simple réflexion montre bien que, dans la pratique, nous ne raisonnons pas uniquement en fonction d’une date. Si c’était le cas, il suffirait de regarder le calendrier. En réalité, nous observons l’arbre et nous comprenons qu’il a déjà franchi un stade biologique.

Depuis des décennies pourtant, nous avons pris l’habitude d’exprimer ce raisonnement à travers les saisons ou le calendrier. Nous nous demandons spontanément : « Quel mois sommes-nous ? », « Que fait-on habituellement à cette période ? ». Cette façon de réfléchir est devenue naturelle.

Avec les sept phases biologiques, je propose simplement de déplacer le point de départ du raisonnement.

Au lieu de commencer par le calendrier, je commence par l’arbre.

Que fait-il réellement ? Où dirige-t-il son énergie ? Quelles sont ses priorités biologiques ? Est-il en train de produire des racines, d’allonger ses pousses, de constituer ses réserves ou de préparer sa dormance ?

À partir du moment où l’on répond à ces questions, les interventions trouvent naturellement leur place. Elles ne sont plus dictées par une date, mais par ce que vit réellement l’arbre.

Je ne propose pas une nouvelle manière de cultiver les bonsaï. Je propose une autre manière de les lire.

Les sept phases biologiques et les cinq piliers ne sont donc pas des connaissances supplémentaires à mémoriser. Ils constituent une grille de lecture destinée à mieux comprendre la logique de l’arbre avant d’agir.

Ce n’est pas une nouvelle technique de culture. On rempote, on taille, on ligature, on fertilise toujours avec les mêmes gestes.

Ce qui change, c’est la manière de déterminer le bon moment.

Au lieu d’accumuler une multitude de règles, d’exceptions ou de calendriers différents selon les espèces et les régions, je propose un raisonnement unique : comprendre la physiologie de l’arbre avant de décider d’intervenir.

À mes yeux, cette approche devient d’autant plus pertinente que le climat évolue. Les saisons sont de moins en moins régulières, les printemps peuvent être très précoces une année et très tardifs la suivante, les périodes de chaleur ou de sécheresse se multiplient. Dans ce contexte, les repères calendaires deviennent progressivement moins fiables.

En revanche, la physiologie de l’arbre, elle, ne change pas. Qu’il fasse chaud ou froid, que le printemps arrive avec plusieurs semaines d’avance ou de retard, l’arbre continue de suivre sa propre logique biologique.

C’est cette logique que j’ai voulu placer au centre de ma réflexion.

Mon objectif n’est pas de compliquer le bonsaï, mais de le rendre plus cohérent. Les sept phases biologiques et les cinq piliers ne sont pas une fin en soi. Ils sont simplement un moyen d’apprendre à lire l’arbre avant d’agir sur lui.

C’est exactement l’idée. Beaucoup de très bons praticiens raisonnent déjà ainsi. Harry Harrington en est un bon exemple. Lorsqu’il conseille d’intervenir à un stade précis de l’arbre plutôt qu’à une date, il privilégie déjà la physiologie sur le calendrier. Les sept phases ne font finalement que structurer cette manière de raisonner.

Tant mieux si tu aimes discuter avec moi :smiling_face_with_sunglasses: . Bien sûr, je ne suis pas Michel Sacal, ma personnalité est tout autre, mais je t’assure que je me suis intéressé à tes idées (tes 7 phases nottemment) avant de les juger. Si ça ne m’interessais pas, je ne te poserais pas toutes ces questions, je serais passé au sujet suivant.

J’essaie juste de savoir si ton approche est une énième tentative de révolutionner qcq chose qui fonctionne déjà très bien (l’observation de nos arbres en fonction des saisons) puisqu’il existe des arbres fantastiques en Europe et partout dans le monde.

Après je comprends que tu veuilles ajouter ta pierre à l’édifice, comme l’avait aussi fait Michel Sacal. Je respecte.

Rentrons dans le concret de ton approche si tu veux bien.

Comment fais-tu, concrètement sur l’arbre, la différence entre la dormance hivernale (fin de l’endo-dormance) et la post-dormance ? Etant donné qu’on n’a pas de dates fiables, on est bien obligé, en pratique, d’essayer de déceler qcq chose sur l’arbre pour déterminer dans quelle phase physiologique se trouve l’arbre.

Au printemps, on a le débourrement, on voit les bourgeons bouger, c’est concret, c’est fiable.

Merci pour cette question, parce qu’elle touche précisément au cœur de ma démarche.

Tu me demandes comment je fais, concrètement, pour distinguer la fin de l’écodormance de ce que j’appelle la post-dormance. Je crois que la difficulté vient du fait que nous ne parlons pas exactement de la même chose.

Tu cherches à identifier la frontière entre deux phases. De mon côté, je cherche plutôt à reconnaître quelle est la dominante physiologique qui est progressivement en train de s’installer.
Pour moi, c’est une nuance essentielle.

Le vivant ne fonctionne pas comme un interrupteur. Il n’existe pas un jour où l’arbre est encore en écodormance, puis un lendemain où il serait soudain en post-dormance.

Les transitions sont progressives. Plusieurs processus biologiques coexistent en permanence. Ce qui évolue au cours de l’année n’est pas leur présence ou leur absence, mais leur importance relative.
C’est précisément pour cette raison que je préfère parler de dominantes physiologiques plutôt que de frontières entre des phases.

Contrairement au débourrement, qui est un stade phénologique directement observable, la post-dormance correspond, dans ma démarche, à une dominante physiologique. Elle ne se reconnaît donc pas à un signe unique, mais à un faisceau d’indices que le bonsaïka apprend progressivement à interpréter.

Concrètement, je ne peux donc pas dire : « Aujourd’hui, mon arbre est entré en post-dormance. »
En revanche, je peux dire : « Tout indique que sa dominante physiologique est progressivement en train de passer d’un état d’attente à un état de reprise. »

C’est cette évolution qui guide ma réflexion, beaucoup plus que la recherche d’une frontière précise entre deux phases.

En pratique, je cherche simplement à répondre à une question :
« Quelle est aujourd’hui la fonction biologique dominante de cet arbre ? »

Pour cela, j’essaie de mettre en cohérence un ensemble d’observations.

Les températures deviennent-elles durablement favorables ?
Le substrat commence-t-il à se réchauffer ?
L’activité racinaire est-elle susceptible de reprendre ?
Les réserves commencent-elles à être mobilisées ?
Les bourgeons montrent-ils les premiers signes de préparation, même s’ils ne sont pas encore ouverts ?
Que montrent les autres arbres de la même espèce cultivés dans les mêmes conditions ?

Pris isolément, aucun de ces éléments ne permet d’affirmer que l’arbre est entré dans une nouvelle phase. C’est leur cohérence qui m’intéresse.

Tu as parfaitement raison lorsque tu dis que le débourrement est concret et fiable. Les bourgeons s’ouvrent, tout le monde peut le constater.

Mais ce qui m’intéresse, c’est justement ce qui se passe avant que cette reprise ne devienne visible.
Car beaucoup de décisions importantes du bonsaïka, comme le rempotage, sont prises précisément pendant cette période de transition.
Mon objectif n’est donc pas de dater le passage d’une phase à une autre.
Il est d’identifier qu’une nouvelle dominante physiologique est progressivement en train de s’installer.

Les sept phases biologiques ne constituent finalement que la manière dont j’ai choisi d’organiser cette lecture. Elles ne sont ni des frontières, ni des dates, ni une nouvelle nomenclature scientifique. Elles représentent une grille de lecture construite à partir de la physiologie végétale et de la phénologie afin de rendre cette réflexion plus facile à transmettre.

Elles répondent à une première question :
« Où semble en être l’arbre dans son fonctionnement biologique ? »
Mais elles ne suffisent jamais à elles seules.

C’est précisément la raison pour laquelle j’ai construit les cinq piliers.
Ils obligent le bonsaïka à observer, à interpréter ce qu’il voit à la lumière de la biologie de l’espèce, des conditions climatiques, de la vigueur de l’arbre, de son environnement et de son historique avant de prendre une décision.

Autrement dit, les phases donnent un contexte.
Les cinq piliers permettent d’interpréter ce contexte et c’est finalement l’observation qui conduit à la décision.

J’aime souvent comparer cela au Code de la route.
Le Code m’autorise à rouler à 100 km/h.
Pourtant, si la chaussée est dégradée, qu’il pleut, qu’il y a du brouillard ou du verglas, je n’appliquerai jamais mécaniquement cette vitesse.

Le panneau me donne un cadre, il ne décide pas à ma place.

Pour moi, les phases biologiques jouent exactement le même rôle, elles donnent un contexte.
Les cinq piliers m’obligent ensuite à observer les conditions réelles avant de décider.
Mon intention n’est donc pas de remplacer le calendrier par sept nouvelles cases.

Elle est de remplacer un raisonnement fondé sur une date par un raisonnement fondé sur la compréhension progressive du fonctionnement de l’arbre.
Je ne cherche pas à savoir si nous sommes en phase II ou en phase III.

La véritable question est beaucoup plus simple :
« Quelle est aujourd’hui la logique biologique dominante de cet arbre, et qu’est-elle en train de me dire ? »
C’est cette question qui guide ensuite ma décision.

Avant d’aller éventuellement plus loin, je voudrais remercier toutes les personnes qui, au fil de nos échanges, ici et sur le forum, ont questionné mes idées, exprimé leurs doutes ou formulé des critiques.

Sur le moment, ces échanges n’ont pas toujours été confortables. Ils m’ont parfois obligé à revoir certaines certitudes, à approfondir mes recherches, à préciser des notions que je croyais pourtant évidentes et, plus d’une fois, à remettre en question ma propre manière de penser.

Avec le recul, je mesure combien ces discussions ont été précieuses.
Chaque objection m’a conduit à me poser une nouvelle question.
Chaque désaccord m’a obligé à chercher des arguments plus solides.
Chaque critique m’a rappelé qu’une idée ne progresse réellement que lorsqu’elle accepte d’être confrontée à d’autres regards.

Nos échanges m’ont appris qu’en bonsaï comme dans toute démarche de compréhension du vivant, le doute n’est pas une faiblesse.
Il est souvent le point de départ d’une réflexion plus juste.

À toutes celles et ceux qui, par leurs questions, leurs remarques ou leurs critiques, ont contribué, parfois sans le savoir, à faire évoluer ce travail, j’adresse donc mes remerciements les plus sincères.

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Cest très compliqué en effet. Et aujourd’hui encore avec des T° de l’ordre de 38, je ne sais pas dire où en sont mes arbres. La totalité se porte pour l’instant bien, mais certains ont stoppé les croissance, d’autres favorisent certaines branches les autres sont a l’arrêt. Hormis les pins (que je ne travaille jamais en été) seuls les oliviers et les sabines ont l’air de tenir un cap de croissance normale. J’ai fais le choix de plus faire d’action sur aucun hors arrosage. Un été inhabituel qui risque de devenir commun…

Je t’assure que non, j’essaie juste de savoir si concretement c’est possible de dire qu’un arbre est en écodormance ou en « post dormance » ? Et qu’est-ce que ça change pour nos rempotages à venir ?

Très franchement, tu trouves ça plus simple et intuitif que les saisons ?

Regarde, le 9 Novembre 2020, en plein milieu de ton endodormance, mon palmatum beni chidori avait encore ses feuilles, le repos hivernal n’est pas là du tout.

D’un point de vue « saison », l’automne se déroule de fin septembre (vers le 20) à fin décembre (vers le 20) et c’est beaucoup plus fiable pour identifier la période où un caduc met en réserve.

Ta méthode des 7 phases complexifie les choses par rapport aux 4 saisons (7 phases au lieu de 4), n’est pas intuitive (« pre-dormance », « endodormance » versus automne) et la description que tu en fais est parfois incorrecte (voir plus haut où tu indiques que « le repos hivernal est installé » dans la période octobre-décembre).

Pour l’essentiel de nos espèces locales, sous nos climats autochtones ( avec les variations supposées entre les ardennes belges et la Corse ), il y aun gros point de bascule avant mi juin / fin juin, et ensuite il y a l’aprés. ( bon, en 2026, avec un pic chaud fin mai, puis fin juin, puis maintenant, c’est peut être particulier mais aussi assez inédit sur la météo de l’année ).

Avant, même si la photosyntyhèse semble « importante », elle reste minoritaire en source d’énergie, qui repose encore surtout sur les réserves.

Aprés ça s’inverse, la photosynthèse devient « excessive » versus les besoins immédiats de croissance, donc une partie part en réserve. Et ça se fait déjà à partit de juillet ( et en fait beaucoup en été ), sans attendre l’automne ( qui conduit plus à une migration vers « plus bas » des réserves accumulées que de la fabricaion de réserve ). Plus bas veut dire branche vers troncs et roncs vers racines.

Je n’invente rien, ni ne le constate avec mes yeux. Ca se mesure avec des éléments marqués, ça figure dans pas mal d’études diverses, en aspects qualitatifs et quantitatifs.

Quand à la présence encore visible de feuilles, ça ne veut pas dire que ça reste « actif ».

Merci pour ce sujet intéressant, pour les arbres caduques, intuitivement je mettrai plutôt 6 phases.

  1. redémarrage de la production racinaire, remontée de la sève pour réhydrater les parties aériennes et préparer le debourement. Commence bien avant le debourement, on le voit avec les pleurs lorsque l’on taille.( Janvier février si il faut donner une idée de la période)

  2. debourement et première partie de la pousse de printemps qui se fait sur les réserves. ( Environ Mars )

  3. deuxième partie de la pousse de printemps qui se fait de manière autoalimentée, et parallèlement récupération de réserves pour remplacer ce qui a été utilisé en phase 2, c’est pour ça qu’on peut tailler en fin de printemps. Croissance racinaire.(Environ avril mai juin)

NB: si on taille en fin printemps, l’arbre recommence les phases 2 et 3.

  1. mise en réserve, forte croissance racinaire. Les arbres à pousse continue comme les ormes ou les burger qui, finalement restent en phase 3 tout l’été. (Environ juillet août)

  2. organisation des réserves qui commence un peu avant la coloration des feuilles et finit un peu après leur chute, d’où l’intérêt de la taille d’automne. (Environ septembre octobre novembre)

  3. dormance. Dont la durée va dépendre du climat, elle peut être inexistante ou presque dans des climats doux, même si l’arbre a perdu ses feuilles, à peine après les avoir organisées, il remobilise tout de suite les réserves. (Environ décembre)

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