Le sens du Chokkan

Bonjour Clément,

J’ai relu notre échange à tête reposée, en essayant de me mettre à ta place, et je pense qu’on ne parlait pas exactement du même niveau de lecture.

Quand tu parles de la branche principale, je comprends mieux ce que tu veux dire. Dans certains cas, surtout lorsqu’elle est très dominante, elle peut effectivement orienter la lecture. Sur ce point, je te rejoins donc.

De mon côté, j’étais plutôt dans une logique de lecture structurelle : partir du nebari, du tachiagari, de la ligne de tronc, et de l’espace que ce tronc ouvre.

Dans cette approche, le vide ne vient pas après, il fait partie de la lecture initiale. Les branches viennent ensuite renforcer, équilibrer… ou parfois perturber cette lecture.

Avec un peu de recul, je dirais qu’il y a deux façons de lire.
Il y a une lecture par dominance, où un élément fort peut orienter le regard.
Et une lecture structurelle, où le sens naît de la relation entre le tronc et l’espace.

Les deux peuvent exister, mais elles ne reposent pas sur la même logique.
C’est sans doute pour ça qu’on ne tombait pas d’accord.

Merci en tout cas pour l’échange, ça m’a fait réfléchir.

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oui, on ne privilégie pas les mêmes choses apparemment. Toi, tu privilégies l’ouverture de l’arbre (l’espace vide principal), alors que dans l’enseignement de Ryan Neil, il privilégie la direction du tronc, de la branche principale et de la cime (donc les “pleins”).

Pour des chokkan peu assymetriques, je pense qu’on a le choix entre privilégier la branche la plus longue, qui pointe la direction, ou privilégier l’espace vide principal. On en avait dejà discuté à propos du cryptomeria chokkan qui a reçu un prix au Trophy. Le propriétaire a privilégié les branches basses plutot que l’espace vide principal de l’autre coté.

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Oui, je comprends cette approche.

C’est un bel arbre, je m’en rappelle et le choix fait est cohérent dans cette lecture.

Pour ma part, je ne le vois pas comme un choix entre les pleins et le vide,
mais comme une relation entre les deux, qui varie selon l’arbre.

C’est ce que j’essaie d’explorer.

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ok, ça te dis qu’on discute de cas concrets ?

Si ça te dis, pour un chokkan comme celui-ci, avec sa branche principale à gauche, son grand espace vide et son shari à droite tu le vois plutot aller à G ou à droite ?

perso je dirais que les 2 sens de lecture sont possible : valoriser la branche de G comme actuellement (enseignement de Ryan) ou valoriser l’espace vide et le shari du coté D →

Bonjour Clem,

Il me semble que je mettrais plutôt comme ceci, mais comme toujours, sur une seule photo… comment!

Désolé de répondre si tard, j’étais en train d’écrire un article pour expliquer la différence entre sachi et sashi eda. Ça perturbait les quelques neurones qui me restent.

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Et celui-là ? :thinking:

Bonjour Clément,

En regardant cet arbre, on a d’abord une impression positive…
Il est équilibré, bien rempli, avec une structure qui semble cohérente au premier regard.
Mais en prenant un peu de recul, la lecture devient moins évidente.
On peut avoir le sentiment que l’arbre hésite.

Au départ, il semble qu’il ait été travaillé dans une direction, probablement vers la droite.
La cime (la fin du tronc) s’oriente légèrement de ce côté, et l’espace vide principal se situe aussi à droite.
Mais en même temps, une partie importante de la structure, notamment les masses de branches, tire visuellement vers la gauche.

Certaines branches, comme la première de gauche, semblent même revenir ou se positionner d’une manière qui brouille la lecture.
Je ne peux pas le voir sur cette photo, mais on se demande si la première branche de gauche n’est pas la même qui revient par l’arrière pour ensuite déborder sur la droite.

On se retrouve alors avec deux intentions, une direction suggérée par la cime et les vides,
et une autre portée par les masses et certaines branches.
Et ces deux intentions ne sont pas complètement compatibles.
Ce n’est pas un problème de technique.
C’est un problème de lecture et de décision.
L’arbre n’est pas “mal fait”, il est indécis.

C’est quelque chose que l’on rencontre assez souvent, on corrige une direction sans aller jusqu’au bout, on ajoute sans supprimer, on garde “au cas où”.
Et peu à peu, plusieurs logiques cohabitent.

Le résultat n’est pas forcément choquant, mais il devient difficile à lire.
Un arbre peut être complexe, mais il ne peut pas suivre plusieurs directions à la fois.
À un moment, il faut choisir. Quelle est sa direction ? Où va-t-il ?
Et ensuite, il faut accepter de renforcer ce choix, et de supprimer ce qui le contredit.
C’est souvent là que se fait la différence, non pas dans la technique, mais dans la clarté de l’intention.

Ce n’est que mon ressenti. :wink:

Un autre extrait de mon bouquin.

Dialogue avec l’arbre :

Quel que soit le style, avant toute intervention, je cherche le sens de l’arbre, sa direction. C’est comme un réflexe.

L’arbre est là, devant moi, je le regarde sans interpréter.

Je regarde sa forme, son nebari, son tronc, sa cime, ses branches, sans chercher à corriger.
La ligne, les courbes comme les lignes droites, les vides, les épaisseurs, les cicatrices.
Je ne juge pas, je ne projette pas une forme idéale. C’est essentiel.

Je cherche la direction. Où va cet arbre ?
Je ne regarde pas la ligne visible, mais la direction réelle.
Même si le tronc serpente, même s’il est rectiligne, une orientation existe.
Elle peut être claire, contrariée, ou momentanément perdue.

J’identifie la dynamique.
L’arbre avance‑t‑il, ou résiste‑t‑il ?
Avancer ne signifie pas croître vite.
Résister ne signifie pas être immobile.
Certaines lignes sont portées, d’autres sont retenues.
Le mouvement n’est pas toujours une progression ; il peut être une contrainte.

Je repère les appuis.
Où l’arbre s’ancre‑t‑il ?
Dans le nebari, dans une courbe, dans une branche dominante ?
Ces appuis donnent de la stabilité à sa direction.

Je lis les déséquilibres.
Où la direction se trouble‑t‑elle ?
Une rupture de conicité, un changement de rythme, une zone trop forte ou trop faible.
Ces zones ne sont pas des erreurs. Elles indiquent des tensions.

Je formule enfin une intention, en une phrase.
Où l’arbre cherche‑t‑il à aller ?
Non pas ce qu’il devrait être, mais ce qu’il est en train de devenir.

Je vérifie la cohérence.
La direction, le flux et les tensions doivent s’accorder.
Le flux est la manière dont la vie circule dans l’arbre et s’organise.
Si l’ensemble reste confus, la lecture est encore incomplète.

Je m’abstiens lorsque la direction n’est pas claire.
J’observe encore et encore, je fais tourner l’arbre, je lis les branches.
Parfois, je décide simplement d’y revenir plus tard.

Si je ne peux pas dire où l’arbre va, c’est que je n’ai pas encore le droit de le guider.

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Pour moi, c’est un moyogi avec très peu de mouvement, mais pas un chokkan. Mouvement qui va plutôt à gauche, mais effectivement pas complètement cohérent.

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Je suis d’accord avec toi, ce n’est pas un chokkan.

oui, c’est vrai que le tronc est bien vertical, mais il n’est pas parfaitement rectiligne. Après ça n’empêche pas d’analyser son mouvement.

Pour moi, il va clairement à gauche, la branche principale (et la racine du même coté) est tellement forte qu’elle l’emporte largement sur la direction de la cime. Le tachiagari (la zone du tronc entre le nebari et la 1ere branche) a une légère courbe vers la gauche, ce qui renforce le mouvement à G.

Cet arbre a été pris en photo après une mise en forme chez Kobayashi. Je ne sais pas si Kobayashi est le propriétaire, mais ce pin est placé à droite dans le pot, donc pour le propriétaire, il va à G.

猿も木から落ちる icon_wink

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C’est tout à fait ça. Pour être cohérent, il faudrait basculer l’arbre pour que la cime soit au moins verticale et n’aille pas vers la gauche ou la camoufler avec une branche et accentuer la dissymétrie.
Ça fait quand même bizarre de donner des « conseils » pour un arbre qui sort d’un pro, même si Kobayashi a plus la réputation d’être un bon commerçant qu’un bon technicien.

Alors celui-là il a beau être vieux et montrer du savoir faire il ne me plaît pas du tout
On dirait un banzai en plastique ou généré par IA

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Et lui il va à droite ou à gauche? J’ai des avis très divergeants.

Pour moi, ce n’est pas un chokkan car le haut du tronc n’est pas vertical. Le point focal de l’arbre, c’est le bois mort, qu’il faut donc davantage centrer, donc décaler l’arbre vers la droite, donc donner du mouvement vers la gauche donc raccourcir les branches de droite. Très bel accord avec le pot, amha.

Et j’imagine que même face à un « maitre », on trouvera toujours certains clients pour dire « oui mais, j’aime vraiment bien cette cime qui part très légèrement à droite avec la grosse branche à gauche… J’ai choisi l’arbre pour çà. »

Merci Lanig, j’ai posé la question ici car le chois de direction me pose souci. En effet le haut du tronc va vers le gauche mais la branche de la cime plutôt vers la droite.Je ne peux pas le recentrer plus. J’ai été obligé de changer le pot, il a un gros impact a l’arrière. Il est dans un pot brut qui me plait moins. Je vais exposer cet arbre prochainement et j’aimerais pas me planter sur l’orientation.

Je le verrais plutôt comme ceci.

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je le verrai même comme ca, moi!

Réduire les branches de droite accentue encore plus la direction a gauche, je trouve. J’ai bon?

Mais ça je ferais pas encore. Peut-être dans 10 ans. Je suis capable de repartir sur un projet mais pas a ce stade. C’est un de mes arbres les plus aboutit…