La "face avant" d'un bonsaï : un artifice tordu?

L’article que publie Tony Tickle sur son blog résonne avec les réponses dans ce sujet. Il décrit les comportements quand on ose remettre en question l’évidence bonsaï-istique. La face avant d’un bonsaï semble être une évidence pour certains.
Je vous propose une traduction (presque) intégrale

Titre original :

Celebrate the Mavericks—Or Keep Worshiping Mediocrity
Tony Tickle

Titre traduit
Célébrer les non-conformistes ou continuer à vénérer la médiocrité

Dans le monde du bonsaï, il existe un terme qui fait mouche : les bonsaïs réplicants.(NDLR #1 ci-dessous) Il ne s’agit pas seulement d’une étiquette, mais d’ une insulte. Ces arbres sont les produits sans âme issus d’un système conçu pour produire en masse de la médiocrité. Ils inondent les jardineries, les quincailleries et même les collections personnelles de leur présence interchangeable et banale.

Un produit de la production de masse en Chine et en Corée, ou pire, les tentatives pathétiques des amateurs de bonsaï qui tentent de reproduire ce qu’ils ont vu dans les expositions. Soyons réalistes : ces arbres copiés-collés n’ont aucune originalité. Et lorsque les passionnés produisent encore plus de clones, le monde du bonsaï sombre dans une stagnation créative. C’est ce qui sépare les « praticiens » des véritables artistes, ceux qui ne se contentent pas d’entretenir les arbres, mais qui repoussent les limites de l’artisanat.

Mais voici l’ironie tordue : lorsque quelqu’un ose s’affranchir de ces normes sans vie, on le qualifie de non-conformiste, voire de fou irrationnel. Pourquoi ? Parce que le bonsaï, comme tant d’autres formes d’art, est obsédé par la prudence. Les non-conformistes ne brisent pas les règles ; ils les contournent jusqu’à ce qu’elles craquent. Ce sont des non-conformistes créatifs qui ne se soucient pas de l’approbation de l’establishment du bonsaï. Ils expérimentent, ils innovent et ils n’ont pas peur de l’échec, car l’échec n’est qu’une étape de plus vers la création de quelque chose d’extraordinaire. Et l’establishment ? Ils méprisent ces non-conformistes. Ils les craignent même…

Parlons de Masahiko Kimura. À ses débuts, l’élite du bonsaï se moquait de lui, le qualifiant de « clou qui dépassait d’une planche ». Comment osait-il refuser de se conformer ? Comment osait-il ignorer des siècles de tradition rigide ? Saut dans le temps, et Kimura est désormais considéré comme le plus grand artiste bonsaï de tous les temps. Alors, qu’est-ce qui a changé ? Rien, si ce n’est la prise de conscience que ceux qui défient les règles sont ceux qui finissent par les définir. Les premières critiques de Kimura ne visaient pas à ce qu’il ait tort. C’était parce qu’il avait raison, et que les traditionalistes ne le supportaient pas.

C’est le secret le plus caché du bonsaï : jouer la carte de la sécurité vous rend oubliable. Bien sûr, vous obtiendrez un signe de tête poli lors d’une exposition, et peut-être même une poignée de main si vous suivez toutes les règles à la lettre. Mais l’extraordinaire ? C’est réservé aux non-conformistes, à ceux qui se moquent complètement des règles. Ils voient l’échec comme une illusion, une plaisanterie. C’est pourquoi ils resteront dans l’histoire, tandis que les gens qui ont adopté le modèle à l’emporte-pièce tomberont dans l’oubli.

Sortir de sa zone de confort est terrifiant pour la plupart des praticiens du bonsaï, car ils ont passé toute leur vie à obéir à des règles obsolètes. Mais les non-conformistes ? Ils l’ont compris. Les règles ne sont pas sacrées, ce sont des restrictions qui attendent d’être surmontées. Si votre seule défense pour suivre la tradition est « c’est comme ça depuis toujours », alors félicitations – vous ne créerez jamais rien de remarquable. Les non-conformistes remettent tout en question, et dans cette remise en question, ils trouvent l’innovation. Et c’est pourquoi ils réussissent.

[…]

Dans la vie, et dans le bonsaï, ce sont les audacieux, les preneurs de risques, les non-conformistes qui changent la donne. Les autres ? Ils ne sont que des spectateurs, attendant que quelqu’un d’autre leur montre la voie.

NDLR #1 : La traduction littérale serait « Bonsaï à l’emporte-pièce ». Mais cette expression insiste en français sur le caractère grossier ou sommaire alors que dans le texte original l’auteur veut souligner l’aspect « copier-coller ». Les « réplicants » sont des androïdes entre robot et clone humain .