Quand on est débutant, accompagner les membres de son club dans une "sortie yamadori" est sans doute une initiative profitable. Cela évite de s'acharner sur la première plantule venu et voir faire les copains procure les connaissances de base dans cet art.
Mais là où je ne comprends plus du tout c'est lorsque des bonsai-ka confirmés qui en sont à leur x-ième prélèvement déboulent en nombre sur une parcelle. Ce que je veux dire c'est que l'agitation, le tumulte et la promiscuité sont autant de facteurs qui sont contraires à un choix pondéré. Tout cela nuit à la concentration nécessaire pour imaginer les potentialités d'un arbre.
Bien plus encore : je ne peux plus imaginer prélever un arbre dans l'heure qui suit sa découverte. Combien de fois m'arrive t-il, après avoir dégagé le nébari d'un candidat, de revenir sur lui, refaire quelques centaines de mettre en arrière, pour m'assurer d'un détail qui m'est venu entre temps. Après avoir sommairement débarrassé, les ronces, les herbes hautes, après avoir fait quelques photos du gaillard, relevé ses coordonnées GPS, je le laisse. Je revois les photos chez moi, je rumine l'arbre. Cette rumination peut durer une semaine, un mois, un an. Elle peut se solder par l'abandon du projet. Cette maturation je la met à profit pour faire les démarches d'obtention de l'autorisation, le cas échéant. Si la saison s'y prête, je peux décider d'un retour sur les lieux pour palper le sol (nature de la terre, présence de rochers...) ou/et commencer le travail de cerclage ou/et de la taille sommaire. Bref je prépare l'arbre pour un prélèvement dans un an ou plus. Je pense à cette aubépine que je prépare depuis 3 ans.
Quand on sort en club, on revient généralement avec un arbre dans sa musette et tout ce que je viens de décrire n'existe pas. Pour faire court, pour moi, le seul intérêt de telles sorties réside dans le moment du saucisson et du pinard.
Alors pourquoi les clubs s'obstinent-ils, alors qu'ils n'ont pas de membres vraiment néophytes, à vouloir faire perdurer cette pratique la reléguant au rang de rite ?
Ne serait-il pas plus judicieux d'envoyer un nouveau venu avec seulement un ou deux mentors sur des terres sauvages juste pour montrer comment poser les yeux ? Juste pour expliquer pourquoi on ne touche pas à tel ou tel exemplaire ? Juste pour montrer qu'on peut aussi rentrer bredouille ?
En revanche si un club proposait une location d'âne – voir l'estampe ci-dessous – ce serait une idée autrement plus riche et surtout plus reposante !
254825
yamadori1.JPG
source Ebay