Un jour en France...

D’une voix un peu cassée par l’émotion, le maire vient de terminer son discours.

Dans ce minuscule cimetière de campagne entouré d’arbres dont les couleurs flamboyantes apportent une touche de lumière à travers la brume, le petit groupe qui l’entoure reste silencieux.

Le vieux Norbert (92 ans) qui, comme il le raconte souvent avec son sourire édenté, a "raté la Grande", mais s’est rattrapé dans l’autre guerre en y laissant un morceau de jambe, dépose avec précaution la gerbe au pied du monument aux morts, imité par quelques enfants posant avec précaution leurs petits bouquets fraîchement cueillis ce matin.

Quelques corneilles passent en croassant d’une manière un peu lugubre au dessus de nous; le bébé dans sa poussette leur répond à sa façon; je regarde tout ce petit monde : quatre générations réunies dans le souvenir de ceux qui sont morts pour que nous vivions libres.

Mais je me rend bien compte qu’il y a moins de monde, cette année encore… Combien serons nous dans quelques années, à lire les 10 noms inscrits à jamais sur cette stèle usée par le temps…

Puis, d’un coup, un rayon de soleil perce la brume et vient nous envelopper, donnant le signal du départ.
Les sourires reviennent sur les visages; Norbert prend fièrement la tête du petit groupe, et les conversations reprennent.
La vie continue…