Couper maintenant n'apportera à mon avis aucune réserve supplémentaire parce que les réserves en glucides ne sont pas stockées dans les bourgeons mais dans les tiges et les racines. Donc pour les sucres, le seul effet de la taille, c'est d'en diminuer la production en supprimant des feuilles. Par ailleurs, il faut savoir que chez les arbres à feuilles caduques, l'immense majorité des composants réutilisables sont réimportés dans la partie pérenne de l'arbre pour l'utilisation l'année suivante. Tailler maintenant fait perdre ces composants, notamment les acides aminés. Pas forcément une bonne idée.
Peut-être que cela réclame quelques compléments d'infos complémentaires, car au niveau cellulaire, chaque élément constitutif est la plupart du temps différencié. Pour faire simple chaque cellule végétale active contient à la fois de l'ADN, de l'ARN, des protéines actives (enzymes en vue des réactions enzymatiques), des acides aminés, des hormones dites de croissance (auxines, gibbérellines), des hormones spécifiques (stéroïdes, polypeptidiques, etc...), des bactéries, des sucres, etc.... Mais les cellules se spécialisent, selon leur position dans l'organisation végétale.
Or ce n'est pas parce que l'arbre entre en dormance que les cellules spécifiques des bourgeons sont dépourvues de ces éléments indispensables. Ce n'est pas tout à fait exact de dire que les réserves en glucides ne sont pas stockées dans les bourgeons. Même si ce n'est pas le siège fondamental de ce stockage, les cellules végétales constituant les bourgeons contiennent tous les éléments situés plus hauts, car indispensables justement au processus de développement dudit bourgeon au printemps et ceci en l'absence de photosynthèse. C'est bien grâce aux protéines et sucres, sous l'action des enzymes synthétisés par les hormones AIA et AG interagissant avec les chaînes ADN et ARN, ainsi que les réactions chimiques en découlant, que les bourgeons gonflent et que commence le développement embryonnaire des feuilles. L'activité osmotique déclenchée permettant ensuite la migration des sucres synthétisés et stockés dans les cellules des rameaux, branches, tronc, racines, etc... jusqu'aux cellules végétales qui les synthétisent, au fur et à mesure, pour croître et démarrer l'activité photosynthétique.
L'intérêt des tailles sur un mélèze est triple. On cherche sur nos arbres, d'une part à contrôler harmonieusement la croissance des branches et rameaux, d'autre part à obtenir des entre-nœuds courts et un feuillage nanifié, et en même temps à obtenir une ramification nombreuse.
Lorsqu'un rameau de mélèze se développe à partir d'un bourgeon éclos au printemps, il va apparaître sur ce jeune rameau vert tendre une succession de bourgeons, au fur et à mesure de l'allongement du rameau. Or plus le rameau s'allonge et plus la distance entre les bourgeons s'accroît. Si on laisse faire, le rameau s'allonge démesurément et les entre-nœuds, c'est à dire la distance entre les bourgeons et donc les futurs rameaux devient importante. Ce qui fait que généralement, la distance entre la branche supportant le rameau et le 1er bourgeon est courte, puis la distance entre le 1er bourgeon et le 2ème s'accroît, et ainsi de suite. Si on veut maintenir une ramification courte et compacte, il faut tailler en vert.
Cette taille en vert à donc pour effet de:
- ralentir l'activité naturelle de l'arbre orientée vers la construction et l'allongement des rameaux.
- nanifier le feuillage
- multiplier la ramification
La taille en vert réalisée l'été permet, en réduisant la longueur d'un rameau en aval d'un bourgeon, de réduire les entre-nœuds puisqu'on ne gardera que le 1er bourgeon ou les 2 ou 3 premiers bourgeons, et donc des distances courtes entre bourgeons. Ce processus de taille en vert est bien connu en arboriculture, sur arbres fruitiers, pour qu'une partie de l'énergie utilisée par la plante pour produire rameaux et feuillage soit utilisée dans la production de fruits. Là ce n'est pas tout à fait ce qu'on cherche à obtenir, mais plutôt de multiplier la ramification en répartissant l'énergie d l'arbre.
Dans le cas du mélèze, particulièrement vigoureux, une seconde pousse aura lieu à partir des bourgeons conservés qui vont durcir (constitution du méristème apical) en se différenciant des autres parties de l'arbre et en accumulant des réserves. Une seconde taille en vert permettra de limiter l'allongement des nouveaux rameaux obtenus à partir des bourgeons de l'année. Cette opération pouvant se répéter plusieurs fois au cours de la saison de pousse, selon la vigueur de l'arbre, son âge et son degré de ramification. Avec l'âge, l'arbre comporte beaucoup plus de rameaux et bourgeons. Mais l'énergie disponible est restreinte, à cause du pot et du volume racinaire contenu, et des éléments nutritifs disponibles. Plus le nombre de rameaux est important, plus l'énergie que l'arbre est capable de synthétiser et de répartir s'amenuise.
Les tailles en vert s'effectuent l'été, ainsi les aiguilles ont atteint leur maturité, la photosynthèse est à plein rendement et permet de synthétiser les dérivés carbonés en sucres, amidon, lignines, cellulose, etc…. L'arbre aura ainsi suffisamment de réserve pour assurer une seconde pousse.
La taille d'hiver a plusieurs objectifs:
- structurer l'arbre
- sélectionner les bourgeons
- rajeunir la ramification
Cette taille intervient sur rameaux aoûtés, c'est à dire que ces rameaux se sont couverts d'écorce (pour simplifier), concentrant des sucres et des protéines, les fameuses réserves permettant à la fois de protéger les cellules végétales pendant l'hiver et d'alimenter l'arbre lors de la production des jeunes rameaux et feuilles, avant que celles-ci soient capables de photosynthétiser.
On revient donc sur les rameaux taillés en verts au cours de l'été, soit pour de nouveau les réduire, selon la position du ou des bourgeons et son orientation. Ceci étant plus facile, l'arbre ayant perdu ses aiguilles.
Un bourgeon aval placé vers l'intérieur de la ramification pourra être supprimé, s'il existe un bourgeon en amont orienté vers l'extérieur. Un rameau mal orienté, parce que poussant vers le tronc, pourra également être supprimé, de même, les tailles successives au cours de l'été ayant multiplié le nombre de rameaux secondaires et tertiaires, il convient de les sélectionner en en supprimant totalement ou partiellement, en coupant ceux mal placés : poussant vers l'intérieur, vers le bas ou vers le haut, etc… Ceci permettant, au fur et à mesure des interventions, de construire des plateaux bien distribués et étagés.
Cette taille réalisée en fin d'hiver, peut aussi supprimer la différenciation du bourgeon terminal, généralement dédié à la croissance, au profit des bourgeons amont, partiellement inhibés. Au printemps, ces bourgeons se développeront de façon plus harmonieuse. De plus, en réduisant la longueur des branches, on supprime aussi une bonne partie de l'énergie disponible stockée. Cette énergie étant relativement amoindrie, la vigueur de l'arbre sera mieux contrôlable au printemps suivant, et plus équitablement répartie vers les rameaux secondaires et tertiaires. Une taille différenciée permet en outre, en taillant d'avantage une branche charpentière forte, de favoriser une branche charpentière faible qu'on taillera peu ou pas du tout.
De plus, la taille d'hiver permet de rajeunir la ramification. Sur une vieille branche principale, il faut parfois élaguer plus sévèrement, en supprimant le nombre de rameaux secondaires et/ou en réduisant une partie de la branche principale en aval d'un rameau secondaire. Le nombre de rameaux et de bourgeons étant réduit, l'énergie disponible sera plus importante pour chaque rameau et bourgeon conservé, favorisant une pousse plus vigoureuse.
Autre effet, en réduisant la longueur d'une branche charpentière sous un rameau secondaire, on améliore visuellement la conicité, le rameau terminal au diamètre inférieur prolongeant la branche charpentière.
Merdre….j'ai fais long….trop long…désolé