Hêtre d'altitude (Alpes françaises)
Le hêtre n'apprécie guère le soleil estival, exige des pluies fréquentes et un sol humide.
A la fois dominateur et fragile, cet arbre est envoûtant, suscitant l'émotion et l'inspiration au promeneur curieux.
Pour un bonsaïka, entretenir des hêtres dans sa collection est un grand plaisir mais au prix d'un cheminement personnel et d'un dialogue constant avec ses arbres.
En pot, le hêtre se développe lentement. Donc :
- le semis est préconisé pour les bonsaï de petite taille,
- le plant de pépinière pour les arbres de taille moyenne à grande
- le yamadori pour les arbres de petite à grande taille.Yamadori, le mot est lâché :
- d'abord ne prélevez jamais sans autorisation,
- ensuite demandez-vous si finalement l'arbre n'est pas mieux là où il est (tout un chacun pouvant en bénéficier) et s'il a une bonne chance de survie après le prélèvement,
- enfin sachez qu'il faut beaucoup de temps pour corriger les défauts d'un arbre prélevé; aussi convient-il de ne pas toucher aux arbres dont les branches sont mal placées, longues et dégarnies.
Le parcours d'un yamadori de hêtre
C'est au cours d'une de mes balades en 1988 que j'ai repéré cet arbre étrange qui semblait me parler d'un passé rude et d'un présent peu glorieux. Pourtant je trouvais cet arbre plein de potentiel et décidais, après avoir examiné les conditions de prélèvement, de le récupérer.
Le prélèvement (autorisé) s'est déroulé fin mars 1989. Il s'agissait d'un hêtre situé sur un talus rocheux à environ 1000 m d'altitude. Il mesurait alors 70 à 75 cm de hauteur et était en piteux état.Voici l'arbre en hiver 1990, tel que l'ai prélevé.
Le tronc est solidement attaché au pot (au niveau racinaire et en externe) afin d'assurer une bonne reprise des racines. Plusieurs poignées de terre issues de la zone racinaire et récupérées lors du prélèvement ont été ajoutées au substrat afin d'assurer le développement des mycorhizes (champignons associés par symbiose aux racines d'un végétal, spécifique d'une espèce et facilitant son développement).
Le prélèvement a été rude pour lui et pour moi. Nous nous sommes donc octroyés 2 ans de repos et de soins avant de débuter les travaux. Ce temps sera mis aussi à profit pour envisager le futur de l'arbre.[/font][/font][/font]
La flèche A nous indique le moignon sec et pourrissant qui correspondait à l'ancien tronc cassé lors de travaux forestiers ou d'un éboulement. Les branches ont poussé tout autour, permettant à l'arbre de vivre et au tronc sous-jacent de grossir.
Le moignon sera retiré à la gouge en 1991, l'arbre étant bien installé dans son pot et ayant fait le plein de racines.
Les flèches A,B et C nous indiquent les branches inutiles (au sens de l'esthétique bonsaï) qui seront retirées en 1991 et 1992.
D'autres branches, plus grêles, seront aussi enlevées en assurant toujours la protection des plaies avec une pâte cicatrisante.
La flèche A nous montre la branche sélectionnée qui servira de futur tronc, support de la structure actuelle.
Certes, j'étais sur le point de faire une entorse aux règles qui régissent le bonsaï, en "créant" un tronc défectueux en canon de fusil (teppo-miki) donc un défaut de conicité.
Mais j'ai tranché pour la transgression respectant l'histoire de cet arbre et son vécu.
1991 : le début des travaux
Les flèches A et B nous indiquent les zones d'autogreffes à partir de rameaux secondaires de la branche supérieure droite (flèche C).
Le rameau greffé en A sera à l'origine d'une branche occupant une zone à l'arrière et en latéral droit de l'arbre.
Le rameau greffé en B sera retiré dans un second temps car la greffe se fixera malheureusement à angle droit par rapport à la branche (une de mes erreurs et cet arbre m'en a pardonnées un certain nombre).
La branche indiquée en A sera retirée en 1992 après de bons et loyaux services.
Le moignon, indiqué par la flèche B a été retiré laissant une plaie nette et du bois sain.
L'arbre se présente en rayon de roue et en arête de poisson mais le temps et quelques reavaux vont améliorer la situation.
La face latérale droite confirme bien l'absence de profondeur qui sera l'objet de travaux étalés sur une dizaine d'années.
Notez le mouvement d'inclinaison naturelle vers la gauche. C'est ce qui me fera, avec le positionnement des racines, choisir la face avant de l'arbre indiquée par la flèche.
C'est ce rameau (flèche A) issu d'un oeil dormant qui, en se développant, formera la branche arrière.
Cette branche mesure (2008) environ 35 cm et le diamètre, à sa base, est d'environ 2 cm.
Les techniques que j'ai utilisées pour améliorer cer arbre :
- le grossiment du tronc et des branches est obtenue par la technique dite de l'abstention. Je m'explique. Les nouvelles pousses de l'année sont laissées libres de s'exprimer et ne sont rabattues qu'à l'automne (ainsi l'arbre se fortifie mais ne se ramifie guère)
- la ramification s'obstient par la taille précoce à l'ouverture des bourgeons et par leur sélection (ainsi l'arbre se ramifie mais aussi s'affaiblit)
- c'est l'alternance de ces deux techniques, année après année, qui permet à l'arbre de se charpenter et de se ramifier. Le rythme de l'alternance est dicté par l'arbre, son état de santé, son comportement les années précédentes, son âge et l'état de la ramification.
- la taille de structure fin mars et le haubanage.
La défoliation est à proscrire, à l'origine d'un stress inutile pour cette espèce qui se trouve déjà, fin juin, physiologiquement en semi-repos.
L'arbre en été 2003.
Il poursuit son évolution et s'améliore doucement.
A noter le tronc musculeux et marqué des hêtres de montagne.
L'arbre en novembre 2007.
Tous les soins prodigués pendant ces années l'ont été dans le respect du végétal et des caractéristiques de l'espèce.
Seuls la taille et le haubanage au raphia ont permis de structurer l'arbre et de positionner les branches.
Le ligaturage (à l'aluminium) n'a été utilisé que 2 fois en 19 ans pour des rameaux tertiaires et sur une période allant d'avril à juin (l'écorce marque très vite en période d'activité).
Hêtre de montagne (Fagus sylvatica)
50 ans environ - 80 cm de hauteur
9 à 10 cm de diamètre à la base
yamadori - 19 de soins depuis son prélèvement
Le hêtre fin avril 2008 après une légère taille de structure et de nouveaux haubanages (discrets).
Bien de soins restent à faire comme l'amélioration de la ramification, un meilleur positionnement des branches, un travail complémentaire sur le ^pain racinaire afin de baisser l'implantation de l'
Cet arbre que j'aime beaucoup, m'impose sa puissance et sa force, cette force de ceux qui ont passé des épreuves
Pourtant la rudesse et la masculinité de ce hêtre semblent tempérées par une note de féminité peut-être en raison de la structure de la frondaison.
De cette dualité, de cette complémentarité nait la vie
A l'avenir, cer arbre sera placé dans un pot légèrement évasé et ovalaire pour la note de douceur.
La céramique, émaillée, sera de couleur vert pâle moucheté de noir rapellant la roche, les herbes folles et la mousse.
De l'harmonie des formes et des couleurs, du vert pâle au brun des feuilles marcesentes d'hiver, pourrait bien surgir quelque instant de bonheur.
Désolé deux petites coquilles se sont glissées :
- le fléchage du moignon sec
- le fléchage des branches retirées en 1991