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Yamadori (ou prélèvement)



Yamadori s’écrit 山取り ou 山穫り。 Dans les deux cas, "yama" veut dire "montagne" et "tori" : prendre mais le premier caractère est utilisé pour n’importe quel sens de "prendre" alors que le second est utilisé uniquement pour prendre dans le sens de "cueillir" : cela veut donc dire "prendre en montagne" à l’exclusion de tout sens pseudo spirituel.

On peut créer un bonsaï en prélevant un arbre dans la nature puis en le travaillant. C’est ainsi que les chinois ont créé l’art du bonsaï.

Le Yamadori est sans doute la moins coûteuse des méthodes pour acquérir une bonne base pour un bonsaï, mais c’est aussi la méthode la plus délicate.

Attention ! Interdit en pleine nature dans certains pays (dont la Belgique) sans autorisation des autorités compétentes, vous pouvez cependant trouver de beaux et vieux sujets dans des jardins en plein remaniement. L’intérêt est dans ce cas de connaître un jardinier avec qui il vous serait possible de passer un arrangement. Ce n’est pas toujours évident...

Il est possible de nos jours d’acquérir de beaux yamadoris en pépinière spécialisée mais ils sont presque toujours hors de prix. L’avantage reste que les yamadori sont souvent des arbres très vieux et avec beaucoup plus de caractère que les plants de pépinière.

Certaines espèces se prêtent plus difficilement au yamadori que d’autres en raison de la fragilité de leurs racines.

Pourquoi prélever ?

La nature crée des formes que nous sommes incapables de reproduire. Le prélèvement permet donc d’obtenir rapidement des arbres agés de caractère. Mais le temps de formation après prélèvement peut s’avérer long.

Où prélever ?

Il s’agit de repérer des lieux où l’arbre ne pousse pas dans des conditions habituelles. Cela peut être en montagne bien sûr mais aussi dans des pâturages, le long des routes, sous les pylônes, dans des forêts où il a été coupé pour une raison ou une autre, en lisière de bois, etc. Sans oublier les jardins.

Regardez bien le milieu dans lequel pousse le futur prélèvement : si le terrain est constitué de grosses roches, passez votre chemin après avoir pris quelques photos pour le plaisir des yeux car l’extraction serait alors trop difficile pour l’amateur et trop dangereuse pour l’arbre.

Que prélever ?

Les feuillus sont plus faciles à prélever que les conifères. Si vous débutez, commencez par un charme ou un érable qui "repartiront" bien plus facilement qu’un pin ou qu’un genévrier.

Ne prélevez que des espèces que vous connaissez et que vous saurez maîtriser au moment du prélèvement et après. Sachez aussi que certains vieux arbres sont difficilement récupérables, notamment à cause d’un pivot trop long (chênes).

En fait, il y a plusieurs questions à se poser :

- Le pain racinaire est-il exploitable ? Le chevelu est-il assez proche du collet ? Dans le cas contraire, l’espèce réagit-elle bien au marcottage de racines ?

- Le départ du tronc au-dessus du collet : a-t-il un joli mouvement ? A-t-il une belle conicité (sauf pour un lettré) ? A-t-il du caractère ? Jusqu’à quel niveau ?

- Et surtout, avez-vous l’autorisation de prélever (vous risquez de fortes amendes, ainsi que la confiscation du matériel et du véhicule, voire de la prison) ? L’endroit est-il risqué pour votre sécurité ?

Si vous répondez par la négative à une de ces questions, continuez votre promenade.

Pensez également au fait que les conifères ont des difficultés à émettre des nouveaux bourgeons sur le vieux bois. C’est pourquoi il sera difficile de rapprocher la végétation si le feuillage est très loin du tronc.

Quand prélever ?

Les deux grandes saisons pour prélever sont le printemps (pour les régions à hiver rude) et l’automne (dans les régions à hiver doux).

Le prélèvement se fera au début du printemps pour les feuillus et à la fin du printemps pour les conifères. A cette période, il ne pose pas de problème particulier, à condition de le réaliser au moment du débourrement et d’être attentif à l’arrosage quand les températures augmentent (se méfier également des gels tardifs).

L’automne peut être aussi favorable, en particulier pour les conifères qui continuent à avoir une activité racinaire tard dans la saison. Cela leur permet de bien préparer le printemps et surtout l’été suivant. Il est alors impératif de prévoir un abri hors gel, aéré et lumineux pour passer l’hiver sans dommage. Pour les arbres laissés à l’extérieur, on évitera tout prélèvement entre le 1er novembre et le 1er avril.

Certains prélèvements peuvent se réaliser en août lors du repos végétatif (relatif) d’été mais cela est réservé aux connaisseurs.

Comment prélever ?

Deux cas peuvent se présenter :

- Le chevelu du racinaire est loin du collet, ou le plant est âgé, ou encore l’espèce réagit mal à des grosses tailles de racines : il s’agit alors de prélever sur plusieurs années en coupant dans un 1er temps les grosses racines ou le pivot.

Mais il faut laisser l’arbre en place et remettre de la terre légère autour des grosses racines sectionnées pour favoriser le nouvel enracinement. L’arbre émettra des radicelles et il devrait être possible de le prélever définitivement l’année suivante. Si pour des raisons pratiques, il est impossible de prélever l’arbre par étape, prendre la motte la plus grande possible et un maximum de terre. Replanter l’arbre dans un container de taille adaptée. La transplantation dans un pot à bonsaï ne sera envisageable que 1 voire 2 ans plus tard. Cependant, vous il sera déjà possible de structurer votre sujet dès la première année.

Si cela est possible, on peut réaliser un marcottage de racines soit en enlevant une bande d’écorce, soit en enroulant une ligature autour des grosses racines. La technique dépend de l’espèce. Ce n’est qu’à la deuxième ou troisième année que l’arbre pourra être prélevé. En agissant ainsi, vous ne perdez pas un ou deux ans, vous assurez la survie de la plante ! Respectons la nature !

Cela n’empêche pas de préparer la ramure en taillant la partie aérienne pour qu’elle commence à faire de nouvelles branches, tout en gardant à l’esprit qu’il faut qu’il y ait pousse aérienne pour que la marcotte racinaire se développe.

- Le chevelu est suffisamment proche pour permettre le prélévement, et en plus l’arbre a du caractère avec une conicité : un rêve !

Commencer par descendre le niveau de terre jusqu’au collet, lieu des premières racines. Il s’agit ensuite de cerner en biais l’arbre avec une pioche, une bonne bêche, ou un louchet. D’abord loin du tronc, puis de plus en plus près en coupant quelques racines trop grosses, tout en s’assurant qu’il reste assez de chevelu pour assurer la survie de l’arbre, et ce jusqu’à pouvoir extraire l’arbre avec sa motte.

Alléger ensuite cette motte, puis l’enrubanner de manière bien serrée, avec par exemple un sac de jute, pour qu’elle ne s’émiette pas lors du transport.

Soins post prélèvement

Au niveau de la mise dans un nouveau substrat, il y a deux écoles : une qui dit qu’il faut enlever dès le départ toute l’ancienne terre, et une autre qui dit qu’il faut la garder.

En prenant le meilleur des deux écoles, on pourrait conseiller d’enlever la terre si elle est vraiment mauvaise (argile, champignons , etc..) ou si l’arbre est un feuillu. Et pour les autres cas, d’en garder une partie, surtout pour des espèces ayant besoin de mycorhizes (conifères, hêtres...).

Quoiqu’il en soit, il vaut mieux empoter dans un pot large et profond, en comblant avec un substrat bien drainant (en majorité pouzzolane ou akadama ou gravier, etc.).

Dans le même temps, il faut, pour un feuillu, tailler la partie aérienne pour conserver un bon équilibre entre la masse foliaire et le pain racinaire.

C’est plus délicat pour un conifère, car il a besoin de végétation pour redémarrer (tire-sève).

Pour ce qui est des racines, il faut évidemment en garder le maximum pour favoriser la reprise mais avoir en tête que les racines laissées seront actives et se developperont : comme pour le feuillage, plus les grosses racines seront coupées courtes plus les nouvelles radicelles se formeront près du tronc, ce qui facilitera sa formation future. Il faut donc trouver le juste milieu.

Pour des espèces "faciles" qui émettent des racines relativement facilement, comme le charme par exemple, on peut couper très court toutes les racines.

Le prélèvement est très stressant pour l’arbre, il est important de le faire de façon à ne plus le stresser par la suite, les racines inutiles doivent donc être coupées la première fois (pivot par exemple).

C’est pour cela que certains conseillent de ne pas préparer l’arbre au préalable par la taille ou le cerclage ; L’arbre doit être en pleine forme et non affaibli pour bien réagir au prélèvement.

Une fois en pot, maintenez le prélèvement dans un milieu humide, à l’abri du soleil et hors gel. Vous pouvez lui donner quelques compléments d’aide à la reprise et de l’engrais foliaire.

Et vaporisez-le régulièrement sans ajouter d’engrais le premier mois.

A partir de ce moment, sachez que vous êtes parti pour quelques années, étant donné qu’aucun gros travail ne peut être effectué sur un prélèvement avant sa reprise complète, et un retour d’une forte santé. Certaines espèces sont capables de vivre sur leurs réserves trois ans ; On pense que l’arbre a repris car il a démarré ou poussé, mais en fait il se vide tout doucement de son énergie, de nouvelles racines ne s’étant pas formées, d’ou l’importance de substrats de qualité. C’est le cas notamment de certains conifères ou des chênes. Si une fatigue supplémentaire est subie, elle entraînera directement la mort de l’arbre.

Le prélèvement est une école de patience mais c’est une des façons les plus efficaces d’obtenir rapidement et à peu de frais un très beau bonsaï.

Voici 2 exemples de yamadori :

Le premier, un cotoneaster récupéré dans un jardin et travaillé pendant 3 ans.

Le même après 3 ans

Et le second, un pin sylvestre, acquis pour un bon prix en pépinière et qui ne sera travaillé que dans 2 ans.


Parlons Bonsaï ne cautionne pas les prélèvements quels qu’ils soient. Tout prélèvement effectué sans autorisation engage la seule responsabilité de celui qui l’effectue.


Liens externes

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