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Les cinq points fondamentaux du bonsai

de l’intérêt de connaître les spécificités d’une espèce avant toute autre chose.... Article de Ramsey KINANY publié ici avec son autorisation et initialement paru dans la revue "l’univers du bonsaï" n° 10.

Il existe des différen­ces de comportements chez les arbres, voici cinq clefs essentielles :

Nous sommes nombreux, à vouloir cultiver des espèces ou des variétés qui sont rarement employées en bonsaï. Si, par ce choix, nous gagnons en originalité, la méconnais­sance de la plante et l’absence de références à son sujet peuvent nous conduire à com­mettre des erreurs préjudi­ciables à l’évolution du futur arbre ; erreurs qui peuvent se comptabiliser comme autant d’années perdues. Certains penseront qu’il n’est pas nécessaire d’approfondir la physiologie des végétaux pour former un bonsaï de qualité, préférant s’en remettre à leur sensibilité, ou leur intuition. C’est en partie vrai, de même que l’on peut être bon conduc­teur sans avoir de connaissan­ces poussées en mécanique. Voici pourtant quelques élé­ments qui devraient permettre à tout amateur de mieux comprendre la plante qu’il cultive, et par voie de consé­quence, d’apprécier avec succès les soins qu’il faut lui apporter.

I -LE GRADIENT DE VEGETATION

En observant la reprise des végétaux au printemps, on constate une différence importante dans leur gradient de végétation. Chez certains arbres, le bour­geon apical (c’est à dire le plus élevé) manifeste une vigueur beaucoup plus prononcée que chez les autres bourgeons situés plus bas.

Il y a dans ce cas une dominance du bourgeon apical que l’on dési­gne sous le terme "d’acrotonie". Chez d’autres espèces, l’éclo­sion des bourgeons semble mieux équilibrée, puisque de force égale, avec peut-être une légère accentuation sur les bran­ches basses (basitonie) ou mé­dianes (mésotonie). On pourrait penser que les végé­taux acrotoniques vont devenir de grands arbres et que les au­tres resteront des arbustes ou des buissons, mais cela est inexact.

En fait, rien n’empêche un arbre basitonique d’atteindre une taille élevée, la différence réside surtout dans sa construction et son architecture. Chez les arbres acrotoniques, il y a la volonté d’atteindre rapide­ment une taille adulte et ce n’est qu’une fois cette ambition réali­sée qu’ils produisent la ramifica­tion des branches (en fait, en vieillissant, ils perdent de leur acrotonie).

Chez les espèces qui échappent à cette dominance apicale, l’élévation est plus progressive et s’éta­blit par une succession de bran­ches en étages qui mèneront l’ar­bre à sa hauteur finale. Cette différence de comporte­ment intéresse l’amateur, sur­tout au stade du jeune plant, lorsqu’il lui faudra dessiner la forme du futur bonsaï. Sur les jeunes plants, on remédie à cet inconvénient par des pincements répétés sur la pousse apicale tout en laissant les pousses basses intouchées afin qu’elles prennent de la force, grossissent et finissent par rivaliser avec le sommet. L’équilibre est ainsi rétabli. Sur les plants basitoniques (le pêcher par exemple), le danger réside, au contraire, dans l’éven­tualité d’une absence de tronc due à des tailles répétées, qui conduisent à produire une rami­fication excessive. En dehors du style en "balai", qui est une forme à tronc court, l’ap­préciation d’un bonsaï de qualité exige un tronc unique qui s’ame­nuise jusqu’au sommet de l’ar­bre.

Pour l’obtenir, il faut donc ici ne pas toucher à la pousse apicale. Ainsi, elle pourra prendre le dessus sur les autres et contri­buer à dessiner le tronc. En conclusion, la formation du jeune plant en bonsaï suit le parcours inverse de l’arbre naturel. Les arbres qui cherchent avant tout à former un tronc se­ront d’abord contraints de for­mer des branches. Inversement, on demandera à ceux qui forment facilement des branches de commencer par faire un tronc.

II - EMPLOI DES TECHNIQUES D’EXFOLIATION

En poursuivant notre observa­tion printanière sur les nouvel­les pousses, on remarque qu’il se forme, très tôt, à l’aisselle des feuilles, une petite protubérance nommée "l’oeil". Chez certaines espèces, l’oeil n’est pas clairement visible, car il est caché par le pétiole de la feuille.

On sait que l’oeil est un futur bourgeon qui évoluera au cours du prochain hiver et formera à son tour des nouvelles pousses au printemps suivant. Pourtant, dans certains cas, il arrive qu’un oeil produise une pousse l’année même de sa for­mation. On nomme alors cette pousse un "anticipé", car on con­sidère qu’elle est née un an trop tôt. Ce phénomène, très courant chez certains arbres, peut même se produire plusieurs fois sur deux ou trois générations (anti­cipé né sur l’anticipé d’un antici­pé !!!).

Dans la formation d’un bonsaï, on tire un grand avantage de ces anticipés.

En effet, ils permettent d’acroître considérablement la rami­fication au cours d’une seule saison de végétation. De plus, ces anticipés, générale­ment moins vigoureux que les pousses printanières, produi­sent des entre-noeuds plus courts et des feuilles plus peti­tes.

Ils participent donc activement à la miniaturisation de l’arbre. Mais, peut-on les maîtriser ? La vie de l’oeil est conditionnée par la feuille qui lui donne nais­sance et le nourrit. Chez certaines espèces (le pê­cher, par exemple), la feuille travaille activement pour l’évo­lution de l’oeil et les anticipés se produisent très naturellement. On dit que la feuille joue un rôle "stimulateur", car, si on la sup­prime, l’oeil dépérit au lieu d’évoluer.
Dans d’autres cas, (érables, ficus, etc.), la présence de la feuille "inhibe" l’évolution de l’oeil pour le conserver jusqu’au printemps suivant. Si la feuille est supprimée, l’inhi­bition est alors levée et l’oeil a la possibilité d’évoluer en anticipé. On comprend maintenant que la technique d’exfoliation qui vise à supprimer l’ensemble du feuillage d’un bonsaï, pour qu’il produise des feuilles plus peti­tes, ne s’applique en fait qu’aux espèces dont les feuilles sont inhibitrices, et ne devra, en au­cun cas, être pratiquée sur un arbre aux feuilles stimulatrices, auquel cas on détruirait une grande partie des bourgeons de l’année prochaine.

Pour l’amateur désireux de cul­tiver une espèce inhabituelle, seule l’observation peut le ren­seigner sur les propriétés de son arbre.
Voici les trois cas les plus fré­quemment rencontrés :

  1. l’anticipé naît spontanément en présence de la feuille.
  2. l’anticipé ne se développe qu’après suppression de la feuille.
  3. l’anticipé se produit après réduction de la feuille.

Dans ce cas, l’inhibition vient d’une trop grande surface fo­liaire, laquelle consomme la sève utile au développement de l’oeil. Si la feuille est réduite, l’anticipé peut émerger, à condition qu’une partie de la feuille continue à le nourrir. On observe ce phéno­mène sur les Citrus par exem­ple.

Il faut savoir que l’émission des anticipés peut être perturbée lorsqu’un arbre est cultivé sous un climat qui lui convient mal. Par exemple, le Hêtre (Fagus sylvatica) est couramment exfo­lié au Japon. Mais en situation sèche (il convient ici de compren­dre l’humidité atmosphérique, et non la fréquence de l’arro­sage), les anticipés se font par­fois cruellement désirer. Enfin, les débutants doivent être mis en garde sur les dangers encourus en voulant produire trop de générations d’anticipés en une seule saison. Certaines espèces, comme l’Aulne s’y prê­tent à merveille. Mais il faut se souvenir que les jeunes pousses ont besoin de mûrir et de s’aoûter pour affronter l’hiver.

Et celles qui naissent trop tardi­vement (en automne par exemple), peuvent périr aux premiers froids et même entraîner la mort de l’arbre. Cela explique la prudence des auteurs qui recommandent de ne pratiquer l’exfoliation qu’une fois tous les deux ans, même si, dans de bonnes conditions (un arbre très vigoureux et parfaite­ment nourri), l’exfoliation peut donner de très bons résultats tous les ans, et même deux fois par an.

Il appartient à chacun, en fonc­tion de la santé de l’arbre, de déterminer les limites à s’impo­ser.

III - DUREE DE VIE DES YEUX

Les yeux qui n’ont pas évolué en anticipés l’année de leur forma­tion deviennent donc les bour­geons de l’année suivante.

Cela concerne tout au moins une grande partie d’entre eux, car certains resteront en réserve, sans produire de nouvelles pous­ses.

La durée de vie des yeux n’est pas la même selon les espèces. Chez le pêcher, par exemple, elle n’est que d’un an. Donc, si l’année qui suit sa for­mation, l’oeil n’a pas évolué en bourgeon, il sera perdu. En conséquence, il y a pour ces espèces un risque de voir les branches se dégarnir.

En effet, elles se dégarniront si les yeux latéraux n’évoluent pas, car, chez toutes, il existe tou­jours une dominance du bour­geon terminal. Ne confondez pas terminal (à l’extrémité de toutes les branches) et apical (à l’extré­mité la plus élevée). Les espèces basitoniques qui échappent à la dominance apicale subissent néanmoins une dominance ter­minale.

Il sera donc prudent de tailler très court les branches qui ris­quent de se dégarnir par une mauvaise évolution des yeux intérieurs.

Chez le pommier, au contraire, la durée de vie des yeux est très longue, ainsi que pour de nom­breuses autres espèces. L’oeil qui n’a pas évolué devient "oeil dormant" ou "oeil latent" et peut se déclarer subitement, même plusieurs années après sa for­mation (on dit que le Hêtre pour­rait conserver des yeux dor­mants pendant plus de 100 ans !).

Pour ces espèces, même si les branches se dégarnissent, on sait qu’il sera possible de ré­veiller les yeux dormants par la taille.

On peut donc les laisser s’allon­ger sans crainte afin qu’elles épaississent. Ici encore, seule l’observation peut nous renseigner sur la du­rée de vie des yeux.

Lorsqu’une ou plusieurs pousses sont produites sur du vieux bois, c’est un signe que les yeux se conservent, mais il ne faut pas confondre les yeux dormants et les yeux adventices.

L’oeil adventice est un oeil qui se produit spontanément sur le vieux bois, souvent lors d’une taille sévère. Cette pousse inat­tendue porte le nom de "gour­mand", car elle est si fortement consommatrice en sève que sa croissance se fait au détriment des autres.

Bien qu’une pousse adventive puisse parfois sauver un bonsaï en mauvais état, son apparition est tout à fait imprévisible et il y a peu de chances pour qu’elle naisse à l’endroit exact où l’on aimerait la voir. En revanche, le réveil d’un oeil dormant, qui reste plus ou moins visible avec le temps, est une garantie de la possibilité de pro­duire de nouvelles branches à un endroit déterminé.

IV - LA PERIODE DE CROISSANCE

Les arbres, selon les espèces, les variétés, mais aussi selon le cli­mat local, manifestent d’impor­tantes différences dans leur pé­riode de croissance. Certains poussent par à-coups, soit en une seule poussée printanière, soit en deux ou trois poussées. D’autres poussent d’une façon continue, soit au printemps, ou à l’automne, soit toute l’année.

Il est utile de noter, sur une année, l’évolution d’une nou­velle variété que l’on cultive, car, en connaissant sa période de croissance, il est plus facile de spéculer sur les traitements à venir.

Si l’on sait, par exemple, que telle variété a fini sa croissance au mois de juin, il est inutile de se livrer à une taille sévère des branches à cette époque, dans le but de produire de nouvelles branches. De même, tout nouvel apport d’engrais serait inutile parce que non consommé. Les livres de jardinage ou les catalogues font souvent mention de la rapidité de croissance des arbres, mais ces indications ne coïncident pas avec la culture d’un bonsaï, car la formation de ce dernier sera d’autant plus rapide que sa période de crois­sance sera longue.

Par exemple, le Frêne à fleurs (Fraxinus ornus) est considéré comme un arbre à croissance rapide car il produit au prin­temps de longues pousses qui peuvent atteindre plusieurs mètres en quelques semaines. Mais, passée la fin juin, il n’évo­lue plus avant l’année suivante. En bonsaï, il est impossible de conserver la totalité de la pousse printanière et comme l’on sait que les anticipés seront rares, sinon inexistants, on peut s’at­tendre à cultiver un bonsaï de croissance lente. Inversement, certains conifères désignés comme de croissance lente, ont le mérite de produire continuellement de nouveaux bourgeons.
Sur un bonsaï, l’utilisation judi­cieuse de ces bourgeons permet de structurer rapidement son arbre et de le faire s’étoffer.

V - LES SYSTEMES DE FLORAISON

La différence des systèmes de floraison est la mieux connue des amateurs car elle est mention­née dans tous les ouvrages qui traitent de la taille des arbres. Parmi les arbres cultivés pour leurs fleurs ou leurs fruits, les uns fleurissent sur le bois d’un an, les autres sur les pousses de l’année.

Dans le premier cas (floraison sur bois d’un an), les yeux formés à l’aisselle des feuilles vont se différencier et produiront au printemps suivant, soit des fleurs (oeil devenant bouton), soit de nouvelles pousses (oeil devenant bourgeon). La différenciation se produit assez tôt, parfois dès le mois de juin, même si elle reste invisible. Il est donc prudent, passé cette date, de ne plus tailler les arbres dont on souhaite une abondante floraison (tous les Prunus sont dans cette catégorie : amandiers, cerisiers, pruniers, abrico­tiers...).

Chez les espèces qui fleurissent sur les pousses de l’année, il faut distinguer celles qui produisent des fleurs au printemps, ce qui permet d’effectuer les premières tailles sitôt la floraison termi­née, et celles qui fleurissent au cours de l’été (comme le grena­dier), et qui obligent à conserver les longues pousses intouchées si l’on désire les voir fleurir. Notez enfin que certaines espè­ces comme le tamaris existent dans les deux versions : le tama­ris à floraison printanière, qui fleurit sur bois d’un an, et le tamaris à floraison estivale qui fleurit sur les pousses de l’année.

CONCLUSION

Il existe beaucoup d’autres diffé­rences dans le comportement des arbres, mais notre objectif n’est pas de dérouter le lecteur en lui présentant l’incroyable complexité du monde végétal. Au contraire, nous nous sommes volontairement limités (la ri­gueur scientifique dut-elle en souffrir), au plus utile dans l’exercice de notre passion : le bonsaï.

Savoir si telle plante est acrotonique, si ses yeux se conservent, si les feuilles inhibent les antici­pés, si la période de croissance est courte, ou longue et quel est le système de floraison : pouvoir répondre à ces cinq questions avant de se livrer à la taille sur un nouveau sujet devrait per­mettre à tout amateur débutant de cultiver avec succès toutes les espèces ou variétés de son choix.

Mais le bonsaï est avant tout un art et s’il obéit aux règles géné­rales de son espèce, chaque sujet possède en plus une personnali­té et un caractère, qui leur sont propres et qui résident essentiel­lement dans sa beauté.

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