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Le bonsaï de l’année 2012 - l’érable palmé de Mo*Mi*Ji

Comme chaque année, vous avez élu le plus bel arbre de l’année parmi les arbres gagnants du Bonsaï Du Mois. C’est l’érable palmé (Acer palmatum) de Mo*Mi*Ji qui remporte ce titre tant recherché.
Afin de mieux comprendre comment son arbre et elle en sont arrivés là, retour sur une histoire de feeling et de compréhension mutuelle...

On dit souvent qu’il faut au moins dix ans pour construire un feuillu.
Celui-ci en a un peu plus, environ treize. Il a été construit par Sebastian Fernandez, un professionnel espagnol, à partir d’une bouture d’un érable appartenant à un célèbre Maître japonais.
Mr Fernandez m’a gentiment fait parvenir les photos de son travail pour les joindre à cet article.
Voilà donc le résultat des six premières années de travail à partir de sa mise en pot :








J’ai toujours rêvé d’un érable multi troncs. Quand mes yeux ce sont arrêtés sur cet arbre, je n’ai plus pu regarder les autres. Quitte à n’en avoir qu’un, c’était celui-là.

Quelques mails échangés avec Mr Fernandez, un aller-retour en Espagne, une rencontre bonsaillistique formidable avec un passionné, une journée de « tests » pour savoir si j’étais apte à prendre le relai et me voilà rentrée chez moi avec cet énorme érable…

Journée un peu irréelle, empreinte d’un mélange d’excitation et de doutes. Vais-je savoir m’en occuper comme il faut ?

Tant bien que mal vu la barrière de la langue, nous avons discuté du projet. Les deux branches basses qui sont faibles et ne sont là que pour faire grossir le tronc seront à sacrifier. Il faudra aussi supprimer l’énorme racine tournante qui a pris trop de force et alléger l’arbre de droite qui est le plus fort.





S’en suivent des heures passées à le regarder, à le surveiller, à l’observer, à essayer de le comprendre sans y toucher. Ca n’est pas encore vraiment « mon » arbre et je dois me l’approprier. Pas trop de travail dessus les premiers temps donc.

2011. Après un nouveau déménagement, l’arbre s’acclimate bien à ses nouvelles conditions. Pas une feuille abîmée durant l’été, je le mène tranquillement jusqu’à l’automne et profite, comme rarement avec les érables, d’un feuillage parfait au moment du changement de couleurs. Etonnamment, comme on le voit entre les premières photos et celles-ci, il n’a pas du tout les mêmes couleurs qu’en Espagne. Je mets cela sur le compte d’une différence d’ensoleillement et/ou de fertilisation.



Pendant ce temps, l’œil évolue, la technique aussi. On prend de l’assurance, les goûts changent au gré des photos vues sur la toile, des rencontres et des discussions… Les défauts que je ne voyais pas au départ commencent à apparaître, mon regard se fait plus critique et plus objectif. Il n’est plus pour moi « le plus bel arbre sur mes étagères » mais un bel arbre à travailler sérieusement pour aller plus loin.

D’abord, changer le pot.
Budget serré, peu de contacts dans le milieu des potiers et surtout des dimensions qu’on ne trouve pas facilement. Je me décide finalement pour un pot que Jacques Marty a en stock chez lui et qui correspond à peu près aux dimensions que je recherche. Ca n’est pas encore son pot définitif mais l’arbre sera déjà plus équilibré dans celui-ci et aura un peu plus de place pour s’exprimer.

Malgré mon attention, l’arbre accuse le rude hiver 2011/2012. Il perd une des branches basses (qui devait être sacrifiée plus tard) et quelques petites branches sèchent.
Je l’amène alors à l’atelier l’Arbre et le Geste avec Thierry Font où nous constatons que l’arbre « fils » est un peu trop faible. Seule une légère taille de structure y est faite pour essayer de répartir la vigueur au moment du démarrage et limiter la force de l’arbre « mère ».

Néanmoins, le démarrage et la pousse sont faibles pour un arbre qui vient d’être rempoté dans un pot plus grand et qui aurait dû « exploser » au redémarrage.

A ce moment-là, je le tourne souvent pour favoriser la prise de lumière sur chaque arbre et je commence à le découvrir sous d’autres angles… En fait, plus ça va plus je trouve cette face un peu ennuyeuse et trop statique. D’autres angles amènent plus de mouvement à l‘arbre sans perdre la qualité du nebari et la logique de construction d’un multi troncs.

L’idée de le changer de face vient petit à petit alors qu’au contraire je suis en train de lui chercher son pot définitif. J’hésite. L’arbre est déjà bien avancé et bien construit, c’est peut-être dommage de tout remettre en cause et de ne pas respecter les choix de Mr Fernandez. D’un autre côté, j’aspire à un arbre qui respire plus, qui prenne du mouvement et de l’ampleur. J’ai envie de le lâcher, de le libérer…

Il y aussi cette grosse racine à travailler et une année 2012 un peu moyenne.

L’idée fait son chemin… tout doucement.

Quand l’arbre perd enfin ses feuilles, je peux mieux me rendre compte des différentes faces. Il a en fait plusieurs faces possibles, sans gros travaux au niveau des branches et sans que ces interventions ne soient trop radicales pour pouvoir changer d’avis et utiliser d’autres faces par la suite.




Une des faces a aussi l’énorme avantage de ne défavoriser l’accès à la lumière à aucun des trois arbres. Contrairement à celle choisie par mon prédécesseur qui place l’arbre « fils » dans l’ombre des deux autres, la face de la photo ci-après permet à chaque arbre de s’exprimer.

Je sais pertinemment à ce moment-là que la décision est osée et que beaucoup de personnes ne vont pas me suivre dans ce choix. Pourtant ça n’a rien d’un coup de tête et c’est longuement réfléchi.

Quitte à le restructurer, autant en profiter pour retravailler sérieusement le racinaire. Pour cela, rien de mieux qu’une grosse caisse de culture !
Pour ne pas le freiner, je ne fais pas un vrai rempotage. Je rogne simplement la grosse racine à l’aide d’une gouge et d’une grosse pince et je coupe quelques racines mal placées au niveau de la surface. Tout le reste du pain racinaire est reposé tel quel dans la caisse et le nebari est enterré afin de favoriser la cicatrisation des plaies.

AVANT




APRES






L’arbre n’a pas été dérangé par tout ça et démarre très bien. C’est presque un peu tard dans la saison mais je profite d’un nouvel atelier avec Thierry Font et Law pour travailler la restructuration.

Nous coupons d’abord les deux branches qui venaient directement vers l’avant sur le tronc principal puis nous haubanons et ligaturons toutes les branches principales afin de rabaisser celles-ci et donner ainsi plus de maturité à l’arbre.


Là encore, le printemps est l’occasion de découvrir des couleurs différentes des teintes qu’il prenait en Espagne, plus orangées que rouges.

Le voici finalement en avril 2013. Il a très bien démarré et est en pleine forme.

Après une pousse totalement libre, en juillet l’arbre est défolié, déligaturé et taillé à deux entre-nœuds afin de favoriser la ramification et le bourgeonnement arrière. De nombreux bourgeons se réveillent et les feuilles qui poussent juste au moment des grosses chaleurs sont plus résistantes au soleil si bien qu’il finit l’été 2013 sans aucune brûlure et en pleine forme.
Avant la taille :

Après :

Le voici au mois de septembre. Il mesure alors 1m de long, 90cm de large et 80cm de haut.

Pour la suite du travail, les haubans seront à contrôler cet hiver et ça sera l’occasion d’une légère taille de structure. Encore au moins une année de culture suivra avant de pouvoir envisager la mise en pot.

Cela laisse un peu plus d’un an pour trouver un pot. Vu les dimensions de l’arbre cela promet d’être un sérieux casse-tête, tant pour déterminer la forme et l’émail que pour trouver le professionnel qui saura le réaliser sur mesure…

Connaissant l’arbre, Law s’est gentiment prêté au jeu en me dessinant ce projet. Une belle projection de l’avenir de cet érable…

Il n’y a plus qu’à…

Vous pouvez aider à trouver son futur pot ici
http://www.parlonsbonsai.com/forums/index.php/topic/53847-cherche-nouveau-pot-pour-ce-palmatum/

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