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Interview de Maria Simoes



Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 47 ans, mariée, deux enfants, je suis ingénieur en écologie, je vis et je travaille au Portugal où je gère une pépinière avec mon mari prés de Lisbonne, et je suis associée à Thierry Lorillard dans notre société "Autrement Vert" en France.

Quel a été ton parcours dans le monde du bonsaï ?

Travaillant depuis 20 ans avec des plantes, j’ai toujours eu une grande curiosité vis à vis des bonsaï, on en possédait quelque uns dans la pépinière que je soignais avec les notions acquises dans un cours basique que j’ai fréquenté en 1999 ici au Portugal. En 2003, j’ai eu la grande chance de pouvoir intégrer l’Ecole Européenne de Bonsaï -France où j’ai vraiment "plongé" dans le monde du bonsaï étant vu comme un Art, avec le Maître Salvatore Liporace. Depuis, les formations, stages, workshops et démonstrations en Europe n’ont plus fini...pendant l’école, j’ai connu Thierry Lorillard, collègue de session, et nous avons pris la décision de créer la société "Autrement Vert" pour donner suite à l’énorme envie de continuer de progresser dans cet Art et de créer un lien entre deux personnes, deux cultures, deux âmes créatives dans une entente très unique dans la démarche du Bonsaï. Depuis, nous travaillons ensemble, et malgré le grand nombre de kilomètres qui nous séparent, les décisions sur les arbres sont toujours prises ensemble et le projet est fait à deux. Une partie des arbres est élevée au Portugal où les conditions climatiques sont plus favorables à une meilleure croissance, la plus grande partie de nos arbres est d’origine méditerranéenne et aime le soleil et la chaleur !

Comment en arrive-t-on à présenter ses arbres aux jolis Matins de Juin ?

Nos arbres ont déjà été présentés à beaucoup d’expositions, et ont reçu quelques prix : nous avons été présents à la Ginkgo, à la Crespi Cup et au congrès de l’UBI en Italie, au congrès de la FFB, au Trophée Quatre Frontières, aux nombreuses Conventions EDG, et au Congrès de Mistral en Avril de cette année, et c’est là que nous avons reçu la généreuse invitation du Dr Baudouin de Lorgeril pour présenter nos arbres à Monaco.

Quel est l’origine des arbres primés, un myrte et une bruyère ?

Ils sont tous les deux, issus de prélèvements en Italie. Nous les avons acquis en 2004 et 2005 respectivement.

Peux-tu nous dire un peu plus sur les travaux faits sur ces arbres ?

Quand nous les avons acquis, les arbres étaient surtout des troncs avec un caractère très intéressant, la partie verte réduite à un minimum qui laissait juste mais bien comprendre qu’ils étaient de bonne santé ! Le premier travail important mené sur la Myrte, a été de traiter et de soigner son bois mort qui était très dégradé, après une action très intense le résultat fut très gratifiant et son tronc s’est révélé magnifique. Nous avons décidé de lui conserver sa couleur de bois d’origine et de ne pas le colorer en blanc avec du liquide à jin. Il a toujours été préservé avec des produits naturels comme des huiles de diverses natures, Après, ce fut le difficile projet de construire un arbre avec une ramification légère et des petites feuilles, pour contraster avec la masse imposante du tronc, en le rendant plus léger et plus dynamique. Ce fut un travail très soutenu auquel le bon climat du Portugal a certainement aidé à obtenir de bons résultats en 7 ans. L’arbre s’appelle Ila, qui en italien et en latin est le nom d’une petite rainette qui l’avait choisit comme perchoir, les premiers jours de travail à la pépinière du Studio Botanico, à Gagiano. La bruyère avait aussi au départ, un tronc très vieux et dégradé, mais avec un bon mouvement et des jins très naturels auxquels s’ajoute un feuillage très fin, vert clair et une floraison blanche très abondante. C’est une espèce plus difficile à travailler car un peu capricieuse sur ses branches qu’elle décide de "laisser tomber" sans prévenir ! C’est un dialogue en continu... nous l’avons nommé Alba qui en italien veut dire aube, car l’arbre ressemble á un être qui se (r)éveille et s’étire vers le jour, vers la vie.... alba aussi, car le mot en latin s’applique à la couleur blanche des fleurs. Sa construction se fait jour à jour, en plein soleil au Portugal pour bien fortifier ses fines branches et densifier ses plateaux...elle est très gourmande d’eau et d’engrais !

Comment as-tu choisi leurs pots définitifs ?

Le pot de la Myrte, Ila, fut fait sur mesure par Joseph Valluch d’Isabelia, d’une couleur très neutre pour ne pas dévier l’attention du tronc, et d’une forme très particulière car c’est un arbre difficile très large mais assez fin en épaisseur : il est plus étroit dans la base et s’évase vers son bord ce qui est précisément l’inverse de la forme de l’arbre... ainsi c’est comme si elle se reflétait sur un miroir. La texture est un peu granuleuse comme sa terre volcanique d’origine, et dans l’ensemble il fait sobre mais très stable. Le pot d’Alba, la bruyère, est un pot d’Andreas Van Herckehoven qui lui va aussi sur mesure ! Son caractère évasé prépare le regard pour le mouvement d’ouverture de l’arbre, il lui confère de la stabilité avec élégance, il est de la couleur et a un peu la texture de la roche volcanique qui est aussi son substrat d’origine.

Parmi les nombreux arbres que tu possèdes, pourrais-tu nous expliquer pourquoi tu as choisi ces deux-là pour Monaco ?

Monaco est en pleine Méditerranée, et les trois arbres (nous avons exposé aussi un pin sylvestre) sont de bons représentants de la flore de cette région. Et puis, ce sont des essences encore peu explorées en termes de bonsaï, et nous aimons bien le défi, comme notre nom l’indique, d’être "autrement" bonsaï !!!

Qu’as-tu ressenti lorsque M. Kawabe, invité d’honneur de cette édition des JMJ, t’a remis tes 2 prix (3ème prix Kawabe et 2ème prix feuillus) ?

Ce fut une énorme émotion, très inattendue... Nous savons que les japonais sont très attachés à leurs règles de l’Art, à leurs styles, à leurs essences... Que deux arbres tout à fait européens, avec un style tout unique et individuel (ce sont des yamadoris), aient provoqué l’émotion et la reconnaissance de leur valeur et de leur qualité à un maître japonais...c’est absolument un grand honneur pour moi, pour nous...inoubliable...

Ressens-tu une certaine pression pour la suite ou au contraire ressens-tu cette récompense comme un aboutissement ?

Oh, il n’est pas question d’aboutissement du tout !!!!! La pression pour la suite, vient de dedans nos âmes, de notre envie de créer encore et encore à quatre mains ! Cette récompense est un énorme stimulant, un tonique, et aussi la certitude d’être dans le bon chemin.

Tu encadres des stages au Portugal, mais également en France. La pratique du bonsaï est-elle différente entre ces deux pays ?

Oui, en effet elle est très différente. La France a connu le bonsaï bien avant le Portugal, il y a beaucoup de clubs, d’information, des expos, des professionnels... les gens en France savent que la qualité a un prix, et que la formation est primordiale pour l’évolution. Ainsi c’est très gratifiant de travailler avec les français, toujours avides de nouveautés, connaisseurs du marché, et plus ouverts au partage. Le Portugal doit encore beaucoup apprendre, mais il faut qu’il ait l’envie de le faire pas à pas, c’est à dire avec une construction solide, où les structures d’apprentissage ont un rôle fondamental...et il faut que les gens comprennent qu’il faut investir pour aboutir á de bons résultats.

Tu gères également la pépinière Autrement Vert avec Thierry Lorillard. Que t’apporte ce partenariat dans ta pratique du bonsaï ?

Il m’apporte le sentiment très pur du partage... de la création en équipe, du respect de l’autre, de la possibilité d’être deux personnes, deux cultures, quatre mains mais un seul esprit...c’est un défi toujours renouvelé à chaque projet...c’est enivrant et vivifiant !

N’est-ce pas difficile de jongler entre les ateliers au Portugal et en France et la pépinière ? Quel est ton "truc" pour travailler tes arbres avec une telle qualité, et si peu de temps ?

En effet il n’est pas facile du tout de gérer toutes les composantes professionnelles et familiales de ma vie...surtout avec tant de kilomètres de distance à parcourir...mais la détermination a toujours emporté sur la fatigue !!!!...et puis, je crois que j’ai une bonne étoile qui me guide et me protège ! Mon "truc", s’il en est un...être toujours actif sur ses arbres : pincer quand il faut, ligaturer au bon moment, sortir le fil avant qu’il gêne l’arbre, stimuler la croissance avec de bons engrais organiques variés au cours des saisons, choisir les bons emplacements pour les arbres au fur et à mesure que soleil change son parcours, bien veiller sur la qualité de l’eau, et être très attentif aux signes de stress, parasites ou maladies...il faut "sentir" ses arbres...ce n’est pas difficile quand on vit en si étroite communion...mais il faut être généreux sur le temps qu’ils nous demandent ! Et finalement, la base de tout le travail, un énorme respect pour l’arbre...

Un mot ou des conseils pour ceux qui voudraient se lancer dans cette aventure et qui hésitent peut-être un peu ?

Un mot : Osez ! Un conseil : faites-le à fond...

Quelques remarques à rajouter ?

Je vous remercie de votre intérêt à m’adresser cette interview, et je vous demande pardon de mon français qui mérite lui aussi d’être encore et encore travaillé !







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