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Interview de François JEKER

Interview réalisée par LE BUCHERON le 21 avril 2004

François Jeker pratique le bonsaï depuis de très nombreuses années. Il est N3 de la fédération française et l’auteur de deux excellents livres sur l’esthétique en bonsaï.

le livre de François JEKER est en vente ici

Comment êtes-vous tombé dans le bonsaï ? C’était quand la première fois ?

Je suis tombé dedans quand j’étais petit.

Il y a bien longtemps, avant guerre, je ne sais plus laquelle.

En fait, j’avais 12 ans lorsque j’ai vu ma première photo de bonsaï. Depuis, j’ai le virus et il paraît que cela ne se soigne pas.

Qu’est-ce que cela vous apporte à part Amour, Gloire et Beauté ?

L’amour, la gloire et la beauté, c’est pour mes arbres. Pour moi, j’ai gagné de très bons copains dans le monde entier.

Quelles sont ou qui sont vos influences ?

Pius Notter m’a beaucoup influencé.

Il ne travaille presque que des yamadori, a trouvé un style très personnel où il a largement dépassé les règles japonaises pour se laisser guider par ses arbres.

Il s’attache d’abord à mettre en valeur, avec une grande modestie, le travail de la nature sur les yamadori. Il le dit lui même : "Le seul maître, c’est la nature".

C’est également un être humain remarquable. Lorsqu’il découvre un jeune talent, par exemple, il va tout faire pour lui mettre le pied à l’étrier. Certains de ses confrères sortent plutôt le bazooka pour éliminer préventivement un rival potentiel...

Que préférez-vous dans le bonsaï en général ? Et que détestez-vous le plus dans le bonsai en général ?

Ce que je préfère, c’est rencontrer des arbres et des êtres humains très différents qui me remettent en cause, me permettent de douter et donc de toujours avancer, de toujours progresser. Le jour où j’aurai le sentiment de ne plus rien avoir à apprendre, je vous donne le droit, cher Gaëtan, de m’euthanasier.

Ce que je déteste ? Je ne déteste rien et préfère me nourrir de mes admirations.

Avez-vous des arbres fétiches que vous aimez particulièrement ? (pièces personnelles ou non)

J’ai un souvenir ému de ma première Kokufu où j’ai découvert une forêt de Fagus à pleurer de bonheur.

Au retour, je me suis dit "il y a deux solutions mon vieux" : soit tu brûles tous tes arbres, soit tu te mets à bosser.

Seriez-vous prêt à acheter un bonsai "créé" par quelqu’un d’autre ?

Bien sûr, j’ai la chance d’avoir pu acheter un arbre créé par John Naka. Je le soigne religieusement et je m’attache à respecter scrupuleusement son projet.

Mon rêve serait d’avoir dans ma collection des arbres de Dan Barton, Pius Notter, Danny Use, Kevin Wilson, Jean-Paul Pollman, Jan Dierick, Oscar Roncari, Uli Ernst, Marco Invernizzi, Pierre Hérault, etc.

Combien d’arbres avez-vous ?

J’ai une centaine d’arbres, mais combien de vrais bonsaï ?

Dans cette pratique, quelle a été votre plus grande déception jusqu’à présent et bien sur votre plus grande satisfaction ?

Ma plus grande déception a été la perte, l’an dernier, d’un buis que j’affectionnais particulièrement. Il n’a pas résisté à la canicule.

Ma plus grande joie a été d’apprendre par Harald Lehner que Kato Saburo m’avais sélectionné comme démonstrateur européen au congrès mondial de Munich.

Si j’étais le génie de la lampe et vous donnais la possibilité de réaliser un souhait pour le bonsaï, quel serait-il ?

Qu’il y ait plus d’échanges entre les pays européens : Il y a en Italie, en Belgique, en Suisse, au Royaume Uni, en Allemagne, en Tchéquie de nombreux démonstrateurs et formateurs de talent. Certains sont très connus, d’autres moins. Travaillons ensemble, apprenons ensemble, prenons du plaisir ensemble !

A votre avis l’avenir du bonsaï en France est-il bien assuré avec par exemple nos jeunes talents qui émergent ?

Oui, bien sûr, mais avec une petite réserve. Nous avons tendance, en France, à faire du nombrilisme. Nous sommes les meilleurs, nous n’avons pas besoin des autres, etc. Le résultat ? Dans les expos, malgré les progrès fantastiques des 10 dernières années, nous voyons encore beaucoup d’arbres de qualité médiocre.

Et, surtout, l’omniprésence d’un style franco-français, de plus en plus éloigné des critères japonais. Cela génère une uniformité un peu désolante.

Nos jeunes talents doivent oublier un peu les vieux N3 pontifiants (j’en fais partie) et se frotter au monde. Pour d’abord mieux intégrer et comprendre les règles japonaises et, dans un deuxième temps, oublier ces règles et trouver son style propre et authentique.


liens externes

  1. l’interview vidéo de François JEKER congrès FFB Sochaux 2005
  2. la demonstration de François JEKER et Oscar RONCARI lors de l’anniversaire du club "l’arbre en pot" le 18.09.2005 à Rouen
  3. La visite du jardin de François JEKER par Bonsaiolo

Quelques bonsaï de François Jeker :

 Epicéa

 If

 Pin mugho

 Pin sylvestre







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