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Techniques avancées
Etude et formation d’un pin sylvestre
Article réalisé par Laurent Darrieux et Hervé Dora, membre du forum ParlonsBonsaï.
Travaux réalisés en février 2005
Ce pin sylvestre, d’après son ancien propriétaire, a été prélevé vers le mois de mars 2000 du côté de Dignes en pleine garrigue. Il fut mis en pot à l’époque dans un mélange 100% akadama.Il mesure 1 mètre 20 et il a 60 ans environ.

Récupéré chez un professionnel du Bonsaï il a déjà subi une première mise en forme au printemps 2004.
Certaines branches ont bougé et sont restées dans cette position, ce qui explique son port un peu anarchique. Toutefois cette première mise en forme a permis aux branches de prendre la lumière et d’obtenir ainsi une bonne densification.

La branche faciale qui présente une anse a été écorcée par en dessous puis vissée sur le tronc afin de pratiquer une greffe par approche.
Quand celle-ci sera soudée au tronc, l’anse sera coupée et transformée en jïn
Ceci afin que l’angle de descente de la branche par rapport au tronc paraisse plus naturelle.



L’arbre est entièrement désaiguillé,


- détail désaiguillage
ne sont conservées que les chandelles de l’année.
Ceci afin que toutes les branches intérieures puissent recevoir la lumière

- mekiri
De nouveaux bourgeons apparaîtront à l’intérieur et les nouvelles chandelles seront coupées au même niveau que celles de l’année d’avant afin d’aider les plus faibles à se développer

- metsumi
Ainsi les nouvelles chandelles qui resteront à l’automne de cette première année de transformation ( octobre 2005 ) auront des aiguilles bien plus courtes.
Au cours de l’année 2006 il sera pratiqué un metsumi [1]
Le pin est ensuite entièrement ligaturé jusqu’aux extrémités. Les ligatures sont posées selon un schéma classique de pose :
les plus grosses ligatures en premier des plus grosses branches basses vers le sommet. ( 5 et 6 mm )
Puis les moyennes ( 3 et 4 mm )
Puis les petites ( 1 et 2 mm )
Un arbre est toujours construit du bas vers le haut pour une simple raison pratique : !
si vous essayez de poser le sommet alors que les branches du dessous n’ont pas été descendues, ces dernières vont vous géner.
La sashi eda, ( branche indicatrice ) est posée en premier et toutes les branches seront distribuées en fonction de cette dernière.
C’est elle qui indique le mouvement général de votre arbre. S’il bouge, s’il est statique, s’il tombe, s’il est assis ...
La construction doit se faire de façon asymétrique et les branches ne doivent pas se chevaucher.
Ainsi, vu du dessus, votre arbre donnera l’impression d’un escalier en colimaçon. Mais c’est de face qu’il faudra savoir jouer avec les ombres et les lumières afin que l’arbre ne soit pas trop régulier et que les jours créent un mouvement dans les nuages à venir. ( Futures chandelles courtes et denses )

Votre meilleur professeur en matière d’ombres et de lumières est le ciel. Il sait jouer à la perfection sur les négatifs.

Il est important de se projetter dans l’avenir car un arbre fraîchement "posé" n’est pas un Bonsaï, c’est la force végétative et la patine du temps qui en feront un Bonsaï.
Le choix du pot fut difficile car, même si la forte inclinaison du tronc ne laisse aucun doute pour la forme shakan ( penchée ), le fait que toutes les branches partent au 1/5 éme du tronc en font un bunjïn à part entiére.
Les codifications peuvent servir l’art et s’adapter à l’oeuvre.
Le pot choisi est légèrement trop profond pour un bunjîn mais la forme en respecte le style.

Sa teinte cuir et ses rebords augmentent le contraste avec la mousse verdoyante et font ressortir la beauté de l’écorce épaisse de ce pinus sylvestris.
C’est la bonne harmonie pour ce que l’on pourrait appeller un style shakan/bunjïn. En bonsaï il est très courant qu’un seul et même arbre porte plusieurs styles en lui même. Tel que des :
Bunjïn/kengaï ( un lettré en cascade )
Kengaï/sokan/fukinagashi ( une cascade double tronc dont les branches sont formées battues par les vents )
...
La liste est loin d’être exhaustive
Le futur de l’arbre
Le bonsaï n’est jamais fini par définition, puisqu’il est vivant.
C’est pourquoi l’idée même d’une beauté définitive dans cet art n’existe jamais.
L’acte créatif, la mise en forme, se renouvellera tout le long de la vie du Bonsaï. Les branches vont bouger, l’arbre va changer. Il faudra réintervenir suivant les choix de l’arbre.
Cet arbre va croître et ses ligatures disparaitront, son allure deviendra "naturelle".
Les aiguilles seront plus petites et plus nombreuses et son aspect ressemblera à celui de ces pères qui vivent en liberté dans les sanctuaires montagnards
Le bonsaï n’est qu’une suite d’harmonies qui succèdent à d’autres au fil du temps. Jamais figé.
Et la beauté d’un instant ne se retrouvera plus jamais. Ce sera un autre instant avec un autre regard et une beauté toute différente.
Le créateur de cet art ne pourra jamais, à l’instar du peintre qui posera son pinceau une fois l’oeuvre achevée, poser ses outils et se satisfaire d’un quelconque achèvement quel qu’il soit. Car c’est un art vivant, qui bouge, se déforme et se transforme au gré du temps.
D’ou l’importance de se projetter dans l’avenir et de trouver le futur de cet arbre, futur qui ne sera lui même qu’éphémère et dont l’esthétique sera dépendante de l’état d’esprit et du goût de son créateur, sans cesse en évolution et en recherche d’une perfection qu’il sait , par avance, être inexistante.

Commentaires de Patrice Bongrand
Le pin sylvestre reste un pin"faible", il serait préférable de ne pratiquer le metsumi aussi rapidement après la mise en forme, en effet tant que le pin n’as pas sorti suffisement de bourgeons arrières, qu’importe que les pousses en boût dépasse la forme générale.
Un mise en forme est très stressante pour un pin, il a une réaction aux interventions lente. Nous avons fait de nombreux essais sur nos pins autochtones et il semble que de chercher à aller trop vite sur ceux ci les freinent beaucoup.
Le temps qu’il nous semble avoir gagner en pratiquant toutes ces techniques de pincements trop rapidement est finalement perdu.
L’important n’est pas le résultat immédiat mais de bien réaliser les étapes de travail qui permette de maintenir l’arbre au top de sa vigueur.
Sur un pin sylvestre (et pire sur un pin à crochets) le metsumi est à pratiquer avec parcimonie, quant à moi je ne la pratique quasi pas sur mes pins sylvestres et pin à crochets et seulement quand l’arbre n’est plus ligaturé depuis quelques années
[1] pincement des jeunes pousses au début du printemps qui permettent à l’arbre de multiplier ces chandelles en harmonie avec la mise en forme décidée au départ de la transformation
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