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Entretien avec bonsaiolo



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Entretien de décembre 2007


Bonsaiolo traîne ses guêtres sur PB depuis mai 2004. Sans bien en mesurer les conséquences, il s’est fait remarquer sous le pseudo de Caprice des Vosges après un "défi" lancé auprès de quelques membres de son club et relevé en décembre 2005.

Bonsaiolo est aussi connu pour les soirées festives qu’il organise ou auxquelles il participe. Et si cela n’était qu’une légende ?

- Q : Le bonsaï, tu es tombé dedans comment ?

Je ne suis pas tombé, j’avais (et j’ai encore) le pied agile !!

Fin des années 80, j’ai croisé une zolie meuf qui regardait des bonzai sur une étagère de supermarché ; j’ai regardé la belle et … je suis sorti du magasin avec quelques pots. Et comme j’ai toujours envie de découvrir, d’apprendre, de relever des défis, devinez !!

- Q : Ton premier bonsaï, tu t’en souviens ? c’était quand ? c’était quoi ? tu l’as encore ?

J’avais acheté 2 ficus et 2 ormes de Chine pour quelques dizaines de francs. J’ai toujours ces arbres mais je n’ai jamais revu la fille. Je les ai fait évoluer et même s’ils ne sont pas présentables dans de belles expos, j’ai beaucoup de tendresse pour eux. On se souvient toujours de la première fois, non ?

Et très rapidement, je suis devenu boulimique. J’ai eu envie de toutes les espèces d’arbres, exotiques comme autochtones. Je suis très rapidement arrivé à mettre en pot un centaine d’arbres, en général des prélèvements sauvages et fluets, sans aucun potentiel mais ça je ne le savais pas. J’ai aussi acheté régulièrement de petits arbres en pépinière.

- Q : Tes premiers conseils sur la culture des bonsaï, tu les as trouvés où ?

L’envie de faire survivre et de cultiver ces arbres plus que de les transformer en bonsaï – mais je ne savais pas encore qu’il y avait une différence – m’a incité à me documenter. J’ai acheté le livre "Réussir son bonsaï" des éditions SAEP et j’ai photocopié "Comment créer et entretenir vos bonsaï" de Samson que mon buraliste avait chez lui. Oulala, ça fait si longtemps que ça que je fume ? J’ai travaillé avec ces documents très longtemps sans savoir qu’ils avaient pris un peu d’âge.

Et j’ai vécu comme ça pendant plus de 10 ans. Mes arbres aussi. Je crois que mes penchants artistiques pour le dessin, la peinture, la sculpture m’ont très vite fait prendre la mesure de la dimension "créativité" que je pouvais en retirer.

Puis je me suis mis à visiter des expos, d’abord locales puis de plus en plus loin. Et plus je voyais de bonsaïs, plus j’étais admiratif et plus les notions élémentaires de codification, de construction, d’espace, de volume se précisaient inconsciemment dans mon esprit.

En 2002, lors d’une expo locale organisée par le Matsukaze Bonsaï Club d’Epinal, j’ai rencontré Litérati et écouté ses conseils, ses commentaires et là, je me suis aperçu que j’avais beaucoup de choses à apprendre. J’ai griffonné ses coordonnées sur un bout de papier que j’ai gardé plus d’un an sur le coin de mon bureau avant de le contacter et d’intégrer le club.

- Q : Quel est ton arbre préféré ou ton essence préférée ?

Je n’ai aucune préférence pour une espèce en particulier. Par contre, j’aime ou je n’aime pas dès le premier instant un arbre en particulier. Bien avant d’analyser sa construction, de regarder son nébari ou la disposition de ses branches, son niveau de ramification, c’est l’émotion ressentie devant lui qui me parle. Un peu comme avec une femme pour laquelle finalement les mensurations me semblent bien dérisoires …

J’apprécie peu les conifères construits sur le même modèle standard et plus particulièrement les junipérus liquidajinés aux veines recouvertes de cirage.

J’aime les arbres qui semblent naturels, naturalistiques comme disent certains. Je craque pour les arbres atypiques qui reflètent la personnalité de leur créateur. J’ai un penchant particulier pour les multi-troncs.

J’espère que ces critères ne sont pas le reflet de ma personnalité !!

Par contre, si l’espèce m’importe peu, ma préférence va aux arbres de taille moyenne ou de grande taille ; j’apprécie moins les mames et les shohin.

Un mot aussi sur les pots. Pendant longtemps, ceux-ci ne m’intéressaient pas et je n’avais absolument pas assimilé la relation arbre/pots. Cela m’a pris près de 15 ans pour qu’enfin aujourd’hui je craque tout autant devant un pot que devant un arbre. Alors imaginez l’association des deux !

- Q : y a-t-il un bonsaïka connu qui t’inspire ?

Bien sûr que j’ai des affinités plus fortes avec certains bonsaika connus plutôt qu’avec d’autres. Préférences pour leurs arbres mais aussi préférences pour ce qu’ils sont, ce qu’ils expriment ou n’expriment pas, ce que je ressens ou ne ressens pas.

Si l’arbre est vraiment le reflet de son créateur, et ça j’en suis convaincu, alors tout ça n’est qu’une question de "feeling", de sentiments, de personnes, de vécu et de culture. D’une manière générale, je n’aime pas du tout les show que l’on a pu voir lors de certaines manifestations ou que l’on voir encore parfois. Je fuis les "vantards" et les "m’as-tu vu". Ca s’écrit comme ça ? Je tourne le dos à ceux qui pensent détenir la Vérité ou qui démolissent le travail des autres.

Vous ne vous attendiez quand même pas à ce que je vous donne des noms, si ? J’ai mes fiches mais je les garde secrètes.

- Q : Ta collection, elle s’est agrandie ou s’agrandit comment ?

Ca j’en ai parlé plus haut, on va pas la refaire, hein ? Ma maîtrise du bonsaï étant censée progresser, j’essaie d’acquérir des arbres (yamadori ou achats) présentant le plus de potentiel possible. Par contre, cultiver, maintenir en forme et faire évoluer environ 150 arbres, ça fait beaucoup. C’est trop. Le problème, c’est que je ne parviens pas me séparer de mes arbres même si le potentiel est quasi nul. C’est une question de principe pour moi. Au pire, j’en donne quelques uns et en général, je ne donne que des arbres intéressants et qui comptent pour moi.

- Q : As-tu des photos de tes arbres à nous montrer ?

Des photos, vous en trouverez sur le forum. Vous en verrez également dans l’article sur l’évolution de mes arbres publiées sur PB l’an dernier.

En voici quelques autres :

Un ficus

Une azalée

Un bosquet de charmes

Un chamaecyparis pisifera boulevard

Un junipérus chinensis doré

Un juniperus pfitzériana

Un larix

Un pinus uncinata

Et un buis.

- Q : Des photos sur plusieurs années de certains d’entre eux ?

Je qualifierais cette question de redondante (hihi) si on se réfère à ce que j’ai dit plus haut.

- Q : Ca t’apporte quoi dans la vie de tous les jours ?

J’ai une vie de famille comme chacun d’entre nous avec en plus la charge de deux filles qui ne sont pas et ne seront pas autonomes. J’ai aussi une activité professionnelle et associative très chargée, consommatrice de temps et créatrice de stress.

Le travail de mes arbres et mes sorties expos ou club sont pour moi des moments précieux pendant lesquels je me refais une santé. Quand j’ai la concave dans la main, plus rien ne vient me perturber ; je suis dans un autre monde, dans une autre dimension. C’est mon médoc à moi mais n’en parlez pas à mon psy, il va vous confirmer que je suis fou.

J’aime le contact humain (pas fait pour vivre sur une île déserte, moi !) et le bonsaï me donne aussi l’occasion de rencontres, parfois furtives mais parfois plus suivies, toujours gratifiantes. J’attends toujours avec impatience les grands rendez-vous comme le Congrès de la FFB, le Noelanders, etc…

Il y a en permanence chez moi un dédoublement de personnalité entre la vie "hors bonsaï" trépidante, fatigante, impatiente dans laquelle je dois décider très vite ou réagir de façon intuitive et la vie "bonsaï" où tout devient zen, patient, reposant dans laquelle je suis capable de mettre un temps infini avant de couper une branche ou choisir une face.

Je suis gémeau … pour de vrai, heureusement pas vierge …

- Q : Que préfères-tu et que détestes tu dans le bonsaï ?

Je pense qu’une partie de la réponse a déjà été donnée plus haut.

J’apprécie autant de vivre avec mes arbres que de rencontrer des bonsaika. J’ai toujours envie de progresser et d’apprendre. Je ne peux pas être heureux sans créer, sans me remettre en cause en permanence. Tout cela, le bonsaï me l’apporte.

Et si j’aime les bonsaika ou les gens en général, je déteste la connerie et la mauvaise foi. Alors je tourne le dos à tous ceux qui présentent ces caractéristiques et je les évite. Tout comme j’évite les conflits ; inutile de perdre son temps.

- Q : Es-tu uniquement bonsaï ou arts associés aussi ?

Je m’intéresse peu aux arts associés (ikébana, kakemono, suiseki, jardin japonais).

Par contre, l’environnement direct des arbres (shitakusa, kusamono, poteries et tablettes) ne font qu’un tout pour moi.

- Q : Tes projets bonsaï pour le futur ?

Il faut à tout prix que je cesse d’augmenter le nombre d’arbres que je cultive.

J’ai passé avec succès le N1 en 2006 et espère trouver le temps de me préparer pour le N2. Je prends le temps de me former au club d’Epinal ou lors de stages organisés par des bonsaika reconnus. Je pense aussi que les stages entre membres de PB sont, en plus d’être conviviaux, extrêmement formateurs.

A plus court terme, j’ai récemment décidé de consacrer un peu de mon temps à la FFB. Il me parait indispensable que cette association existe, progresse, fédère et forme ses adhérents. C’est le travail et le dévouement de chacun qui le permettra.

- Q : Fais-tu partie d’un club ? oui ? non ? Pourquoi ?

J’ai donc commencé, comme je l’ai dit plus haut, à faire du "bonzai" il a presque 20 ans maintenant. Mais honnêtement, je n’ai vraiment compris ce qu’est un bonsaï et vu une réelle progression qu’à partir de 2003, date de mon adhésion au Matsukaze Bonsaï Club d’Epinal.

Notre club est adhérent FFB et est formateur et convivial ! Et puis ça me fournit facilement une excuse irréfutable quand je veux aller courir la gueuse : « chérie, je file au club, ne m’attend pas !! »

Donc pas besoin de faire partie d’un autre club.

- Q : Combien de temps par semaine consacres-tu à ta passion ?

Je n’ai jamais compté ni enregistré. Ca me paraîtrait dérisoire ou absurde.

Mais lors de périodes "chargées" comme le printemps ou l’automne, les rempotages, les tailles et les ligatures occupent régulièrement mes week-end complets et parfois mes nuits.

Il m’arrive aussi, même si ce n’est pas conseillé, de rempoter et faire des tailles de structure ou des ligatures en plein été. Là je dispose de 3 semaines que je peux consacrer entièrement à mes arbres.

Gros avantage, les vacances ne me coûtent pas cher !!

- Q : Combien de temps par semaine passes-tu sur le net au sujet des bonsaï ?

Trop, beaucoup trop. Demandez aux modos de PB !!

- Q : As-tu déjà acheté par correspondance ?

Rarement. Par deux fois j’ai acheté des arbres de faible valeur sur un site très connu. Je ne pense pas le refaire car pour acheter, je crois qu’il faut voir, toucher, "ressentir".

- Q : que te manque-t-il pour progresser dans le bonsaï ?

Du travail et des rencontres et des rencontres et du travail.

- Q : Que serais-tu prêt à faire pour ta passion ?

Tout mais rien d’irraisonné.

Par contre, après 25 ans passés dans l’industrie à manager des hommes, des clients et des fournisseurs, à courir après un chiffre d’affaire et des traites, je me vois bien terminer ma carrière sans tout cela ; uniquement avec des arbres, les miens et pourquoi pas les vôtres. Utopie ou projet naissant ?

- Q : Quelque chose à ajouter ? Commentaire ? Remarque ?

Qui paye une bière à la fin de cet interrogatoire ?

Et si vous croisez Caprice Des Vosges, dites lui qu’elle me manque… pour la taille d’hiver. Dites lui aussi que je peux attendre son retour jusqu’au printemps pour les rempotages.







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